Entendue par les eurodéputés de la commission parlementaire des droits des femmes (FEMM), la commissaire européenne à l'Égalité, Hadja Lahbib, a été vivement interrogée sur la suppression de la directive sur l’égalité de traitement du programme de travail 2025. Katrin Langensiepen (Verts/ALE, allemande), Alice Kuhnke (Verts/ALE, suédoise) et Maria Walsh (PPE, irlandaise) ont notamment exprimé leur indignation, cette dernière se disant « choquée » par cette décision.
Le retrait de la directive horizontale sur l’égalité de traitement (EUROPE 13581/20, 13579/21), proposée en 2008 pour lutter contre les discriminations fondées sur l’âge, le handicap, la religion ou l’orientation sexuelle en dehors du cadre professionnel, apparaît au point 26 de l’annexe IV du programme de travail de la Commission, présenté le 12 février (https://aeur.eu/f/fgp ), où il est mentionné que la proposition, bloquée car « il est peu probable qu'elle progresse » faute de l'unanimité nécessaire au Conseil, pourrait être retirée « dans un délai de six mois ».
Hadja Lahbib a assuré qu’elle avait tenté de débloquer le texte auprès de plusieurs ministres, notamment en Italie et en Allemagne.
Face aux objections des eurodéputés, elle a défendu la position de la Commission en expliquant que maintenir une directive sans perspective d’adoption « n’améliore pas la vie des gens ».
Elle a toutefois encouragé les députés à « jouer (leur) rôle » en exerçant des pressions sur leur gouvernement respectif.
Harmonisation de la définition du viol. L’absence de consensus au Conseil a également été soulevée sur une autre question : la définition du viol fondée sur l’absence de consentement. Actuellement, seuls 17 États membres intègrent cette notion dans leur législation.
Un an après l’accord interinstitutionnel sur la directive contre les violences sexistes (EUROPE 13344/24), survenu après de multiples négociations infructueuses en raison du blocage des États membres, pour une définition européenne du viol, Abir Al-Sahlani (Renew Europe, suédoise) a plaidé pour une législation européenne garantissant que « seul un oui est un oui », tandis qu’Alice Kuhnke (Verts/ALE, suédoise) a regretté que la Commission n’aille pas plus loin face à la réticence de certains États membres.
Reconnaissant les divergences nationales et l’importance du consentement dans la lutte contre les violences sexuelles, Mme Lahbib a encouragé les États membres à inclure cette notion lors de la transposition de la directive et a promis un suivi attentif des négociations sur la refonte de la directive contre les abus sexuels sur les enfants (EUROPE 13545/4).
Feuille de route. En outre, Hadja Lahbib a présenté la feuille de route pour les droits des femmes, qui sera adoptée en amont de la Journée internationale des femmes en mars. Ce document définira des principes fondamentaux et des objectifs politiques pour guider les futures initiatives de l’UE en matière d’égalité de genre.
Si la commissaire en a fait une « boussole » pour les politiques européennes, plusieurs eurodéputés, dont Joanna Scheuring-Wielgus (S&D, polonaise), ont exprimé leur insatisfaction face à l’absence de mesures concrètes immédiates.
La commissaire a assuré de son engagement à promouvoir l’égalité de genre dans les politiques publiques et à lutter contre la violence en ligne et les violences faites aux femmes. Mais elle a appelé à un travail conjoint du Parlement et des États membres pour concrétiser ces avancées. (Nithya Paquiry)