Les ministres européens chargés de l'Espace se sont réunis à Séville, lundi 6 et mardi 7 novembre, à l'occasion d'un sommet sur l'espace qui a permis d'avancer dans l'avenir des lanceurs, l'exploration spatiale ou encore dans l'utilisation de l'espace dans la lutte contre le changement climatique.
Lanceurs
Le directeur général de l’Agence spatiale européenne (ESA), Josef Aschbacher, a rappelé que l’Europe n’avait pas, actuellement, son propre accès à l’espace en raison des retards sur Ariane 6 et des problèmes de Vega-C. « Nous devons amener Ariane 6 sur le pas de tir aussi vite que possible », a-t-il souligné, ajoutant que les tests réalisés en septembre et octobre avaient été réussis. Il a indiqué par ailleurs qu’après le test de fin novembre, il pourrait être plus précis sur la date de lancement d’Ariane 6. Vega-C devrait être lancé à nouveau fin 2024.
En raison de l’absence de lanceurs européens, la Commission européenne négocie actuellement avec Space X pour le lancement de quatre satellites Galileo en 2024. « Nous sommes en train de finaliser les discussions », a expliqué le commissaire au Marché intérieur, Thierry Breton, ajoutant que, pour ces lancements, il était nécessaire d’obtenir un accès sécurisé à la base de lancement américaine. Il pourrait y avoir deux lancements, réalisés par Space X, de deux satellites, en avril et en juillet, selon des dates indicatives.
Malgré leurs difficultés actuelles, lors du sommet, les ministres ont décidé de stabiliser l’exploitation d’Ariane 6 et de Vega-C. Ainsi, dans une déclaration commune, la France, l’Italie et l’Allemagne ont annoncé qu’Ariane 6 bénéficiera d’un financement maximum de 340 millions d’euros par an à partir de 2026. L’ESA a précisé qu’elle ferait un audit en vue du prochain sommet, en 2025, pour évaluer si ce montant pouvait être réduit. La compétitivité du programme sera garantie par un engagement des industriels à réduire leurs coûts de 11%, selon le ministre français Bruno Le Maire.
Le financement permettra de garantir l’exploitation à long terme d’Ariane 6 pour les missions 16 à 42, soit 27 missions. Ariane 6 se verra confier un minimum de quatre missions institutionnelles européennes par an.
Pour Vega-C, le financement sera de maximum 21 millions par an, pour financer les vols 26 à 42. Vega-C se verra confier un minimum de trois missions institutionnelles européennes par an.
Les ministres se sont aussi mis d’accord sur un changement dans les modalités de passation des marchés des lanceurs en ouvrant un appel d'offres sur des lanceurs sans catégorie de poids. Le financement sera organisé au prochain sommet, en 2025, selon l’ESA. « Pour la première fois, les trois grands États européens (l'Italie, l'Allemagne et la France) valident le principe de compétition européenne sur les nouveaux lanceurs », a souligné M. Le Maire aux médias. « Nous changeons complètement la donne des lanceurs. Il y aura un appel d’offres à l’industrie qui pourra présenter sa meilleure offre. On sera des clients des services de lanceurs », a expliqué M. Aschbacher.
Pour M. Breton, « nous devons changer notre manière de travailler sur la question des lanceurs ». Tout en saluant les accords obtenus sur les lanceurs, il a estimé qu’il fallait aller plus loin. « Il faut un partage politique, programmatique, institutionnel plus fort, plus européen », a-t-il expliqué.
Selon le commissaire, il faut plus de concurrence pour répondre aux besoins programmatiques, une plus grande responsabilité des industries « avec plus de ruptures technologiques, et moins, voire plus du tout de retour géographique » et une agrégation des lancements institutionnels « de tous les lancements institutionnels, de l’UE, l’ESA et des États membres ». M. Breton a rappelé l’article 5 du programme spatial européen, qui porte sur une préférence européenne, pas uniquement pour la Commission européenne, mais aussi pour tous les États membres, y compris pour les lancements militaires. « C’est ainsi que l’on pourra assurer la viabilité commerciale de nos lanceurs. Il faut mettre fin à ce paradoxe européen. On veut être autonome, mais il y a encore trop de lancements institutionnels qui ne se font pas sur un lanceur européen », a-t-il regretté.
