Réunis à 20 kilomètres de la frontière ukrainienne, les quarante-six chefs d'État ou de gouvernement des pays formant la 'Communauté politique européenne' (CPE) ont affiché, jeudi 1er juin, leur unité face aux tentatives de déstabilisation du continent par la Russie (EUROPE 13191/2). Ils ont affirmé leur soutien indéfectible à l'Ukraine, dont le président, Volodymyr Zelensky, avait fait le déplacement à Bulboaca, engagé depuis un an dans la défense de son pays contre « l'agresseur » russe au nom des valeurs européennes.
Hôte du sommet, la présidente moldave, Maia Sandu, a réussi le défi inédit pour son pays d'accueillir un événement de cette envergure dans un contexte fragile. Pour le président français, Emmanuel Macron, le sommet de Bulboaca démontre « la pertinence de cette idée (de Communauté politique européenne) et la force de ce format ». Il a noté le « défi organisationnel » de tenir ce sommet près du front ukrainien, « symbole très fort » du soutien de l'Europe élargie à l'Ukraine et à la Moldavie. « Chaque pays étant sur un pied d'égalité, il ne s'agit pas d'aborder les défis depuis le centre vers la périphérie », a-t-il affirmé.
D'aucuns interpréteront néanmoins l'absence du président turc fraîchement réélu, Recep Tayyip Erdoğan, comme une façon pour la Turquie de conserver une position équidistante de l'Ukraine et de la Russie.
« Ce deuxième sommet de la CPE est l'expression claire de notre unité, de notre force et de notre détermination à agir comme une seule famille. Une famille qui reste soudée et coopère pour affronter les défis communs. Une seule famille où les États membres ou hors de l'UE agissent ensemble pour contrer l'agression et consolider la paix sur le continent », a déclaré Mme Sandu lors de la séance publique inaugurale. Elle a toutefois estimé nécessaire d'« en faire plus » au sein d'une enceinte comme la CPE pour « affronter les conséquences de la guerre et protéger l'Europe ». Si nous ne trouvons pas de solutions communes, qu'est-ce qui sera en jeu pour l'Europe, pour l'ordre international fondé sur des règles ? - a-t-elle demandé.
Cette image d'unité « démontre qui est l'agresseur », a estimé M. Zelensky. Déterminé à obtenir rapidement un soutien militaire accru pour son pays, il a mis en garde ses homologues : tout « doute » que nous exprimerions sera exploité par le Kremlin pour créer davantage d'« insécurité ». Il a aussi réclamé, pour l'Ukraine et les pays voisins de la Russie, y compris, à long terme, la Biélorussie, des garanties de sécurité avec en ligne de mire une adhésion à l'OTAN (EUROPE 13192/2). « Lorsqu'il n'y a pas de garanties de sécurité, la seule garantie, c'est la guerre », a-t-il fait valoir. Pour preuve, la Russie essaie d'« avaler » uniquement les pays ne se trouvant pas sous le bouclier de l'Alliance.
Le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, a exhorté ses homologues à accroître la 'coalition patriotique' de pays prêts à accroître l'aide militaire à l'Ukraine, via la fourniture de systèmes de défense aérienne et/ou d'avions de chasse.
M. Zelensky a aussi invoqué la déception que ressentiraient ses concitoyens si le Conseil européen ne donnait pas, en décembre, son feu vert à l'ouverture officielle des négociations d'adhésion de l'Ukraine à l'UE.
Quelques décisions concrètes
À l'issue de la séance inaugurale, les quarante-six dirigeants présents ont été répartis en quatre tables rondes pour échanger sur des projets concrets autour de thématiques comme la sécurité, l'énergie et la connectivité.
Ayant participé aux discussions sur l'énergie, le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, dont le pays accueillera le troisième sommet de la CPE vendredi 6 octobre à Grenade, a évoqué les projets de corridor reliant l'Espagne, la Roumanie et l'Ukraine et de gazoduc maritime reliant Barcelone à Marseille (EUROPE 13047/6).
Hôte du premier sommet de la CPE (EUROPE 13037/1), le Premier ministre tchèque, Petr Fiala, a évoqué les questions de sécurité, notamment les menaces hybrides et « les manipulations étrangères » qui tentent de diviser les pays.
Dans ce domaine, onze pays tiers (l'Islande, la Norvège, le Liechtenstein, l'Albanie, le Kosovo, la Moldavie, le Monténégro, la Macédoine du Nord, la Serbie, la Turquie et l'Ukraine) souhaitent participer au programme Digital Europe. Ils pourront notamment bénéficier de la future réserve européenne d’experts, qui seraient déployés en cas d'attaque cyber (EUROPE 13164/1). Il est aussi envisagé d'organiser, avec l'appui de l'agence européenne ENISA, un exercice cyber à l’échelle de la CPE.
Quant à la résilience des infrastructures critiques, des échanges de bonnes pratiques sur la réalisation de stress tests pourraient être organisés entre États volontaires, sur la base des normes européennes récemment adoptées (EUROPE 13081/2).
Soutien appuyé à la résilience et aux aspirations européennes moldaves
De nombreux dirigeants ont loué la capacité de la Moldavie à résister aux pressions et aux tentatives de déstabilisation qu'elle subit de la part de la Russie et de ses soutiens.
Notre présence à Bulboaca « en dit long » sur notre soutien à la Moldavie et notre focus renouvelé sur le Partenariat oriental et la région de la mer Noire, a estimé le président roumain, Klaus Iohannis. La Roumanie est un grand artisan du rapprochement de la Moldavie avec l'UE et a été à l'initiative dans les sanctions européennes contre des oligarques moldaves ayant tenté de déstabiliser le pays (EUROPE 13191/3).
D'autres dirigeants, comme M. Sánchez, ont félicité les autorités moldaves pour leurs efforts sur le chemin de l'intégration européenne, que Mme Sandu a qualifié d'« irréversible ».
La Moldavie et l'Ukraine ont accédé au statut de pays candidat à l'UE en juin 2022.
Le Haut Représentant de l'UE pour les Affaires étrangères, Josep Borrell, a estimé que l'adhésion de la Moldavie à l'UE est « indépendante de ce qu'il se passe en Transnistrie », territoire séparatiste pro-russe. Selon lui, la Moldavie peut entrer dans l'UE comme Chypre l'avait fait en 2004.
M. Macron a exprimé sa « grande confiance » dans la capacité de la Moldavie à avancer « avec une grande rapidité » sur la voie de l'adhésion. « Nous, Européens, devons prendre nos responsabilités en accélérant sur l'élargissement » à travers l'ancrage des Balkans occidentaux, de l'Ukraine et de la Moldavie, tout en réformant le fonctionnement et les compétences internes de l'UE, a-t-il estimé. (Mathieu Bion)