Bruxelles, 15/04/2014 (Agence Europe) - La Tunisie et l'UE ont décidé de concert, au terme de la 10ème session de leur Conseil d'association, lundi 14 avril à Luxembourg, d'amorcer une phase plus active de leur coopération centrée à la fois sur le redressement de l'économie tunisienne et, aussi, à plus long terme, sur son ancrage au marché intérieur européen pour promouvoir les échanges de produits, de services et de personnes.
La Tunisie, qui fait face à une situation dégradée de son économie et de ses finances, a obtenu l'assurance d'appuis européens en relative augmentation par rapport aux exercices passés pour parer aux difficultés présentes et préparer l'avenir par une série de réformes que l'UE encourage et affirme soutenir.
Dans le détail, le Conseil d'association, présidé, d'une part, par le vice-ministre grec des Affaires étrangères, Dimitris Kourkoulas, et par Stefan Füle, commissaire à l'Élargissement et à la Politique de voisinage, et, d'autre part, par le secrétaire d'État tunisien aux Affaires étrangères, Fayçal Gouia (le ministre des Affaires étrangères s'est désisté en dernière minute, au risque d'ouvrir la voie à des interprétations sur le degré de satisfaction tunisienne vis-à-vis de l'UE: NDLR), a « scellé un accord politique » sur un « plan d'action ». Ses modalités sont à préciser par la suite.
Une 'matrice' (proposition de mesures détaillées) a été arrêtée pour orienter la coopération d'ici l'horizon 2017. « Le plan d'action du Partenariat privilégié offre une feuille de route ambitieuse qui traduit la volonté de la Tunisie de développer les réformes dans tous les domaines », indique un communiqué conjoint qui reprend le sentiment, partagé, exprimé lors de la conférence de presse finale.
Au cours de cette conférence de presse, les chefs des deux délégations ont affirmé leur convergence de vues sur plusieurs points. La Tunisie a exposé l'évolution de sa situation intérieure et « mis en avant ses attentes vis-à-vis de l'UE en termes de soutien politique et économique, ainsi que ses priorités en matière de commerce et de mobilité ». En réponse, l'UE a reconnu « les importants défis socio-économiques (…) et sécuritaires » auxquels la Tunisie doit faire face et l'a assuré de son « soutien croissant ». Mais l'UE réaffirme aussi son attitude prudente et dit qu'elle « reste convaincue que les perspectives économiques et sociales de la Tunisie dépendent largement de l'évolution de la transition politique, de la consolidation de ses institutions et de son secteur bancaire, de la modernisation de la gestion des finances publiques, mais aussi de l'adoption de réformes structurelles, qui nécessite la poursuite du dialogue entre les partenaires sociaux ».
Les deux parties ont rappelé la liste des différents « chantiers » ouverts: négociation d'une 'feuille de route' pour donner un sens au 'partenariat privilégié' promis, pour un accord commercial approfondi (ALECA), pour un accord de mobilité. Elles ont évoqué les perspectives de financement de la coopération, notamment par l'octroi d'un prêt pour une aide macro-financière de 300 millions d'euros soumis à l'approbation du Parlement européen (le 17 avril à Strasbourg).
Enfin, le Conseil d'association a permis de lancer la procédure d'adoption de deux protocoles additionnels à l'Accord d'association entre l'UE et la Tunisie en ce qui concerne, d'une part, l'adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie et, d'autre part, un accord-cadre ouvrant l'accès de la Tunisie aux programmes et agences de l'UE.
La société civile mobilisée contre la dette vis-à-vis de l'UE et du FMI
La société civile tunisienne se mobilise contre l'endettement croissant du pays, notamment vis-à-vis de l'UE, du FMI et d'autres organismes internationaux de financement. Un rassemblement a eu lieu samedi 12 avril à Bruxelles, regroupant plusieurs associations de société civile en « lutte contre la dictature de la dette ». En cause, directement, l'aide macro-financière de 300 millions d'euros promise par l'UE et qui sera soumise au vote du PE. Ce crédit risque « d'aggraver l'endettement du pays », a estimé une des figures du mouvement, Fathi Chamkhi, porte-parole officiel du Rassemblement pour une alternative nationale du développement (Raid) et fondateur d'ATTAC-Tunisie. Il qualifie de « dangereuses » les conditions imposées par l'UE et le FMI. La demande de la société civile va du moratoire à l'annulation pure et simple de la dette tunisienne. Des eurodéputés militent dans le même but. Marie-Christine Vergiat et Paul Murphy (du groupe GUE/NGL) organisent, mercredi 16 avril à Strasbourg, une conférence de presse, en présence de M. Chamkhi (FB).