Plusieurs eurodéputés ont réagi avec indignation, lundi 21 septembre, aux révélations sur les « FinCEN Files » qui ont mis en lumière une nouvelle fois les failles du secteur bancaire en matière de lutte contre le blanchiment d'argent.
L’enquête, menée par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) sur la base de 2 100 documents bancaires obtenus par le média BuzzFeed, a en effet révélé dimanche qu’au moins 2 000 milliards de dollars « d'argent sale » avaient transité entre 2000 et 2017 par les plus grandes banques du monde.
L'enquête épingle en particulier cinq grandes banques mondiales, à savoir JP Morgan, HSBC, Standard Chartered Bank, Deutsche Bank et Bank of New York Mellon. Elle montre que, dans un certain nombre de cas, les avoirs de personnes accusées de corruption et de crime ont transité ou se sont retrouvés dans les coffres des banques de l'UE.
« Blanchiment d'argent pour les talibans, fuite des capitaux des riches Russes, financement de la fraude. Les banques coopèrent et les autorités de surveillance ne réagissent pas », a dénoncé, sur Twitter, le député néerlandais Paul Tang (S&D), appelant à une législation européenne plus stricte.
Aux yeux du député européen Sven Giegold (Verts/ALE, allemand), ce scandale vient confirmer que « le système est toujours défaillant ». Son groupe politique va d'ailleurs demander une évaluation et une audition sur ce scandale au sein de la nouvelle sous-commission 'fiscalité' du PE, a-t-il annoncé lundi en conférence de presse.
Le député allemand estime que la mise en place d'une cellule européenne de renseignement financier permettrait de remédier à certaines lacunes existantes. Jusqu'à présent, toutes les déclarations de transactions suspectes doivent être remplies par les cellules de renseignement financier nationales. Certaines fonctionnent bien et d'autres - comme la cellule allemande - fonctionnent très mal, a-t-il expliqué.
Mais, selon lui, cette idée se verrait opposer une résistance bien plus importante au sein du Conseil de l’UE que celle de créer un superviseur européen en matière de blanchiment d'argent.
De son côté, le député allemand Markus Ferber (PPE) a rappelé le besoin d'un règlement européen en la matière et a déploré le fait que seuls 11 États membres aient transposé, à ce jour, la 5e directive 'anti-blanchiment d'argent'.
La coprésidente du groupe GUE/NGL, la Française Manon Aubry, a par ailleurs annoncé que son groupe avait demandé, lundi, la tenue d’un débat sur ce scandale lors de la prochaine session plénière du PE. « Ce scandale de blanchiment d'argent ‘FinCEN files’ doit servir de dernier avertissement sur les pratiques douteuses des banques et le rôle des paradis fiscaux », a-t-elle déclaré.
Bien consciente du problème, la Commission européenne s'est engagée, dans son plan d'action (EUROPE 12482/8), à présenter, en 2021, des propositions concrètes pour combler les lacunes du système européen de lutte contre le blanchiment d'argent.
« S’attaquer à ce problème est un défi mondial », a rappelé lundi un porte-parole de la Commission en réaction à ce scandale, précisant que l’institution était prête à travailler avec les États-Unis et ses autres partenaires mondiaux sur cette question. (Marion Fontana)