Violences, pouvoir économique, inégalités en temps de crise... Paulina Brandberg, ministre suédoise de l’Égalité de genre, a précisé, mercredi 25 janvier, les priorités de sa Présidence au Conseil de l’UE en matière d’égalité de genre (EUROPE 13093/8) devant la commission du droit des femmes (FEMM) du Parlement européen.
Alors que son discours s’est ouvert sur les conséquences de la guerre en Ukraine pour les femmes, les enfants et les minorités, elle a surtout souligné l’importance d’inclure une dimension de genre dans toutes les politiques ainsi que sa détermination à avancer sur des dossiers importants, tels que la ratification de l’UE à la Convention d’Istanbul, la directive visant à lutter contre les violences basées sur le genre ou les directives sur les organismes pour l’égalité de traitement (EUROPE 13079/21). Les eurodéputés, quant à eux, l'ont interrogée sur des sujets allant de la collecte des données sur les violences de genre au droit à l’avortement dans l’UE, en passant par la criminalisation de la prostitution.
Mme Brandberg est revenue sur certains de ces points dans une interview accordée à EUROPE. (propos recueillis par Hélène Seynaeve)
Agence Europe - Des eurodéputés conservateurs affirment qu’en raison d’un retour de bâton contre la Convention d’Istanbul dans certains États membres, le Conseil ne devrait pas la ratifier [au nom de l'UE]. Espérez-vous qu’elle soit ratifiée pendant votre Présidence ?
Paulina Brandberg - Je sais que les États membres ont des opinions divergentes et au cours de notre Présidence nous écouterons tous le monde, car nous voulons une solution qui convienne à tous. […]
Il s'agit d'une Convention très importante. Au vu de mon expérience comme procureur ayant travaillé sur la violence domestique et faite aux femmes, je pense que c’est un outil important et que nous devons tout faire pour avancer sur ce dossier. Et notre ambition est d’atteindre la ratification.
Un autre texte important à ce sujet est la proposition de directive visant à lutter contre les violences de genre. Le Parlement se dirige vers son renforcement (EUROPE 13098/11, 13106/6, 13095/1). Vous avez dit que votre objectif était de trouver des compromis. Pensez-vous qu’un texte ambitieux pourra sortir du Conseil ?
C’est important d'avoir de grandes ambitions, car c'est une question importante, mais tout est dans l’équilibre. On doit chercher un compromis qui convienne à tous les États membres pour faire aboutir une approche générale [accord politique, NDLR] tout en ayant une directive efficace. C’est notre devoir, en tant que Présidence, de trouver cet équilibre.
L'un des points qui feront débat, aussi bien au PE qu’entre États membres, est l’inclusion de la criminalisation de l'achat de services sexuels. Qu’en pensez-vous ?
Nous avons cette législation en Suède [qui criminalise les clients de la prostitution, NDLR] et elle fait largement consensus. Lorsque vous avez ce point de vue, vous voudriez que tous le partagent, mais nous sommes conscients qu’il s’agit d’une question où les opinions diffèrent et où il est difficile de trouver un terrain d’entente. Toutefois, il y a bien un terrain d'entente sur la nécessité de réduire la demande pour des services sexuels. Je pense donc qu’il est important de se concentrer sur les domaines où il est possible de trouver un accord.
Nous tiendrons une conférence de haut niveau sur la traite d’êtres humains à des fins sexuelles [à Stockholm, les 29 et 30 mars, NDLR.]. Il s’agit d'un espace où les États membres peuvent partager leurs positions, et la Suède partagera la sienne. J’espère que nous pourrons avancer dans ce sens, tout en étant conscients, bien évidemment, que c’est un domaine où les opinions diffèrent.
Lors de votre intervention en commission FEMM, vous avez parlé de l'intégration de la dimension de genre dans le budget. Pouvez-vous donner plus de précisions ?
Lorsque nous tenons la présidence, nous représentons le Conseil, mais nous apportons aussi nos propres expériences. Or, en Suède, nous travaillons beaucoup sur l’inclusion d’une dimension de genre dans toutes les politiques et tous les processus budgétaires. C’est donc un aspect que nous voulons placer plus haut dans l’agenda. C’est aussi un moyen de renforcer l’indépendance économique des femmes, qui est importante et a été mise à mal pendant les crises.
La directive sur l'égalité de traitement est bloquée au Conseil depuis 2008. L'un des points de friction concerne les aménagements raisonnables pour les personnes handicapées. Comment la débloquer ?
Il s'agit d'une directive difficile. Nous ne sommes pas parvenus à trouver un accord en plusieurs années. Nous allons essayer de progresser en prenant en compte tous les points de vue pour bien identifier les domaines où il y a des difficultés et voir si nous pouvons passer au-delà de celles-ci sans diluer la directive. Car c’est dans notre intérêt - et celui de nombreux États membres - d’avoir une directive anti-discrimination efficace.
Croyez-vous que cette proposition sortira un jour du Conseil ?
Je pense qu'il faut être réaliste, mais qu'il y a absolument une chance de la faire avancer. Si nous pouvions lancer une dynamique et que la Présidence espagnole prenait le relais [à partir de juillet, NDLR], ce serait déjà une grande réussite.
La relation des Démocrates Suédois [parti d'extrême droite, NDLR] avec votre gouvernement inquiète. Un des exemples soulevés est l’abandon de la « politique étrangère féministe » de la Suède. Vous répondez que le gouvernement privilégie le contenu plutôt que les mots. Mais ne pensez-vous pas que l’abandon de ce nom envoie un signal ?
Les mots peuvent prendre trop d’importance : on discute alors du vocabulaire au lieu du contenu réel de la politique. Parfois, vous habillez votre politique de beaux mots, mais vous n'accomplissez rien. Ce gouvernement se concentre sur le contenu et sur les accomplissements et, en tant que ministre de l'Égalité de genre, c'est la seule chose qui compte : faire la différence pour les femmes, les minorités ou d'autres groupes vulnérables qui ont vraiment besoin de protection.