Le Conseil européen a souligné, jeudi 23 octobre, sa détermination à atteindre l’objectif de renforcer « résolument » la préparation de l'Europe en matière de défense d'ici 2030 « rapidement et à grande échelle, afin que l'Europe soit mieux armée pour agir et faire face de manière autonome, coordonnée et globale aux défis et menaces immédiats et futurs ».
« En Finlande, nous avons coutume de dire : nous n’avons pas peur, nous sommes prêts. J’espère vraiment que l’Europe pourra en dire autant. Nous avons environ cinq ans pour muscler notre défense, car la Russie est et restera une menace permanente pour l’Union européenne et les pays européens », a prévenu le Premier ministre finlandais, Petteri Orpo. De même, pour son homologue danoise, Mette Frederiksen, le réarmement européen est « primordial ». Elle a ajouté que l’UE manquait d’armes, de défense aérienne et de drones.
Dans ses conclusions, le Conseil européen estime que les travaux devraient se concentrer en particulier sur des projets concrets visant à renforcer les efforts conjoints des États membres pour améliorer leurs capacités de lutte contre les drones et de défense aérienne, de manière coordonnée, en tirant pleinement parti des instruments financiers pertinents existants, dont SAFE et EDIP.
Les États membres font face, depuis plusieurs semaines, à des incursions d'avions de chasse et de drones dans leur espace aérien. Jeudi encore, en marge du Conseil européen, un avion de combat et un avion de ravitaillement russes sont entrés pendant quelques secondes dans l'espace aérien lituanien.
L’UE a identifié neuf domaines capacitaires prioritaires, sur lesquels le Conseil européen appelle à rendre opérationnels les résultats des travaux menés par les États membres. Et cela « avec le soutien de l’Agence européenne de défense et sur la base d’une approche globale cohérente, s’appuyant sur la 'Boussole stratégique', afin que l’Europe développe l’ensemble des capacités modernes nécessaires, en pleine cohérence avec l’OTAN ».
Le Conseil européen souhaite aussi que soit finalisé le processus de mise en place de coalitions de capacités dans tous les domaines prioritaires « d’ici la fin de l’année ».
« Ce faisant, l'Union réduira ses dépendances stratégiques, comblera ses déficits capacitaires critiques et renforcera en conséquence la base industrielle et technologique de défense européenne dans toute l'Union, afin de mieux fournir des équipements en quantités et au rythme nécessaires », estiment les dirigeants. Ils soulignent en outre l’importance d’une coopération étroite avec l’Ukraine et de son intégration et de sa contribution à l’industrie européenne de la défense. Devant les médias, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a rappelé que son pays avait de la technologie de défense que ne possèdent pas les Européens et qu'il était prêt à la partager et à réaliser des coproductions.
Le Conseil européen demande en outre aux États membres d'orienter de plus en plus leurs investissements de défense vers le développement, la production et l’approvisionnement communs, « car l’agrégation de la demande sur la base d’exigences standardisées et les économies d’échelle sont essentielles pour assurer la prévisibilité à l’industrie, réduire les coûts et favoriser l’interopérabilité ».
« Dans certains domaines, nous souhaitons améliorer l'interopérabilité entre les États. L'approvisionnement commun peut donc être un facteur déterminant », a rappelé l'Irlandais Micheal Martin. « Il ne s'agit pas (d’avoir) un pays à côté de l'autre, mais de produire plus efficacement, de produire, d'acquérir ensemble », a ajouté le Luxembourgeois Luc Frieden.
Voir les conclusions : https://aeur.eu/f/j40 (Camille-Cerise Gessant avec la rédaction)