Bruxelles, 08/05/2007 (Agence Europe) - L'examen de la récente communication du président du Comité des négociations agricoles à l'OMC, Crawford Falconer (EUROPE n° 9417 et 9420), a donné lieu à d'intenses discussions lundi à Genève. En dépit des critiques qui lui ont été adressées, M. Falconer s'est félicité de constater que les positions des membres étaient « largement dans le champ » de son document de référence visant un compromis sur les modalités de libéralisation des échanges dans le volet agricole. « J'aurais eu un problème si tout le monde l'avait approuvé tel quel », a commenté avec humour devant la presse le médiateur dans les négociations agricoles qui a promis un texte révisé pour le 14 mai prochain.
Les critiques sont notamment venues des pays en développement. Ainsi, les pays « amis des produits spéciaux » du G-33 ont estimé que le document de M. Falconer, qui cherche à revitaliser les négociations agricoles pendant que le G-4 (Union, Etats-Unis, Brésil et Inde) peine à trouver un compromis qui sortirait les négociations de Doha de l'impasse, « ne constitue pas un bon point de départ car il présente de sérieux déséquilibres dans le traitement des pays développés et en développement ». Est notamment critiquée la limite proposée par M. Falconer à la liste des produits spéciaux (produits sensibles pour les pays en développement): alors que le G-33 souhaite que les produits spéciaux représentent au moins 20% des lignes tarifaires, M. Falconer suggère que leur nombre soit compris entre 5% et 8%. « Ces déséquilibres ne conduiraient qu'à la perpétuation des défaillances structurelles et des distorsions dans le commerce agricole », a insisté le G-33.
Sommés de réduire leurs soutiens internes en deçà d'un plafond de 19 milliards de dollars par an, les Etats-Unis se sont pour leur part dit préoccupés par ce qu'ils perçoivent « comme un manque d'objectivité » dans un document qui, selon eux, se concentre trop sur le 1er pilier du volet agricole. « Nous reconnaissons la nécessité d'apporter une contribution sur ce pilier, mais il y a des limites quant à ce qui est réaliste », a commenté la délégation américaine.
Tout en saluant le document de M. Falconer, les pays émergents du G-20 ont pour leur part remis en cause sa définition du « centre de gravité » concernant les soutiens internes américains. A la proposition du Néo-Zélandais qui juge que le centre de gravité « se situe certainement en dessous de 19 milliards de dollars par an et quelque part entre les 'very low teens' » (entre 13 et 15 milliards de dollars, NDLR), le G-20 a répondu que les 'very low teens' sont « le seul centre de gravité possible ». M. Falconer a reconnu lundi que la position américaine continuait à focaliser toutes les attentions des délégations: « il y a plus d'une délégation qui voudrait que les Etats-Unis concèdent davantage sur les soutiens internes », a-t-il commenté.
Lors d'un entretien téléphonique lundi, le ministre japonais de l'Agriculture Toshikatsu Matsuoka et le ministre indien du Commerce Kamal Nath ont eux aussi convenu que les propositions de M. Falconer étaient « déséquilibrées » sur le 3ème pilier (accès au marché). En effet, alors que M. Falconer suggère de limiter la liste des produits sensibles pour les pays riches à 5% des lignes tarifaires, le Japon entend garder une liste de 10 à 15% de produits sensibles (l'Union réclame 8% et les Etats-Unis veulent les limiter à 1%) ; comme le G-33, l'Inde souhaite pour sa part que la liste des produits spéciaux aille bien au-delà de 8% des lignes tarifaires. (eh)