Le Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE) a confirmé, jeudi 28 octobre, sa décision de septembre ayant recalibré à la baisse le rythme d’achats massif de titres - surtout publics - dans le cadre de l'opération PEPP (EUROPE 12787/1).
« Nous continuons de penser qu'il est possible de maintenir des conditions de financement favorables à travers un rythme d'achats nets via l'opération PEPP modérément plus faible que par rapport aux deuxième et troisième trimestres », a déclaré la présidente de la BCE, Christine Lagarde.
D'après l'institut de Francfort, la reprise économique en zone euro se poursuit, favorisée par la levée des restrictions sanitaires liées à la pandémie de Covid-19, mais à un rythme un peu moins élevé qu'à l'été. En conséquence, la création de richesse devrait retrouver son niveau d'avant-crise d'ici fin 2021.
Les risques qui pèsent sur l'économie sont « globalement équilibrés », estime la BCE. À court terme, le principal risque baissier est lié aux problèmes d'approvisionnement et à la hausse des prix énergétiques, deux phénomènes qui tirent l'inflation vers le haut. Celle-ci a en effet atteint 3,4% dans l'Eurozone en septembre. Mais, d'après Mme Lagarde, les acteurs économiques vont faire en sorte que l'offre rejoigne la demande.
Inflation, inflation, inflation. Jeudi, le Conseil des gouverneurs a surtout « parlé d'inflation, d'inflation et d'inflation », tant des facteurs qui la composent que de ses projections à moyen terme, a noté l'ancienne directrice du FMI. La BCE prévoit que la hausse des prix se poursuive d'ici à la fin de l'année et qu'elle amorce un déclin courant 2022.
Mme Lagarde a divisé en deux catégories les facteurs provoquant une hausse de l'inflation : les facteurs liés à la pandémie et à la reprise (goulets d'étranglement, retards de livraison) d'un côté, et ceux liés à l'énergie (hausse de la demande en Chine, niveau de livraison en Russie) de l'autre.
« Nous avons toutes les raisons de penser que ces facteurs vont graduellement s'estomper courant 2022 », mais « cela va prendre un petit peu plus de temps que prévu », a estimé Mme Lagarde. Elle a aussi reconnu que les prix énergétiques pourraient uniquement se stabiliser et pas diminuer.
En décembre, la BCE disposera de nouvelles projections d'inflation. C'est à ce moment-là qu'elle se penchera sur sa stratégie de sortie de l'opération PEPP. De mon point de vue, l'opération prendra fin en « mars 2022 », a dit sa présidente.
Que répondre aux marchés qui anticipent une première hausse des taux d'intérêt à l'automne 2022 ? Mme Lagarde a reconnu une différence d'appréciation entre les marchés et le Conseil des gouverneurs, dont l'analyse, à ce stade, démontre que la cible symétrique d'une inflation à 2% ne sera pas atteinte à la fin de la période des projections. Elle a rappelé ses indications sur la trajectoire future des taux d'intérêt ('forward guidance'), et notamment les trois conditions cumulatives arrêtées en juillet qui, si elles sont remplies, permettront une remontée des taux directeurs de l'institution de l'UE (EUROPE 12767/16).
Plus d'informations sur les décisions relatives au maintien d'une politique monétaire accommodante par la BCE : https://bit.ly/3EmnZkA
Bâle III. Enfin, Mme Lagarde a exprimé une certaine déception concernant la récente proposition de la Commission européenne qui vise à finaliser l'intégration de l'accord 'Bâle III' dans la réglementation prudentielle de l'UE (EUROPE 12821/2).
Le délai de mise en œuvre, qui repousse de 2023 à 2025 l'application graduelle des mesures, n'est pas celui préconisé par la BCE en tant que superviseur unique au sein de la zone euro, a-t-elle noté. « J'aurais aimé de la cohérence et une synchronisation » dans la reprise de l'accord 'Bâle III' par toutes les juridictions, a-t-elle ajouté, n'excluant cependant pas la nécessité de préserver les spécificités du secteur bancaire européen. (Mathieu Bion)