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Bulletin Quotidien Europe N° 13142
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ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES / Interview fiscalitÉ

« La taxation des ultra-riches est un enjeu démocratique », estime Aurore Lalucq

L’eurodéputée Aurore Lalucq (S&D, française) et l’économiste français Gabriel Zucman ont lancé, mardi 14 mars, un appel pour une juste imposition des ultra-riches (EUROPE 13141/33). Cet appel à la création d'un accord international permettant d'imposer les très grandes fortunes a été signé par : - 131 autres eurodéputés ; - une dizaine d'économistes, parmi lesquels Joseph Stiglitz ; - une vingtaine de millionnaires membres des Patriotic Millionaires, auteurs de la lettre de Davos ; - des organisations non gouvernementales ; - la Confédération européenne des syndicats. Aurore Lalucq détaille cette initiative pour EUROPE. (Propos recueillis par Anne Damiani)

Agence Europe - Comment avez-vous eu cette idée ?

Aurore Lalucq - Nous avons toujours eu l’idée au sein des sociaux-démocrates de taxer la fortune. L’idée de créer un accord international pour la mise en œuvre d'un impôt sur l'extrême fortune est venue progressivement après que la question de la taxation des multinationales ait été réglée grâce à l’accord OCDE (EUROPE 13122/19). C’est une suite logique. Désormais, il y a une justice fiscale entre les multinationales et les petites et moyennes entreprises (PME).

La justice fiscale dans le domaine des ménages nous tient aussi à cœur, car c’est tout aussi important. Le Parlement européen, soutenu par la Commission européenne, avait demandé que la taxation des ménages fût incluse dans la réforme du Groupe ‘Code de conduite’, mais cela a été rejeté par le Conseil de l’UE (EUROPE 13059/5).

La taxation du patrimoine a été progressivement supprimée avec la révolution néolibérale. Nous souhaitons revenir sur le dogme fiscal de ces dernières décennies, qui a tout détricoté. C’est non seulement une question de justice sociale, mais aussi une question de compétition fiscale. Je sais que les États ont peur d’un départ des grandes fortunes, mais il faut mettre un terme à cette course au moins-disant fiscal, car c’est un enjeu démocratique. Ce manque de taxation donne l'impression d’une scission de la population, que les riches se soustraient à la société dans laquelle ils vivent. Il faut qu’il y ait une reconnaissance d’une souveraineté fiscale.

Qu’attendez-vous de cette initiative ?

Nous savons que c’est une question compliquée, car la fiscalité est liée aux modèles sociaux et nous n’avons pas tous les mêmes traditions. Pour réunir tout le monde, nous voulons commencer par cet appel, afin d’envoyer un signal politique et dire 'stop'. Notre appel est large et transpartisan. Nous avons aussi des millionnaires avec nous. Nous souhaitons demander aux institutions de commencer à entamer ce travail.

Nous espérons politiquement que cela va créer une adhésion plus large que celle qui existe déjà. Nous voulons faire entrer cette question dans le débat public, mettre cette proposition sur la table. Il est important de débattre à nouveau de ce sujet et d’avoir un nouveau type de financement après les dernières crises. Nous avons besoin d'accélérer politiquement sur ce sujet, de le remettre à l’agenda politique de manière urgente et sérieuse.

Comment avez-vous réuni les signataires ?

Notre envie a germé avec mon collègue Pedro Marques (S&D, portugais) d’appeler plus largement que notre groupe. Nous avons parlé avec différents eurodéputés pour comprendre la situation dans leurs pays.

Nous avons discuté avec des experts depuis longtemps, notamment avec Gabriel Zucman, qui est coauteur de la tribune. Nous avons également proposé aux millionnaires de se joindre à nous, à la suite de leur appel à être davantage taxés, en marge du Forum économique de Davos. C'est excessivement important, car il s’agit de montrer qu’il ne s’agit pas d’une lutte 'riches contre pauvres'. C’était une rencontre enrichissante, car ils sont progressistes et force de propositions et d'enthousiasme. Ils ont la volonté d’avancer sur ce sujet. Nous espérons que ce n'est qu'un début.

Dans votre tribune, vous proposez un seuil de 1,5% de taxation effective à partir d'un patrimoine de 50 millions d'euros. Comment en êtes-vous arrivés à ce taux ?

Effectivement, la question du taux et du seuil est difficile à déterminer. Nous avons fait ce choix en concertation avec les experts, en lisant les travaux des économistes Lucas Chancel, qui est l’un des signataires, et Gabriel Zucman. Nous nous sommes nourris des débats entre experts.

Nous nous attendions à ce que cela fasse débat, mais, finalement, ça n’a pas tant été le cas. Le taux et le seuil sont révisables, en réalité. Notre finalité est de mettre une proposition sur la table et de voir comment elle fait réagir, s’il y a un engouement ou non, une sorte d’adhésion importante.

Nous sommes ouverts sur les modalités, car cela fera sans doute l’objet de négociations. Certains voudront un seuil à 20 ou 30 millions d’euros. Nous voulons montrer notre volonté, côté européen, d’avoir une proposition forte, car cela bouge du côté des États-Unis, notamment au regard du discours sur l'État de l'Union du Président Biden.

Pour autant, nous n’avons pas encore chiffré combien cela pourrait rapporter à l’échelle de l’UE.

Vous mentionnez l’idée d’une exit tax au sein de l’UE. Comment fonctionnerait-elle ?

Il serait temps que l’UE défende ses intérêts de façon plus offensive, comme les États-Unis avec l’Inflation Reduction Act (EUROPE 13138/1). Les Européens ont peur d’une fuite des grandes fortunes, mais on devrait pouvoir mettre en place ce genre de dispositif.

Vous évoquez le fait que les 1% les plus riches émettent plus d'émission de CO2 que la moitié la plus pauvre de la planète. Cette taxe aurait-elle un volet environnemental ?

Cette mesure soulève le problème des conséquences sur l'efficacité économique, la justice sociale et démocratique. Mais la question écologique n’est pas assez mentionnée. On le sait, ce sont les plus riches qui polluent le plus alors que les plus pauvres polluent le moins, mais subissent le plus la pollution.

À un moment, il faut penser au fait que nous avons besoin de ressources pour financer la transition écologique.

Pour en savoir plus : https://aeur.eu/f/5sf

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