Contredisant sa commission des affaires économiques et monétaires (ECON) (EUROPE 12521/21), le Parlement européen a approuvé à une courte majorité (343 voix pour, 296 contre, 56 abstentions), mercredi 8 juillet en début de soirée, la nomination du Français François-Louis Michaud au poste de directeur exécutif de l’Autorité bancaire européenne (ABE), conformément à la proposition du conseil de surveillance de l’ABE.
Se disant « honoré » par cette nomination, M. Michaud a promis qu'une des priorités de son action serait de « garantir l'égalité de genre à tous les échelons de l'organisation », selon un communiqué de l'ABE.
L'issue du vote en session plénière du PE était indécise, parce que la commission parlementaire compétente avait rejeté la candidature de M. Michaud et parce que le Parlement européen avait, en début d'année, rejeté une première candidature, celle de l'Irlandais Gerry Cross, pour une question d'égalité de genre, mais aussi de pantouflage de ce dernier à l'AFME, un lobby financier (EUROPE 12415/9).
Le Parlement contredit aussi les coordinateurs de la commission ECON, qui avaient communiqué informellement l'ordre de préférence suivant dans la présélection de l'ABE : la Française Isabelle Vaillant, M. Michaud et M. Cross.
Lors du vote, la gauche européenne a opté majoritairement pour le rejet de la candidature de M. Michaud, même si le groupe S&D était divisé. M. Giegold (Verts/ALE, allemand), dans un communiqué, a évoqué un « revers pour l'égalité de genre dans les postes de direction de l'UE dans le secteur financier » qui contredit une résolution du PE de mars 2019. La position du groupe Verts/ALE étant une position de principe, il a quand même félicité M. Michaud.
Regrettant le résultat du vote, Piernicola Pedicini (NI, italien) a espéré qu'un processus de sélection plus respectueux de l'égalité de genre sera mis en place à l'avenir.
À droite de l'échiquier politique, les consignes de vote avaient été laissées libres. Les délégations françaises ne souhaitaient pas éliminer un Français, dont les compétences et le parcours professionnels sont par ailleurs irréprochables, pour diriger une autorité européenne désormais sise à Paris et dont le rôle sera important pour la relance économique post-Covid-19.
Au sein du groupe Renew Europe, la délégation française semble être satisfaite des engagements écrits de M. Michaud, même si l'issue du vote a quelque peu surpris jusqu'à Stéphanie Yon-Courtin. « C'est l'occasion de remettre à plat la procédure, pour qu'elle soit claire et que le PE soit impliqué et en mesure de choisir entre un homme et une femme », a-t-elle déclaré à EUROPE, jeudi 9 juillet. « On ne peut plus rester avec une tel flou juridique et démocratique », a-t-elle ajouté, annonçant une initiative prochaine de son groupe afin de modifier la réglementation des autorités européennes de supervision.
En revanche, les élus français du groupe PPE, Agnès Evren et François-Xavier Bellamy, se sont félicités de la nomination de M. Michaud. « Nous sommes persuadés qu’il saura être à la hauteur des enjeux essentiels qui l’attendent pour le secteur bancaire et nous savons qu’il tiendra ses engagements en matière de parité », ont-ils estimé. « Si le Parlement en séance plénière avait confirmé le vote négatif de la commission ECON, ce critère de genre aurait été durablement considéré comme plus important que la compétence, l’intégrité ou le projet des candidats à de futures nominations », ont-ils ajouté. Selon eux, « un tel biais ne favorise en rien, au contraire, le travail très légitime pour faire progresser l’égalité entre les femmes et les hommes ». (Mathieu Bion)