Malgré un soutien renouvelé au peuple biélorusse, les ministres des Affaires étrangères ont été incapables, lundi 21 septembre, d'adopter des sanctions à l’encontre des responsables de la fraude électorale, de la répression et des violences en Biélorussie, en raison de l'opposition de Chypre.
« Bien qu’il y ait une volonté manifeste » d’adopter des mesures, « cela n’a pas été possible, car l’unanimité nécessaire n’a pas été atteinte », a expliqué le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell. Il a révélé que cette adoption n’était même pas à l’ordre du jour officiel de la réunion. Vendredi 18 septembre, lors de la rencontre des ambassadeurs des États membres (Coreper), le représentant chypriote avait immédiatement fait part de l’opposition de son pays, coupant court à toute discussion.
Le Haut Représentant a précisé que le sujet serait désormais discuté par les chefs d’État ou de gouvernement, les 24 et 25 septembre. Il a espéré que ces derniers réussiraient à adopter des orientations politiques pour que, lors du prochain Conseil Affaires étrangères, prévu le 12 octobre, les sanctions puissent enfin être adoptées.
Quitte à en faire une affaire personnelle. « Je ferai tout ce que je peux pour que le prochain Conseil adopte des sanctions, cela devient un engagement personnel », a-t-il expliqué aux médias, estimant que la crédibilité de l’UE en dépendait.
Plusieurs ministres ont fait part, à l’issue de la réunion, de leur frustration quant à l’absence de consensus.
« Il est regrettable qu'aujourd'hui, nous n'ayons pas pu décider de sanctions pour les violations des droits de l'homme (en Biélorussie), en raison d'une ‘prise d'otages’ par un État membre. Cela envoie un mauvais signal aux Biélorusses, à nos sociétés et au monde entier », a dénoncé le Letton Edgars Rinkēvičs.
Qualifiant la situation de « très frustrante », son homologue finlandais, Pekka Haavisto, s’est dit prêt à utiliser le vote à la majorité qualifiée pour obtenir l’adoption des sanctions.
Pas d'unanimité pour sanctionner M. Loukachenko
Selon plusieurs diplomates européens, une quarantaine de noms figureraient actuellement sur la liste des sanctions que l’UE pourrait adopter. Une inconnue demeure concernant l’imposition de mesures à Alexandre Loukachenko.
Si, à son arrivée, le ministre allemand avait estimé que les Européens devaient se demander « si les sanctions devaient être appliquées uniquement aux responsables de la fraude électorale et de l'oppression ou également à M. Loukachenko, le principal responsable », à l’issue du Conseil, M. Borrell a précisé que la discussion se poursuivait à ce sujet.
« C’est une question de tactique, de graduation, de procéder étape par étape », a-t-il expliqué, ajoutant qu’il n’y avait pas encore d’accord. Selon la ministre espagnole Arancha González Laya, cette question pourrait être discutée par les dirigeants européens.
Devant les médias, le Haut Représentant a rappelé que, pour l’UE, l'élection avait été falsifiée, et donc, qu’elle ne reconnaissait pas son résultat ni la légitimité de M. Loukachenko.
En conséquence, il va y avoir une limitation des relations et « le Service européen pour l’action extérieure et la Commission européenne travaillent à revoir nos relations à partir du moment où il aura pris le pouvoir sur la base d’une élection falsifiée », soit le 6 novembre, a-t-il prévenu. Selon M. Borrell, cela aura également des conséquences sur le partenariat oriental et les relations de haut niveau.
À l'inverse, « nous soutenons la population biélorusse, son aspiration démocratique et son appel pour de nouvelles élections libres et équitables sous les auspices de l’OSCE », a expliqué M. Borrell. Il a précisé que les chefs de la diplomatie avaient discuté des relations avec la Biélorussie et d’un soutien financier supplémentaire à la société civile et aux médias indépendants.
Interrogé sur un possible paquet économique pour une Biélorussie post-Loukachenko, M. Borrell a précisé que les ministres n’avaient pas discuté d’un tel plan, mais que le pays aurait besoin d’une aide importante pour « surmonter cette situation très difficile ».
L'opposition biélorusse demande l'aide de l'UE
L’opposition biélorusse, notamment Svetlana Tikhanovskaïa, lors de son discours devant la commission des Affaires étrangères du Parlement européen, a demandé l'aide de l'UE. Mme Tikhanovskaïa avait rencontré les ministres des Affaires étrangères tôt dans la matinée.
« On est uni, on fait bloc, car notre avenir est en jeu, on vous demande de faire front aux côtés de nos concitoyens, nous avons besoin de votre aide », a-t-elle expliqué, ajoutant que les Biélorusses continueraient « des semaines, des mois, des années », si cela était nécessaire. Selon l'opposant politique, face au refus de Loukachenko de dialoguer, « toute aide des pays européens ou des autres pays voisins est très importante », ajoutant que ce n'était qu’avec l’aide de la société internationale que les Biélorusses gagneraient leur bataille pour la démocratie.
Mme Tikhanovskaïa a souhaité un soutien à la société civile pour « lui permettre de s’organiser, de faire face à la répression du régime ». L’opposante a aussi demandé à l’UE ne de plus financer le régime ou les organisations proches du régime et de travailler avec l’opposition « dans l’optique d’un processus électoral libre, équitable et transparent, selon des normes internationales et avec des observateurs locaux et internationaux ».
Toujours devant les députés, Olga Kovalkova, autre opposante politique, a demandé à l'UE de préparer « une forme d’aide pour une Biélorussie démocratique » afin d’éviter une crise économique. Elle a aussi plaidé pour une réaction « immédiate aux violations des droits humains ». « Il faut des mesures précises pour les coupables de ces actes et des entreprises qui se font les porte-voix » du régime, a-t-elle expliqué.
L'opposant Pawel Latushka, réfugié en Pologne, pour sa part, a souhaité que les Européens prennent une « position claire » afin que les 250 prisonniers politiques puissent être libérés. (Camille-Cerise Gessant)