La Commission européenne a publié, jeudi 5 mars, sa nouvelle stratégie pour l’égalité entre les femmes et les hommes pour la période 2026-2030. En amont de la Journée internationale des droits des femmes, le 8 mars, il s’agit de les consolider au sein de l’Union européenne, tant face aux nouvelles problématiques - violences en ligne et biais induits par l’usage exponentiel de l’intelligence artificielle - qu'aux enjeux plus traditionnels, comme les inégalités sur le marché du travail, qui ne faiblissent pas suffisamment.
Comme l’a avancé l’Institut européen pour l’égalité entre les hommes et les femmes (EIGE), il faudrait encore près de cinquante ans pour atteindre une égalité complète au rythme actuel des progrès malgré les avancées législatives adoptées ces dernières années - notamment sur la transparence salariale, l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée ou la lutte contre les violences faites aux femmes.
La nouvelle stratégie, publiée un an après la 'feuille de route' pour les droits des femmes (EUROPE 13595/1), établit des mesures pour les cinq prochaines années, grâce à des actions spécifiques ainsi que par l’intégration systématique de la dimension de genre dans l’ensemble des politiques européennes.
Cyberviolence, santé et égalité économique. La stratégie fait de la lutte contre les violences fondées sur le genre - et surtout de la cyberviolence, qui concerne de manière disproportionnée les femmes et les filles - une priorité.
Dans cette optique, la Commission devrait intensifier le dialogue réglementaire avec les grandes plateformes numériques pour lutter contre la diffusion de contenus tels que les 'deepfakes' pornographiques, dont les femmes sont les principales victimes.
Aussi, pour la première fois, un volet porte sur la santé. La Commission devrait mener une initiative commune avec l’Organisation mondiale de la santé pour améliorer l’accès et la qualité des soins pour les femmes ainsi que des travaux sur l’intégration d’une approche qui tienne davantage compte du genre dans la recherche médicale et l’évaluation des médicaments.
En outre, la Commission fait part de sa volonté de réduire les écarts de rémunération et de pension - les femmes gagnant encore en moyenne 12% de moins par heure que les hommes dans l’UE - et de faciliter l’accès des entrepreneuses aux financements. Un plan d’action pour renforcer la présence des femmes dans la recherche, l’innovation et les start-up est également prévu.
Consentement et implication des hommes. Interrogée sur la possibilité d’une initiative législative européenne consacrant le principe selon lequel tout rapport sexuel sans consentement constitue un viol - une demande que les eurodéputés ont récemment réitérée (EUROPE 13816/22) -, la commissaire chargée de l’Égalité, Hadja Lahbib, a avancé que la Commission travaillait à une cartographie des législations nationales afin d’évaluer une future proposition législative.
En outre, la stratégie mise sur une plus grande implication des hommes et des garçons dans la promotion de l’égalité. Et pour cause, la Commission s’inquiète notamment de la diffusion de discours antiféministes en ligne et de l’influence de communautés comme les 'incels' ('involuntary celibate') sur certains jeunes.
Une étude sur les réseaux et récits numériques adressés aux garçons et des initiatives de sensibilisation sont donc annoncées pour contrer ces phénomènes.
La stratégie : https://aeur.eu/f/l1c (Nithya Paquiry)