Le commissaire européen au Marché intérieur, Thierry Breton, appelle de ses vœux la création d'un fonds industriel de relance européen pour faire face à la pandémie de Covid-19. S'exprimant dans le cadre d'une visioconférence organisée par la commission du marché intérieur (IMCO) du Parlement européen, jeudi 2 avril, il a aussi encouragé « certains » pays à entrer, si nécessaire, dans le capital de « certaines » entreprises, pour les soutenir.
C'est la première fois que la commission IMCO se réunissait depuis le début de la crise liée au coronavirus, qui a infecté plus d'un million de personnes dans le monde. Une poignée de députés étaient physiquement présents tandis qu'une autre poignée s'est exprimée en visioconférence. Un format exceptionnel qui a connu quelques imperfections, puisque la transmission n'a pas pu être établie avec tous les députés annoncés. Thierry Breton, lui, a recouru à la visioconférence, sans préciser - en réponse à la question du député Andreas Schwab (PPE, allemand) - où il se trouvait.
La discussion a principalement porté sur les mesures activées depuis le début de la crise pour protéger le marché intérieur et la façon dont ce marché pouvait contribuer à la résolution du problème.
« Nous sommes allés un peu loin dans la mondialisation »
Pour le commissaire au Marché intérieur, cette crise va inciter l'Europe « à repenser ses chaînes de valeur mondiales, peut-être la relocalisation de certaines industries critiques en Europe, mais aussi la place du marché intérieur, plus essentiel que jamais dans les écosystèmes ».
Interrogé par la députée Anne-Sophie Pelletier (GUE-NGL, France) sur la portée d'une telle déclaration, il a une nouvelle fois reconnu que la mondialisation avait été un peu loin dans certains domaines, y compris en ce qui concerne les produits pharmaceutiques. Il présage un « avant et un après-crise » en ce qui concerne la mondialisation. Et de clarifier immédiatement son propos : cela ne veut pas dire que tout sera rapatrié en Europe, mais qu'il y aura une « revisite » de la façon dont on a créé nos chaînes d'approvisionnement au niveau mondial et qu'il y aura sans doute des productions locales - mais pas toutes - plus près des clients.
Appel à un fonds industriel de relance européen
Lors de son intervention, le Français a appelé tous les États membres à préparer un plan industriel de relance pour aider leurs entreprises à faire face à la crise et à se préparer à l'« après-crise ». « Il faut éviter que des prédateurs ne se jettent sur des dépouilles d’entreprises, que des entreprises soient vendues à prix bradés », a-t-il déclaré, allant même jusqu'à encourager les États à envisager d'entrer dans le capital de certaines entreprises pour les protéger ou leur permettre de poursuivre leur activité.
Pour illustrer son propos, il a pris en exemple l'Allemagne, qui a adopté un plan de 256 milliards d'euros. « Tous les pays devraient faire la même chose rapidement. On parle, au niveau de l’UE, de 1,6 billion d’euros (ou 1 600 milliards d'euros) pour ce qui est nécessaire pour accompagner cette période très importante ».
Anticipant les questions relatives au mode de financement d'un tel fonds européen de relance, il a fait cette mise en garde : « Avant de parler des outils, parlons des programmes ». Selon lui, il importe d'avoir une approche qui parte du terrain (bottom-up) plutôt que le contraire, comme ce fut le cas avec l'idée controversée des Coronabonds. « Partons des entreprises pour savoir combien il faut financer », a-t-il déclaré en anglais, après avoir décrété qu'il répondrait à toutes les questions en anglais, malgré le service de traduction assuré. Et d'ajouter enfin, toujours en référence au débat sur les réponses budgétaires à apporter à la crise, que tout le monde devrait y aller de sa poche pour aider les entreprises et les PME, « y compris les Pays-Bas, y compris les Allemands ».
Une coordination renforcée depuis 3 semaines
Thierry Breton s'est également exprimé sur les restrictions à l'exportation mises en place par certains États membres pour éviter que leurs ressources ne leur échappent. Le commissaire a affirmé que ces situations s'étaient réglées (en Allemagne) ou étaient en passe de l'être (en Roumanie et en Slovaquie), restant plus évasif sur le cas de la Pologne.
Il a également évoqué l'initiative de la Commission visant à modéliser, avec l'aide de données mobiles de télécommunications, la propagation du virus. Il a affirmé qu'il s'agissait là d'anticiper les pics de pandémie et les besoins en équipements en recourant à des données non personnelles, agrégées et anonymisées. (Sophie Petitjean)