C’est armé de fleurs que s’est rendu à Bir Zeit, jeudi 9 mars, un groupe de hauts gradés de la police civile palestinienne pour aller au contact de la population. Dans une école, puis dans d’une association de femmes, les policiers ont fait de la prévention contre le cybercrime ou la drogue.
Ces visites font partie de la police de proximité, soutenue par la mission de l’UE de soutien à la police dans les territoires palestiniens, EUPOL COPPS, dans l’optique de rapprocher civils et policiers.
En 2016, l’UE a fourni 11 unités mobiles de police – une par district – pour rapprocher la police des citoyens. « Si vous n’allez pas à la police, la police vient à vous », a résumé Pietro Tripodi, conseiller principal d’EUPOL COPPS sur la police de proximité.
« Lorsque les gens voient des personnes en uniforme, ils pensent qu'il s'agit d'ennemis. Il existe un contrat social entre la police et les citoyens, la police est là pour répondre à leurs besoins », a expliqué la cheffe de la mission EUPOL COPPS, Nataliya Apostolova, à un groupe de journalistes en visite en Palestine, dont EUROPE, le 6 mars. De plus, selon une source européenne, la 'community policing' est un bon moyen de prévenir le terrorisme.
Plus largement, la mission EUPOL COPPS, établie en 2006, a pour objectif d’aider la police civile palestinienne, qui compte environ 8 000 membres, mais aussi le secteur de la justice, à se réformer et à être plus performants pour que la Palestine bénéficie d’institutions fonctionnelles dans l’optique d’une solution à deux États.
La police et la justice palestiniennes n’ont d’autorité que dans la zone A de la Cisjordanie, même si l’armée israélienne mène régulièrement des incursions dans cette zone, ce qui ne facilite pas le travail de la police palestinienne.
« Nous nous engageons à mettre en place des institutions capables de faire face à des activités nécessaires qui seront difficiles », a prévenu la cheffe de la mission.
Concrètement, les Européens sont présents pour apporter un soutien, donner des conseils, montrer les meilleures pratiques à leurs homologues palestiniens, et non pour contrôler ce qu’ils font.
« Il s'agit principalement d'un soutien et d'actions techniques. Nous n'avons pas de fonction exécutive, nous ne pouvons pas nous substituer aux Palestiniens », a précisé Giovanni Galzignato, chef de la section 'État de droit', le 6 mars. « Nous essayons de les conseiller, mais ils doivent développer leur propre concept. Nous ne sommes pas là pour dire ‘faites ou ne faites pas », a ajouté le chef de la section 'police', Bertram Welsing.
La mission a aussi un expert pour les crimes environnementaux. EUPOL COPPS a été la première mission de l’UE à avoir un tel expert en son sein. Le principal défi est de prévenir les décharges sauvages et de renforcer la prise de conscience à ce sujet.
La mission a également deux experts pénitenciers. Soulignant la « situation terrible » des prisons palestiniennes - surpeuplement, hommes et femmes parfois mélangés, cellules sans lumière -, Mme Apostolova a expliqué avoir informé les États membres à ce sujet et cherché des financements pour améliorer les infrastructures. L’UE a financé la construction d’une nouvelle prison à Hébron, avec des équipements modernes, mais elle attend désormais que celle-ci soit reliée au système électrique, soumise à une autorisation des autorités israéliennes.
EUPOL COPPS travaille aussi sur l’égalité de genre. En janvier, la mission a aidé au lancement d’un réseau de femmes policières - qui ne représentent que 3,6% des effectifs -, afin de soutenir les femmes pour qu’elles rejoignent la police et y développent une carrière. Mme Apostolova souhaiterait développer des réseaux identiques pour les femmes juges et les femmes procureurs.
De nombreux défis à relever
Le travail est compliqué par le fait que les élections n’ont pas eu lieu dans le pays depuis 2006, les dernières, prévues en 2021, ayant été annulées car les Palestiniens n’étaient pas autorisés à organiser le scrutin à Jérusalem-Est. De plus, la division des pouvoirs n’est pas claire. « L’autorité palestinienne doit regagner la confiance des gens », a estimé Mme Apostolova, s’interrogeant sur le type de confiance que l’on peut attendre d’une population quand aucune élection n’a été organisée depuis des années.
La fonction législative est assurée par le Président, par décrets. Pour essayer d’apporter un peu « de contrôle et d'équilibre, alors qu'il n'y en a pas aujourd'hui », selon Mme Apostolova, l’UE a proposé un logiciel pour que les ministères puissent publier toutes les législations qui devraient être promulguées et permettre ainsi, notamment, aux autres ministères, mais aussi à la population, de consulter les propositions.
De plus, les institutions n’ont pas toujours un rôle bien défini et les entités sont multiples : en plus de la police civile, la Palestine compte une dizaine de corps ayant un rôle de maintien de l’ordre. La police civile palestinienne fait également face à un déséquilibre hiérarchique avec de nombreux chefs comparativement au nombre de policiers sur le terrain. (Camille-Cerise Gessant)