Chaque fois que nous avons été confrontés à des circonstances exceptionnelles, qu'il s'agisse de la crise migratoire, de la pandémie de Covid-19 et de l'agression militaire russe de l'Ukraine, nous avons su faire face et, « la plupart du temps, nous avons choisi plus d'Europe, ce qui signifie des décisions plus rapides, une action plus décisive et une résilience accrue », a déclaré le président lituanien, Gitanas Nausėda, mardi 14 mars, lors d'un discours dans l'hémicycle du Parlement européen à Strasbourg.
Rappelant certains événements ayant forgé l'histoire des Lituaniens en tant que nation « européenne ouverte, tolérante et avancée », M. Nausėda a assuré que son pays entend tout faire pour renforcer l'Union européenne. Car « nous savons mieux que quiconque ce que signifie le risque de perdre l'Europe », a-t-il souligné, faisant notamment référence à la période d'« occupation » soviétique.
Le président lituanien a d'ailleurs évoqué l'initiative que son pays, l'Estonie, la Lettonie, la Pologne et la Roumanie promeuvent depuis juillet 2022, qui vise à faire la lumière sur « les crimes des régimes communistes », via notamment des programmes de recherche et d'éducation et la création à Bruxelles d'un mémorial dédié à leurs victimes.
Saluant l'action déterminée de l'Europe et d'« autres nations éprises de liberté » pour soutenir l'Ukraine face à l'agresseur russe, M. Nausėda a relevé que l'État lituanien et la société civile lituanienne avaient apporté à Kiev un soutien équivalent à 1,5% du PIB national et qu'ils se tiennent prêts à accroître cette aide. Il a plaidé pour un renforcement des sanctions européennes visant la Russie jusqu'à ce que le Kremlin cesse les hostilités, pour l'établissement d'un tribunal international chargé d'investiguer sur le crime d'agression et pour l'utilisation des avoirs gelés russes dans le but de reconstruire l'Ukraine.
Partisan de l'élargissement de l'UE, le président lituanien a estimé que les autorités ukrainiennes avaient déjà démontré leurs capacités à mener les réformes nécessaires sur la voie de l'adhésion. Selon lui, des décisions « non conventionnelles » seront nécessaires en la matière, en référence peut-être à une éventuelle décision des Vingt-sept d'ouvrir les négociations d'adhésion avant fin 2023.
Et, a ajouté M. Nausėda, « la Moldavie a, plus que jamais, besoin de notre aide, parce qu'elle fait face à des pressions politiques et énergétiques énormes de la part de forces pro-russes ». De même, il convient de « donner de l'espoir » à la jeune génération géorgienne, qui réclame un futur européen.
Compétitivité. Le président lituanien a rappelé que le Conseil européen de printemps sera appelé à prendre des décisions sur le renforcement de la compétitivité européenne, sur la base de propositions visant à stimuler l'essor de l'industrie 'zéro émission nette' et à faire de l'UE un acteur prépondérant dans le secteur des matières premières critiques (EUROPE 13140/12).
Début mars, en marge du Conseil 'Compétitivité', dix États membres - dont la Lituanie - ont fait des propositions afin de renforcer aussi la compétitivité économique à long terme (EUROPE 13133/1). Cette stratégie « devrait inclure le renforcement du marché unique et de la base technologique et industrielle, la suppression des obstacles excessifs à la circulation des biens, des services et des capitaux privés, la promotion des partenariats internationaux et d'un commerce fondé sur des règles », avec une attention particulière à la coopération avec les pays d'Afrique, d'Amérique latine et de la région indopacifique, a indiqué M. Nausėda.
D'après lui, « le chantage » à l'énergie perpétré par la Russie démontre l'importance d'accélérer les transitions énergétiques et climatique pour réduire la dépendance vis-à-vis des hydrocarbures russes. « Je suis convaincu que la décision de la Lituanie d'abandonner l'importation d'énergie russe - gaz, pétrole et électricité - est un exemple à suivre par les autres pays de l'UE », a-t-il conclu.
Voir le discours de M. Nausėda : https://aeur.eu/f/5t7 (Mathieu Bion)