Bruxelles, 28/06/2007 (Agence Europe) - Dossier « le plus médiatique et politiquement sensible » des six prochains mois, les négociations sur le futur Traité sont la priorité de la Présidence portugaise. En présentant jeudi le programme de travail de son pays, qui prendra la succession de l'Allemagne au premier juillet prochain, le Secrétaire d'Etat portugais aux affaires européennes, Manuel Lobo Antunes, s'est toutefois montré prudent, insistant sur la tâche qui reste à accomplir pour boucler ce dossier. Les travaux du second semestre seront aussi marqués par les Sommets cruciaux avec la Russie et l'Afrique (mais aussi Brésil, Ukraine, Inde ou Chine). D'autres questions controversées, comme celle du Kosovo, trouveront aussi leur prolongement sous Présidence portugaise, alors que le futur des relations avec la Turquie pourrait s'inviter au débat, même si ce n'est pas là l'intention de Lisbonne.
Traité. Pour se prémunir de tout échec, il faudra s'en tenir au mandat clair, précis et détaillé. La Conférence intergouvernementale (CIG) chargée de rédiger le futur Traité sera convoquée lors du Conseil Affaires générales et relations extérieures des 23 et 24 juillet prochain, a confirmé M. Lobo Antunes. Cet exercice politique « pas purement technique ou bureaucratique » ne réussira que si tous participent de bonne foi. En réaffirmant travailler sur base du mandat et rien que du mandat, le Portugal souhaite éviter que chacun y aille de sa propre interprétation et tente de rouvrir à nouveau la discussion.
« Nous faisons face à un travail exigeant, complexe et intense », avait aussi souligné mercredi devant le Parlement portugais le Premier ministre, José Sócrates. Ne souhaitant « pas perdre la dynamique de l'accord conclu à Bruxelles et approuver le plus vite possible un nouveau traité constitutionnel pour l'Union européenne », il prévenait: « Je n'ai pas d'illusions: il y aura toujours un besoin de négociations et de consensus, et nous devrions être prêts à affronter les problèmes qui pourraient survenir, et qui apparaissent si souvent dans la dernière ligne droite des négociations ». Il n'avait pas souhaité se prononcer sur le mode de ratification qui serait choisi au Portugal.
Elargissement. Les négociations avec les pays candidats ont toutes un objectif final: l'adhésion. « Il y a des obligations de part et d'autre » et l'UE doit « négocier de bonne foi et en toute transparence », a déclaré M. Lobo Antunes, pour qui « les engagements des Etats doivent être respectés ». Même envers Ankara ? « Il est important, fondamental que la Turquie rentre dans l'UE une fois que ce pays respectera tous les critères », a-t-il assuré, ne voyant « pas pourquoi on changerait de cap durant notre Présidence ». Cette dernière souhaite plutôt temporiser et ne pas précipiter l'ouverture de nouvelles questions « complexes et épineuses », alors que d'autres difficultés nous attendent avec la révision à mi-parcours des perspectives financières en 2008-2009. La question de l'élargissement est ainsi « plus politique que géographique » et le Sommet de décembre ne doit pas de son point de vue être consacré à un débat sur les frontières européennes. « Je pense qu'après le traité il nous faudra respirer », a affirmé M. Lobo Antunes, qui préfère « laisser le temps au temps ».
Afrique. Sept ans après leur premier et unique Sommet, Européens et Africains doivent se retrouver le 8 décembre à Lisbonne. Cette longue attente « prouve une certaine indifférence européenne pour ce continent mais d'autres n'attendront pas et risquent de profiter de l'apathie européenne », a déploré M. Lobo Antunes, qui réaffirme sa détermination à organiser l'événement, malgré les difficultés liées à la présence du Président du Zimbabwe, Robert Mugabe. « Il s'agit d'un dialogue UE-Afrique pas d'un dialogue UE-Zimbabwe », a-t-il ajouté, espérant, sans plus de précision, que « les pays africains rempliront toutes les conditions nécessaires pour la tenue de ce Sommet ». La visite de M. Sócrates à Accra au Ghana pour le neuvième Sommet de l'Union africaine des 2 et 3 juillet servira à préparer le Sommet de décembre.
Russie. Nous essaierons d'opérer une percée, mais « les deux parties doivent être prêtes à le faire », a-t-il insisté à propos des progrès envisageables en vue de l'ouverture des négociations pour un accord de partenariat et de coopération avec Moscou d'ici le Sommet du 26 octobre.
Kosovo. Il s'agit d'une priorité, « c'est évident », a répété M. Lobo Antunes, qui s'en tient à la ligne définie par les ministres des Affaires étrangères en faveur d'une résolution rapide du Conseil de sécurité des Nations Unies (EUROPE n° 9448). Nous souhaitons une solution qui soit « acceptable par tous » et lançons « un appel à l'unité de l'UE », a-t-il exhorté, ne souhaitant « pas (se) retrouver dans une situation où les uns choisiraient une option A et les autres une option B, ce serait une catastrophe pour l'Union ».
PEV. Si le Portugal a bien l'intention de concentrer ses efforts sur les pays du sud (avec une réunion Euromed sur l'immigration en novembre), « il n'y a pas de concurrence » avec la dimension 'est' de la Politique européenne de voisinage (PEV). « Je suis fortement opposé à une tendance selon laquelle certains recevraient plus d'argent », a-t-il indiqué.
Divers. En matière économique et financière, la présidence poursuivra notamment les travaux sur les services financiers, la lutte contre la fraude et l'évasion fiscale. Elle travaillera aussi au prochain cycle de la stratégie de Lisbonne (à partir de 2008), ainsi qu'à la définition des prochaines lignes directrices pour l'emploi et les grandes orientations de politiques économiques et s'efforcera de parvenir à une décision définitive concernant le Règlement de l'Institut européen de technologie (IET). La définition d'une politique maritime européenne, la préparation de la prochaine conférence de l'ONU sur les changements climatiques qui aura lieu à Bali, le marché intérieur de l'énergie, l'achèvement de la libéralisation postale, la proposition SISone4all et la suppression des contrôles aux frontières entre les Etats membres ayant rejoint l'espace Schengen (EUROPE n° 9452), ainsi que l'approfondissement de la relation transatlantique, figurent également parmi les objectifs de la Présidence, qui peuvent être consultés sur le site: http://www.eu2007.pt/UE/aPT/ (ab)