Après que la commission des affaires économiques et monétaires (ECON) du Parlement européen a rejeté (24 voix contre, 23 pour, 10 abstentions), vendredi 3 juillet, la candidature de François-Louis Michaud au poste de directeur exécutif de l'Autorité bancaire européenne (ABE), l'incertitude demeure sur l'issue du vote, cette fois programmé en session plénière mercredi 8 juillet.
« C'est totalement indécis. Il y a eu un grand nombre d'abstentions », a indiqué Sven Giegold (Verts/ALE, allemand) à EUROPE, lundi 6 juillet. Le groupe Verts/ALE a pris position d'emblée contre la nomination de M. Michaud, actuellement en poste à la BCE, en signe de protestation contre le souhait de l'autorité européenne de nommer à nouveau un homme. « Il faut que le conseil des superviseurs de l'ABE prenne le Parlement au sérieux », a ajouté M. Giegold, critiquant le fait que l'autorité européenne était encore trop sous la coupe des États membres.
En janvier, le Parlement européen avait déjà refusé la candidature de l'Irlandais Gerry Cross au même poste, pour une question de genre et de pantouflage (EUROPE 12415/9).
Lors de consultations préalables informelles entre le PE et l'ABE, trois noms avaient été avancés dans l'ordre de préférence suivant des eurodéputés : la Française Isabelle Vaillant, le Français François-Louis Michaud et l'Irlandais Gerry Cross.
Le groupe S&D n'est pas uni sur la candidature de M. Michaud. « Je suis étonnée qu'il ne (la) retire pas. Ce n'est pas un signal qui lui est destiné, mais qui est envoyé à l'ABE », a dit la Française Aurore Lalucq. Pourtant, l'Italienne Irene Tinagli, qui préside la commission ECON, et l'Espagnol Jonás Fernández ne seraient pas convaincus par le rejet de la candidature de M. Michaud.
Des lignes de fractures existent aussi au sein des groupes PPE et Renew Europe. Chez Renew Europe, on salue l'objectif louable de la résolution du PE de mars 2019 qui appelle à la nomination de femmes à des postes à responsabilités dans les institutions et organes financiers de l'UE. Mais on fait aussi valoir que la réglementation instaurant les autorités européennes de supervision ne donne pas la possibilité au PE de choisir entre deux candidats et mériterait pour cela d'être modifiée.
« Je travaille bien avec M. Garicano, je l'aime vraiment. Mais il ne peut pas se contenter d'une lettre de M. Michaud » assurant que l'ABE fera évoluer sa politique en matière d'égalité de genre, a dit M. Giegold.
Tant Mme Lalucq que M. Giegold ont souligné l'action de la sociale-démocrate autrichienne Evelyn Regner, présidente de la commission des droits des femmes, qui estime que l'attitude de l'ABE dans cette affaire est inacceptable. (Mathieu Bion)