Le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, a dénoncé, jeudi 28 octobre, l’instrumentalisation du gaz par l’entreprise russe Gazprom envers la Moldavie.
« Avec la Première ministre, Natalia Gavriliţa, nous sommes convenus de l’importance de renforcer la résilience contre tout effort potentiel par une partie tierce d’utiliser l’énergie comme une arme géopolitique », a expliqué le Haut Représentant à l’issue du Conseil d’association UE/Moldavie. Selon lui, si le prix du gaz augmente partout, la hausse aiguë du prix en Moldavie est due à des problèmes politiques.
Mercredi 27 octobre, le porte-parole du Kremlin s’était défendu de toute politisation des négociations entre Gazprom et Chișinău, ajoutant que les discussions étaient « totalement commerciales ».
Afin de soutenir la Moldavie, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, avait annoncé, le même jour, une aide de 60 millions d’euros pour le pays (EUROPE 12821/32). Ces fonds iront aux Moldaves les plus vulnérables affectés par la crise en amont de l’hiver, a expliqué M. Borrell, assurant que l’argent n’ira pas « dans les poches de Gazprom ». Il a ajouté que ces fonds étaient une « première étape » et qu’il fallait trouver d’autres solutions que le financement de l’écart entre le prix actuel du gaz et celui demandé par Gazprom.
Au-delà de ce soutien, l’UE et la Moldavie ont tenu, le 27 octobre, une consultation de haut niveau sur la sécurité énergétique et une rencontre entre hauts fonctionnaires le 28 pour discuter de la situation et du soutien de l’UE immédiat à court et moyen termes.
« L’UE est prête à aider la Moldavie pour trouver des moyens de sortir de cette crise », a insisté M. Borrell.
Ce qui est important est de trouver une solution à court et long termes, a ajouté Mme Gavriliţa, précisant qu’un de ses ministres était actuellement en Russie pour négocier.
Le Conseil d’association a aussi porté sur les réformes menées en Moldavie. Devant la presse, M. Borrell a repris les conclusions du rapport de la Commission européenne du 19 octobre sur la mise en œuvre de l’accord d’association. Le rapport souligne que les élections législatives anticipées du 11 juillet 2021 ont donné un mandat clair et fort aux forces favorables aux réformes pour poursuivre un programme ambitieux de lutte contre la corruption, d'amélioration du système judiciaire et de lutte contre la pauvreté.
Cependant, selon ce document, au second semestre 2020, la Moldavie a régressé en matière de normes et de réformes de l'État de droit, dans le secteur judiciaire et en matière de lutte contre la corruption et le blanchiment d’argent. Le rapport pointe aussi le manque de progrès dans l'enquête sur la fraude bancaire de 2014 : aucun des principaux coupables n'est derrière les barreaux et les actifs perdus n'ont pas été récupérés.
Par ailleurs, le Haut Représentant a annoncé le lancement, début 2022, d’un dialogue de haut niveau sur la politique et la sécurité UE/Moldavie « afin d’avoir un dialogue plus approfondi sur la sécurité, la coopération régionale et la politique de sécurité et de défense commune ».
L’UE et la Moldavie travaillent en outre sur la mise à jour de l’agenda d’Association, le chef de la diplomatie européenne espérant une conclusion prochaine des discussions.
La situation en Transnistrie et le sommet du Partenariat oriental prévu le 15 décembre ont aussi été abordés par M. Borrell et Mme Gavriliţa.
Voir la déclaration publiée à l’issue du Conseil : https://bit.ly/2ZHIqto
Vooir le rapport sur la mise en œuvre de l’accord d’association : https://bit.ly/3vU0psl (Camille-Cerise Gessant)