Le Parlement européen a débattu mercredi 15 février des mesures antiterrorisme mises en œuvre au niveau de l’UE, notamment la nouvelle directive visant à pénaliser la préparation au départ à l’étranger en vue de fomenter des attentats en Europe, et en a souligné les faiblesses actuelles, en particulier en ce qui concerne l’échange d’informations entre les services des États membres compétents.
Les eurodéputés débattaient du sujet alors qu’ils doivent adopter jeudi la nouvelle directive visant à lutter contre le terrorisme et de nouvelles mesures instaurant le contrôle systématique de tous les voyageurs, ressortissants européens ou non, lorsqu’ils entrent ou sortent de l’UE.
Monika Hohlmeier (PPE, allemande) a expliqué que le résultat trouvé sur la directive, présentée fin 2015 dans la foulée des attentats de Paris, représentait un bon compromis et un juste équilibre entre sécurité et respect des droits fondamentaux.
Ainsi l’Allemande a-t-elle assuré que les libertés d’expression et d’opinion n’étaient pas visées par cette directive, mais seulement les actes concrets de propagande et d'apologie du terrorisme ou le recrutement ciblé. Les manifestations ou expressions d’opinions ne seront pas visées par cette directive, a–t-elle assuré, sans convaincre tout le monde cependant.
La députée française Verts/ALE, Eva Joly, estime, pour sa part, que la priorité devrait être donnée à l’échange d’informations et au fait de le rendre automatique et obligatoire entre les États membres, ce que ne prévoit pas encore la directive. Pour l’ancienne juge, cette directive risque de piétiner les libertés et, en prévoyant des sanctions contre des actes de nature terroriste créant un dommage économique pour les États, peut sanctionner tout acte de désobéissance civile ou environnementale qui nuirait aux intérêts économiques, a-t-elle mis en garde.
L’Allemande Cornelia Ernst (GUE/NGL) estime, elle aussi, que les définitions du terrorisme restent trop « confuses ».
Le commissaire à l’Union de la sécurité, Sir Julian King, a, lui, assuré que cette directive représentait un réel progrès et, notamment, une véritable amélioration pour les droits des victimes des attentats pour lesquelles l’aide immédiate, l’aide juridique et l’accès aux traitements médicaux sont renforcés. Cette directive renforce aussi les échanges d’informations et a le mérite de criminaliser partout dans l’UE l’aide à la préparation au voyage à visée terroriste. Tout ceci a, en outre, été réalisé « en moins d’un an ».
La directive est d’autant plus « pertinente » que d’autres combattants étrangers pourraient revenir en Europe alors que les bases de l’État islamique en Syrie ou en Irak « s’effritent ». Quant au volet 'victimes', il est tout aussi pertinent. Dans le cadre des attentats de Bruxelles en mars 2016, ce sont pas moins de 850 personnes qui se sont manifestées pour solliciter une aide, alors que les deux attentats avaient fait 32 morts. (Solenn Paulic)