Dans un courrier adressé à la commissaire au Commerce, Cecilia Malmström, et examiné par EUROPE mercredi 15 février, la ministre de l'Économie allemande, Brigitte Zypries, et ses homologues français, Michel Sapin, et italien, Carlo Calenda, réclament plus de protection contre les investissements de pays tiers dans des secteurs stratégiques et de la réciprocité dans l'accès aux marchés étrangers.
« Ces dernières années, des investisseurs non européens ont pris le contrôle d'un nombre croissant d'entreprises européennes détenant des technologies clefs pour des raisons stratégiques. Dans le même temps, les investisseurs européens ne jouissent pas des mêmes droits dans les pays d'origine de ces investisseurs non européens », expliquent les trois ministres.
« Nous sommes inquiets du manque de réciprocité et d'un éventuel bradage de l'expertise européenne que nous ne sommes actuellement pas en mesure de combattre avec des instruments efficaces », ajoutent-ils, proposant des pistes pour réagir dans un document de travail commun.
Berlin, Paris et Rome préconisent un principe de réciprocité pour autoriser dans l'UE des investissements étrangers issus de pays dont l’accès aux marchés est limité (en exigeant, par exemple, un partenariat avec un opérateur du pays) voire interdit dans certains secteurs, ou si les investissements étrangers envisagés relèvent d’une politique d’État ou sont facilités par des aides d'État.
« Les mêmes préoccupations subsistent concernant les marchés publics où les entreprises de l'UE ont encore de grandes difficultés à bénéficier d'un accès et d'un traitement équitables dans plusieurs pays tiers, alors que le marché UE est ouvert aux concurrents », concluent la lettre.
Réagissant à cette lettre, la Commission européenne s'est dite prête à discuter. « La Commission partage pleinement l'inquiétude concernant l'accès limité pour les entreprises de l'UE aux marchés publics des pays tiers en comparaison à l'ouverture du marché des marchés publics de l'UE. Un accord doit être trouvé au niveau de l'UE sur la manière de s'attaquer à ces déséquilibres », a indiqué un porte-parole de l'institution, Daniel Rosario, rappelant que la Commission avait déjà mis sur la table en janvier 2016 une proposition révisée de mécanisme pour garantir la réciprocité de la part des pays tiers en matière d'accès aux marché publics (EUROPE 11479).
En outre, l'UE est engagée dans « d'importantes » négociations pour des accords de libre-échange et d'investissement « visant à ouvrir de nouveaux marchés et assurer des conditions égales », a ajouté M. Rosario. « Les idées » des ministres allemand, français et italien « méritent d'être discutées », a-t-il assuré, prévenant toutefois que « toute initiative au niveau de l'UE devra être compatible avec les traités de l'UE et les engagements internationaux de l'UE ». (Emmanuel Hagry)