Alors que les regards sont tournés vers le conflit en Ukraine, l’opposante politique biélorusse Svetlana Tikhanovskaïa a appelé, mercredi 12 octobre devant les médias et jeudi 13 octobre en commission des Affaires étrangères du Parlement européen, à ne pas oublier son pays.
« La Biélorussie devrait également être à l'ordre du jour », a-t-elle plaidé, estimant que son pays faisait partie de la crise ukrainienne. Ainsi, selon l’opposante, « la situation est devenue dramatique, (les dirigeants russe et biélorusse) Poutine et Loukachenko ont fait monter les enchères, ils essaient d'augmenter et de légaliser le déploiement constant de troupes russes sur le territoire biélorusse, c’est une occupation ».
Mme Tikhanovskaïa a ainsi appelé les Européens à l’aide, estimant que les Biélorusses étaient confrontés à un « ennemi qui nie l'existence même de notre pays en tant que nation libre et indépendante ». « Lukachenko a accompli la volonté de son maître, Poutine, et il a perdu le contrôle de notre situation militaire dans le pays », a-t-elle déploré.
L’opposante politique a estimé que son pays devait arrêter de participer de quelque manière que ce soit à la guerre, que tous les soldats russes devaient quitter le territoire de la Biélorussie et que ceux qui participaient à la guerre devaient rendre des comptes. Selon Mme Tikhanovskaïa, si les soldats biélorusses étaient envoyés en Ukraine, ils ne se battraient pas aux côtés de la Russie, mais déserteraient ou se rangeraient au côté des Ukrainiens.
L’opposante s’est également dite convaincue qu’une Biélorussie libre serait « la sanction la plus importante contre Poutine ». « Pour soutenir une Ukraine libre, il faut une frontière sûre avec une Biélorussie libre qui ne sera plus une colonie de la Russie », a-t-elle justifié, appelant aussi à des sanctions supplémentaires contre le régime de Loukachenko. « Il faut continuer à rappeler à Loukachenko qu’il payera le prix fort s’il continue de soutenir la Russie », a-t-elle plaidé.
Mme Tikhanovskaïa a appelé les Européens à travailler avec l’opposition démocratique. « Reconnaissez notre cabinet ministériel uni de transition qui représente vraiment le peuple. Nous sommes prêts à coopérer et à mettre en place des projets conjoints dans le cadre du Partenariat oriental », a-t-elle expliqué, rappelant que le cabinet avait déjà ce type de partenariat avec le Conseil de l’Europe. « Aidez-nous à montrer que les Biélorusses sont les bienvenus en Europe, aidez-nous à élaborer une nouvelle constitution démocratique et à préparer un train de réformes », a ajouté l’opposante, souhaitant que la population biélorusse puisse bénéficier de visas pour venir dans l’UE.
Mme Tikhanovskaïa est également revenue sur la situation des 1 350 prisonniers politiques dans son pays, appelant les députés à garder cette question en bonne place à l’ordre du jour. « Sans pression, ces prisonniers politiques ne seront pas libérés ; faites en sorte que l’on en parle partout », a-t-elle plaidé.
Les députés européens débattront en session plénière, mercredi 19 octobre, du rôle de la Biélorussie dans le soutien à l’invasion russe en Ukraine. (Camille-Cerise Gessant)