Dans une interview exclusive à EUROPE, la ministre ukrainienne de l’Intégration européenne et euroatlantique, Ivanna Klympush-Tsintsadze, a estimé, lundi 7 novembre, qu’une non-ratification de l’accord d’association entre l’UE et l’Ukraine, actuellement bloquée par les Pays-Bas, serait « une trahison ».
« S’il n’y a pas de ratification, cela signifierait pour nous une trahison », a-t-elle expliqué, rappelant que la non-signature de cet accord par l’ancien président, Viktor Ianoukovich, avait été à l’origine des évènements de Maïdan et que la Russie avait tout fait pour qu'un tel accord ne soit pas possible. Cet accord a « une signification très symbolique en plus d'être un instrument très pratique pour les réformes et le changement », a-t-elle ajouté. Cependant, Mme Klympush-Tsintsadze a précisé « vouloir croire qu’une telle possibilité (la non-ratification) n’était pas une option ». « Sinon cela aura des conséquences désastreuses, non seulement pour l’Ukraine, mais aussi pour la stabilité et la sécurité des frontières orientales de l’UE sur le long terme », a-t-elle prévenu.
Ainsi, la ministre a espéré que le temps additionnel que s’est octroyé le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte (EUROPE 11658), allait produire un compromis acceptable pour toutes les parties. Elle a expliqué que les ministères ukrainiens, tout comme les parlementaires, étaient en contact avec leurs homologues néerlandais pour essayer de trouver un « une formulation acceptable » par tous. « Nous avons quelques semaines supplémentaires pour essayer de voir comment prendre en compte les inquiétudes que nous avons, les promesses que l’UE a faites jusque là et les inquiétudes, j’espère objectives – s’il y a des inquiétudes objectives – des citoyens néerlandais », a souligné la ministre ukrainienne, rappelant que de nombreuses discussions pendant la campagne référendaire étaient détachées de la réalité du contenu de l’accord d’association. « Nous sommes gardés otages de la discussion », qui ne portait pas nécessairement sur l’Ukraine et l’accord d’association, a-t-elle ajouté. Selon Mme Klympush-Tsintsadze, la signature de l’accord avec le Canada, le CETA, finalement possible, apportait un optimisme additionnel pour une solution. « Quand tout le monde est mobilisé, comprend les conséquences et voit les difficultés, il est possible de trouver une solution (…) ce qui crée une fenêtre d’opportunité pour trouver une solution possible et positive pour une ratification », a-t-elle expliqué.
Autre sujet de déception pour l’Ukraine : la libéralisation des visas qui se fait attendre, malgré le fait que le pays a rempli les 144 critères demandés pour une telle libéralisation. Mme Klympush-Tsintsadze a estimé qu’il était frustrant que la question n’avance pas à cause d’une procédure interne à l’UE - le trilogue sur le mécanisme de suspension des visas pour les États tiers. Elle a souhaité que son pays puisse bénéficier de la même solution trouvée début octobre pour la Géorgie : le Conseil peut négocier avec le Parlement européen sur la libéralisation des visas, estimant que « l'entrée en vigueur de la libéralisation du régime des visas en faveur de la Géorgie devrait intervenir en même temps que l'entrée en vigueur du nouveau mécanisme de suspension » (EUROPE 11639). Et si certains États membres s’inquiètent aussi du niveau de corruption, la ministre a rappelé les énormes progrès de son pays depuis deux ans et demi, précisant que l’Ukraine était partie de zéro dans la lutte contre la corruption et que cela prenait du temps de tout mettre en oeuvre.
Sur le conflit dans l’est de l’Ukraine, la ministre a rappelé que la Russie ne tenait toujours pas ses engagements. Elle a insisté sur le fait que la sécurité était prioritaire, et qu’il fallait, entre autres, un cessez-le-feu durable et sérieux, le retrait des armes lourdes, un accès garanti pour la mission de surveillance de l’OSCE à tout le territoire de l’est de l’Ukraine et à la gestion des frontières internationalement reconnues, ou encore la résolution des questions humanitaires, dont la libération des prisonniers, avant de pouvoir discuter des questions politiques, dont les élections dans l’est de l’Ukraine. Mme Klympush-Tsintsadze a également appelé à la prolongation des sanctions contre la Russie d’un an, et non plus tous les trois mois, ce qui, selon elle, permettrait de se détacher de certaines discussions et de donner la possibilité de se concentrer sur de véritables résultats. (Camille-Cerise Gessant)