À l’heure où l’Union européenne se concentre sur les sujets de défense et de compétitivité, la Commission européenne a présenté sa feuille de route pour les droits des femmes, un texte destiné à servir de « boussole » pour la future stratégie en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes, à partir de cette année.
Le document, publié vendredi 7 mars en amont de la Journée internationale dédiée, répond à un calendrier prévu de longue date, mais chamboulé par l'actualité empreinte de tensions géopolitiques. De là à penser que ce sujet serait une préoccupation de second plan ?
En conférence de presse, la commissaire européenne chargée de l’Égalité, Hadja Lahbib, évoquant notamment un retour de bâton contre les droits des femmes, a évacué cette question dès le préambule de son intervention : « Non, au contraire, ces crises ont toutes un impact direct sur les vies des femmes et des filles et sur leurs droits, également. Aujourd'hui, tout est lié ».
Cette 'feuille de route' s’inscrit dans la continuité de la 'Stratégie pour l’égalité de genre 2020-2025' et dresse les grandes orientations que l’UE entend suivre pour les cinq prochaines années.
Hadja Lahbib a déclaré en ce sens : « Nous avons fait des progrès au cours des cinq dernières années (...). Mais nous devons aller plus loin et traduire ces avancées en actions concrètes ».
Violences, santé et emploi. Parmi les problématiques majeures de ce plan, la lutte contre les violences basées sur le genre figure en tête de liste.
La Commission rappelle qu’une femme sur trois en UE a déjà été victime de violences physiques ou sexuelles, et que ce fléau coûterait chaque année près de 290 milliards d’euros à l’Union européenne.
Toutefois, si le texte appelle à prévenir et combattre ces violences, il ne revient pas sur l’absence d’un consensus au sein de l’UE pour une définition juridique commune du viol fondée sur l’absence de consentement, un point qui avait suscité de vifs débats l’an dernier, lors des négociations sur la directive relative à la lutte contre les violences faites aux femmes.
L’accès aux soins de santé constitue un autre point majeur du document.
La Commission soutient qu'il faut combler le retard dans la prise en charge des femmes, notamment en matière de maladies cardiovasculaires, souvent sous-diagnostiquées chez les patientes en raison d’un biais de genre dans la recherche médicale.
Néanmoins, la question des droits sexuels et reproductifs, et notamment celle de l’avortement, est abordée avec prudence.
Selon un communiqué, Renew Europe, qui salue les avancées du texte, regrette que la 'feuille de route' ne garantisse pas l’accès à l’interruption volontaire de grossesse dans l’ensemble des États membres.
Un manque d’ambition également dénoncé par le groupe des Verts/ALE, qui pointe du doigt l’absence de référence explicite à l’inscription du droit à l’avortement dans la Charte des droits fondamentaux de l’UE, pourtant votée par le Parlement. « Les avancées restent timides », selon l'eurodéputée française Mélissa Camara.
Vie professionnelle. Concernant l’égalité salariale, en dépit de quelques progrès, la Commission reconnaît que l’écart de rémunération entre les femmes et les hommes reste de 12% en moyenne dans l’Union.
Certes, une directive sur la transparence des salaires a été adoptée en 2023, mais sa mise en œuvre reste un enjeu.
Aussi, la 'feuille de route' soutient l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée, en appelant à une répartition plus juste des tâches domestiques et parentales, ce qui, d'après la Commission, bénéficierait à l’ensemble de la société et renforcerait la compétitivité économique.
En matière de participation politique, le constat est sans appel : les femmes restent largement sous-représentées aux postes de pouvoir. En 2025, seules 28 femmes sont à la tête d’un État dans le monde, un chiffre qui, au rythme actuel, mettrait 130 ans à atteindre une parité complète. L’Union entend renforcer ses efforts en faveur de la représentation des femmes dans les instances décisionnelles, mais la feuille de route ne propose pas de nouvelles mesures contraignantes sur ce sujet.
Le document pose donc les jalons d'une stratégie à venir, mais sa portée effective est discutée.
Dans un communiqué, le groupe S&D au Parlement européen déplore que le document n'aille pas assez loin et soutient que la Commission doit s’engager sur des actions concrètes et législatives pour éviter que cette 'feuille de route' ne reste qu’une déclaration d’intentions. Une critique partagée par le Lobby européen des femmes, qui se félicite du signal envoyé, mais appelle à des mesures contraignantes, notamment en matière de financements et de suivi des engagements.
La 'feuille de route' sera présentée au Parlement mardi 11 mars en session plénière. Hadja Lahbib devrait aussi la présenter lors de la 69e session de la Commission sur le statut des femmes, du 10 au 21 mars 2025, au siège de l'ONU, à New York.
La 'feuille de route' : https://aeur.eu/f/fss (Nithya Paquiry)