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Bulletin Quotidien Europe N° 12146
Sommaire Publication complète Par article 12 / 34
INSTITUTIONNEL / Pe2019

« Macron a besoin de Salvini et Salvini a besoin de Macron », selon Yanis Varoufakis

À l’occasion de son élection comme tête de liste du mouvement allemand Demokratie in Europa pour les élections européennes, EUROPE s’est entretenue, dimanche 25 novembre, avec l’ancien ministre grec des Finances et fondateur du mouvement DiEM25, Yanis Varoufakis. Ce dernier a présenté la stratégie électorale de son mouvement paneuropéen, évoqué de possibles coalitions au sein du prochain Parlement européen et donné sa vision des négociations sur le Brexit, alors qu'un sommet européen spécial venait de se terminer (EUROPE 12145) (Lucas Tripoteau et Pascal Hansens).

Agence Europe - Pourquoi avez-vous décidé de conduire une liste en Allemagne ?

Yanis Varoufakis - Tout d’abord, notre mouvement politique, DiEM25 et Demokratie in Europa, fut inauguré en février 2016, ici, à Berlin. Ce n’est pas un accident. 

Il s’agit effectivement de parler de l’avenir de l’UE. Rien de bon ne se profile aujourd’hui en Europe. 

L’Allemagne est la locomotive de l’Europe. Nous devons mettre l’accent sur l’importance de l’Allemagne dans ce mouvement transnational, afin de surmonter les divisions nationales. C’est la raison pour laquelle nous commençons ici. 

La lutte n’est pas entre la France et l’Allemagne, entre le Nord et le Sud, entre l’Est et l’Ouest, mais entre les forces progressistes et autoritaires, qu’elles soient de l’establishment ou de l’extrême droite raciste. 

Où allez-vous présenter des candidats dans l’UE ?

Nous concourons en Grèce, avec DiEM25, ici [en Allemagne] avec Demokratie in Europa ainsi qu’en France avec nos amis et collègues de Génération.s. Nous voulons aussi présenter des candidats en Italie, étant donné que nous sommes sur le point d’y créer une formation politique. Et aussi au Portugal, avec LIVRE, au Danemark, avec Alternativet et en Pologne avec Razem

La liste va s’agrandir au fur et à mesure qu’on se rapprochera de mai 2019. 

Quelle sera votre stratégie au Parlement européen ? Souhaitez-vous créer un groupe ou grossir les rangs de la GUE/NGL ?

Notre but est de former notre propre groupe, mais nous essayons en même temps de collaborer avec tout le monde, sur une base programmatique et substantielle, et non personnelle ou symbolique. 

Tout le monde est le bienvenu pour parler de nos idées européennes, qui sont dans notre programme politique. 

Pourriez-vous travailler avec Maintenant le peuple, fondé par la France Insoumise, Bloco et Podemos ?

Nous pouvons travailler avec tous ceux qui veulent discuter avec nous sur ce qui doit être fait. 

Ce que nous allons faire, c’est en finir avec la vieille politique, où des gens se retrouvent autour d’une table et se mettent d’accord. 

Nous avons lancé un appel public. J’ai écrit personnellement à Pablo Iglesias, à Jean-Luc Mélenchon, à Gregor Gysi, à tous les progressistes ainsi qu’aux Verts. 

Nous avons mis sur la table un programme politique pour l’UE. Retrouvons-nous et voyons où nous en sommes, et ce que nous souhaitons faire différemment. Et sur cette base, nous pourrons bâtir une alliance. Mais nous n’avons pas encore eu de discussion. 

Si vous obtenez une majorité au PE, cela sera-t-il suffisant pour réformer l’UE ? Car la majorité du Conseil de l’UE est composée de mouvements libéraux, conservateurs et populistes. 

Nous avons évoqué 2025 pour mettre en œuvre nos réformes clefs. 2025 n’est pas l’année au cours de laquelle nous voulons introduire des changements. C’est la date butoir. 

Nous avons une chance pour faire la différence en Europe, car elle se désintègre. 

Mais nous n’avons pas beaucoup de temps. C’est pourquoi nous annonçons une date butoir. Nous avons besoin d’alerter les Européens sur le fait que nous sommes en ce moment en train de perdre une bataille. 

Aujourd’hui, les partis racistes et issus de l’establishment gouvernent dans l’UE seulement en raison de la fausse opposition entre eux. Je dis ‘fausse’, car ils sont complices, ils ne sont pas de réels ennemis. Macron a besoin de Salvini et Salvini a besoin de Macron. 

Ce que nous essayons de faire, sans aucun financement, c’est de nous opposer aux deux forces au nom des progressistes européens. 

Nous avons des politiques spécifiques extrêmement modernes, raisonnables et réalistes, mais en même temps très radicales, pour faire la différence. 

Comment allons-nous les mettre en œuvre ? Seulement si nous gagnons les élections. 

Quel est votre avis sur le Brexit ?

J’ai personnellement fait campagne contre le Brexit.

L’UE est atroce, terrible, non démocratique, mais la solution n’est pas sa destruction, mais de la contester et de la changer de l’intérieur. 

Nous avons perdu le référendum. Et après de longs débats avec nos membres à travers l’Europe, nous avons décidé de respecter le résultat. 

C’est pour cela que nous aimerions que le Royaume-Uni reste le plus proche possible de l’UE, tout en la quittant, pour respecter le choix du peuple et maintenir de forts liens entre les deux parties. 

Organiser un second référendum n’a aucun sens logique. Premièrement, cela ne pourra pas se faire, car cela prend un an pour l'organiser et le Brexit aura déjà eu lieu entretemps. Et même si nous faisons ça, que demandons-nous aux Britanniques ? Le premier référendum fut facile, car les citoyens devaient choisir entre partir ou rester. Il y a aujourd’hui au moins quatre options : pas de Brexit, un Brexit sans accord, le Brexit de Theresa May, un Brexit sans solution de remplacement, etc. Et quand on a trois, quatre, voire cinq options, on ne peut pas poser une question avec un ‘oui’ ou un ‘non’. 

Ce que nous défendons est très simple. L’accord que Theresa May a obtenu est le pire qui soit : il détruit complètement la souveraineté du Royaume-Uni, mais ne préserve pas la proximité du Royaume-Uni et de l’UE. 

Les gens doivent choisir par le biais d’élections législatives, mais il ne devrait pas y avoir de référendum supplémentaire. 

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