Exploration
Lors de la réunion de l’ESA, les ministres ont également lancé un concours entre des entreprises innovantes basées en Europe pour la mise en place d'un service de retour de fret spatial, qui permettra à un fournisseur commercial européen d'approvisionner la Station spatiale internationale d'ici à 2028 et ramènera le fret sur Terre. Le véhicule de service pourrait évoluer vers un véhicule d'équipage et desservir éventuellement d'autres destinations, si les États membres le souhaitent, selon l’ESA. Le délai de 2028 est « très proche et très ambitieux », selon M. Aschbacher.
La première étape du projet sera financée à hauteur de 75 millions d’euros et des contributions privées sont recherchées dans le cadre du concours.
La deuxième phase fera partie des propositions présentées lors de la prochaine réunion du Conseil de l'ESA au niveau ministériel en 2025.
Durabilité
Le sommet a également permis de renforcer le rôle de l’ESA dans la lutte contre le changement climatique. L’agence va soutenir les efforts nationaux et européens visant à atteindre la neutralité carbone d'ici à 2050 en s’appuyant sur plusieurs activités existantes de l'ESA, notamment : - la Green Transition Information Factory, qui utilise des données d'observation de la Terre, l'informatique en nuage et des analyses de pointe pour aider les décideurs politiques et les industries à passer à la neutralité carbone ; - le système Iris pour une aviation plus verte par satellite ; - les efforts visant à utiliser les données spatiales pour rendre l'agriculture, l'énergie et les transports plus écologiques.
L'ESA va également accélérer l'utilisation de l'espace pour répondre à des situations d'urgence naturelles grâce à l'accélérateur de réponse rapide et résiliente aux crises.
L’Agence a en outre signé, le 26 octobre, un partenariat avec la Direction générale de l'action pour le climat de la Commission européenne.
Parallèlement, l'ESA s’est engagée à s’efforcer de réduire activement l'empreinte environnementale de tous les projets spatiaux tout au long de leur cycle de vie et de favoriser une industrie spatiale propre et durable.
De plus, afin de lutter contre les débris spatiaux, les ministres ont invité les organismes publics et les entreprises spatiales commerciales à enregistrer leur intention de signer une charte 'zéro débris' dans les mois à venir. L’ESA, pour sa part, a signé cette charte (https://aeur.eu/f/9f5 ). « Il faut faire un gros effort, l’Europe doit être exemplaire » dans la lutte contre les débris, a insisté Anna Christmann, la coordinatrice allemande pour la politique spatiale, dont le pays assure actuellement la présidence de l’ESA.
Premières images d'Euclid
Par ailleurs, le 7 novembre, la mission spatiale Euclid de l'ESA a dévoilé cinq premières images en couleurs du cosmos (EUROPE 13214/28). « Jamais auparavant un télescope n'avait été capable de créer des images astronomiques d'une telle netteté sur une si grande portion du ciel et en regardant aussi loin dans l'univers lointain », selon l’ESA.
Parmi les clichés, on peut voir une image de la nébuleuse de la Tête de cheval au sein de la proche constellation d'Orion, 1 000 galaxies appartenant à l'amas de Persée, une galaxie naine, une autre cachée et un amas globulaire.
Euclid observera, au cours des six prochaines années, les formes, les distances et les mouvements de milliards de galaxies sur une distance de 10 milliards d'années-lumière. Elle a pour objectif de créer la plus grande carte cosmique en 3D jamais réalisée.
Voir la proposition du Directeur général de l’ESA sur ‘Rehausser les ambitions de l’Europe en matière d’environnement, de développement durable, d’accès à l’espace et d’exploration spatiale’ : https://aeur.eu/f/9f7
Voir la résolution portant sur 'Rehausser les ambitions de l’Europe en matière d’environnement, de développement durable, d’accès à l’espace et d’exploration spatiale' : https://aeur.eu/f/9f9
Voir la déclaration de l’Allemagne, la France et l’Italie : https://aeur.eu/f/9fb (Camille-Cerise Gessant)