Les six pays des Balkans occidentaux (Albanie, Ancienne République yougoslave de Macédoine, Bosnie-Herzégovine, Monténégro, Kosovo et Serbie) se sont mis d’accord, mercredi 12 juillet, lors d'un sommet à Trieste (Italie), sur un plan d’action visant à développer un espace économique régional, couvrant le commerce, l'investissement, la mobilité et l'économie numérique.
La mise en œuvre de cet espace sera soutenue financièrement par l’UE à hauteur de 7 millions d’euros qui serviront à améliorer le climat d'investissement, établir des stratégies de spécialisation intelligente et pour le Forum d'investissement de la Chambre des Balkans occidentaux, qui va aider à transformer l’espace économique régional en « des opportunités concrètes pour les entreprises de la région », a précisé la Commission dans un communiqué.
L’Italie, qui présidait le sommet, a expliqué, dans une déclaration, que cet espace serait fondé sur les règles et principes du CEFTA (accord européen de libre-échange) et de l'UE, « ce qui permettra progressivement une augmentation de la liberté de circulation des biens, des services, des investissements et des travailleurs qualifiés ». Les Balkans constituent un marché de 20 millions de consommateurs. « Les objectifs à atteindre au cours des prochaines années comprennent également le développement des marchés numériques, la croissance intelligente, la mobilité des travailleurs qualifiés et la reconnaissance mutuelle des qualifications professionnelles dans la région », a ajouté la Commission.
La Commission a également annoncé, lors du sommet, un soutien financier supplémentaire de l'UE de 48 millions d'euros pour la Facilité de développement et d'innovation de l'entreprise des Balkans occidentaux (EDIF), qui devrait générer quelques 250 millions d'euros pour les entreprises de la région.
« Ce travail n'est ni une alternative ni un processus parallèle à l'intégration européenne : il renforcera la capacité des économies des Balkans occidentaux à respecter les critères économiques de l'adhésion à l'UE et à mettre en œuvre l'acquis de l'UE à l'échelle régionale avant de rejoindre l'UE », a voulu rassurer la présidence italienne alors que les Balkans occidentaux craignent que cet espace remplace une adhésion pleine et entière à l’UE. La déclaration précise d’ailleurs que le processus des Balkans occidentaux, dans le cadre duquel s’est tenu le sommet de Trieste, et les négociations d’adhésion de ces pays sont de « nature complémentaire ».
Institution d'une Communauté européenne des transports
La Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini, et le commissaire aux Négociations d’élargissement, Johannes Hahn, en compagnie de la commissaire aux Transports, Violeta Bulc, ont également pris part à la signature d’un traité instituant une Communauté européenne des transports avec cinq pays des Balkans occidentaux. La Bosnie-Herzégovine n’a pas encore signé ce traité, mais les parties au texte ont appelé les autorités bosniennes à le faire « le plus rapidement possible ».
Ce traité vise notamment, par le biais d’un soutien financier accordé aux Balkans occidentaux, à accroître l’efficacité des transports et améliorer la connectivité des infrastructures. L’Union et ses partenaires espèrent ainsi attirer des investisseurs et générer des externalités économiques bénéfiques à la région. Le texte a également pour objectif de rapprocher la législation des États des Balkans occidentaux relative aux transports à celle de l’Union européenne, en vue de soutenir leur adhésion future.
Les contacts entre les populations ont aussi été mis à l’honneur, en particulier les contacts entre les jeunes et les fonctionnaires.
Renforcer la lutte contre le terrorisme et la corruption
Les Balkans et les États membres de l’UE vont également travailler davantage pour lutter ensemble contre le retour du Moyen-Orient des combattants étrangers. Cela passera par la promotion du partage de l'information avec Interpol et Europol, un engagement proactif avec le Centre européen de lutte contre le terrorisme et les centres communs de coopération policière, la mise en œuvre de la Convention de coopération policière pour l'Europe du Sud-Est et une coopération plus importante en termes de gestion des frontières, afin de lutter contre le retour des combattants étrangers. Les parties vont aussi renforcer leur coopération concernant la lutte contre la radicalisation et les extrémismes violents.
Selon le président Emmanuel Macron, la France a aussi proposé une initiative permettant un meilleur contrôle des munitions et des armes légères dans la région. « Nous avons proposé de pouvoir coordonner cet effort en termes de stockage des munitions, de meilleurs contrôles des armes légères, ce qui est un véritable fléau dans la région et je pense que c’est une avancée en termes de sécurisation », a-t-il ajouté.
En marge du sommet, l’UE et les Balkans ont travaillé sur la lutte contre la corruption, lors d’un atelier présidé par l'Autorité nationale italienne de lutte contre la corruption (ANAC). Les discussions ont porté sur la prévention de la corruption, la transparence, les marchés publics, la dénonciation et les conflits d'intérêts. Les parties, dans une déclaration annexe à celle publiée à l’issue du sommet, ont confirmé leur volonté d’intensifier la prévention et la lutte contre la corruption et d’améliorer l’État de droit et le climat des affaires.
En 2018, le sommet devrait se tenir au Royaume-Uni.
Le plan d’action sur l’espace économique régional est disponible, en anglais, à la page http://www.esteri.it/mae/resource/doc/2017/07/map_regional_economic_area_06_july_2017_clean_version.pdf. (Camille-Cerise Gessant et Lucas Tripoteau, avec Solenn Paulic)