Le ministre français des Finances, Bruno Le Maire, a appelé ses homologues européens, jeudi 2 avril, à saisir l'importance de la pandémie de Covid-19 pour la construction européenne et à faire de la crise actuelle une occasion de démontrer que l'Europe est capable d'agir conformément à ses valeurs fondamentales.
« Soit l’Europe retrouve ses racines politiques » - la solidarité, la sécurité, la dignité de la personne humaine face à la maladie - « et elle se renforcera, soit l’Europe cède à la panique et aux égoïsmes nationaux et elle disparaîtra », a déclaré M. Le Maire face à la presse.
Saluant les décisions inédites déjà prises au niveau européen pour affronter la crise socioéconomique (gel du Pacte de stabilité et de croissance, assouplissement de l'encadrement des aides d'État, opération PEPP de rachat massif de titres publics par la BCE), le ministre a évoqué l'étroite collaboration actuelle avec son homologue allemand, Olaf Scholz, en vue de dessiner les contours d'un nouveau paquet de mesures immédiates que l'Eurogroupe pourrait adopter mardi 7 avril.
Il a cité l'octroi de lignes de crédit par le Mécanisme européen de stabilité (MES), « avec des conditionnalités légères et qui ne stigmatisera aucun pays », la création « de nouveaux financements de la Banque européenne d’investissement (BEI) à hauteur de 200 milliards d’euros » et la création d’un régime d’assurance-chômage pour un montant de 100 milliards d’euros (EUROPE 12460/1).
Mais il faut aller plus loin, estime M. Le Maire. Refusant que l'UE donne « au monde l’image triste d’un continent divisé entre le Nord et le Sud », il a lancé l'idée d'« un fonds européen temporaire et exceptionnel », destiné à coordonner les mesures nécessaires pour relancer l’économie européenne, une fois surmontée la crise sanitaire.
Selon le ministre, ce fonds géré par la Commission européenne pourrait « émettre des obligations avec plusieurs garanties communes à tous les États membres ». Et ces obligations communes seraient remboursées à long terme « grâce à une ressource exceptionnelle comme un impôt de solidarité ou une contribution des États membres ».
Établis pour une durée limitée de « 5 à 10 ans » hors du budget de l'UE 2021-2027, les moyens financiers dégagés serviraient à financer des programmes dédiés pour renforcer les systèmes de santé et relancer l’économie, en cohérence avec le Green Deal européen et la stratégie industrielle européenne. Pourraient ainsi être relocalisées dans l'UE « des chaînes de valeur stratégiques », selon M. Le Maire citant l'industrie automobile.
« Nous ne devons pas avoir peur de protéger, parce que ce n'est pas la même chose qu'être protectionniste », a d'ailleurs considéré le ministre.
Interrogé sur la proposition du Premier ministre néerlandais de mettre sur pied un fonds de 10 à 20 milliards d'euros dans lequel les États membres aideraient les pays d'Europe du Sud sous forme de dons, M. Le Maire a estimé qu'il s'agissait d'« un pas dans la bonne direction », parce que « chacun se rend compte qu'il y a un manque de solidarité ». La proposition néerlandaise intervient après un déluge de critiques visant les autorités néerlandaises après les tensions exprimées lors du sommet européen d'urgence du 26 mars (EUROPE 12457/1). (Mathieu Bion)