« ... » La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a, pour la première fois depuis le 30 mars, critiqué ouvertement les mesures prises par le Premier ministre hongrois, Viktor Orbán, pour faire face au Covid-19 et s’est dite « particulièrement préoccupée par la situation » dans le pays.
La présidente s’exprimait en marge d’une conférence de presse sur l’instrument SURE (voir autre nouvelle), après une première réaction, mardi 31 mars, jugée timide, car ne ciblant pas directement la Hongrie.
Jeudi, la dirigeante a dit « comprendre » que les États membres aient actuellement besoin de prendre des mesures d’urgence. « Mais je suis préoccupée par le fait que certaines mesures vont trop loin », a dit la présidente, rappelant que ces mesures doivent être « limitées à ce qui est nécessaire, ne doivent pas durer indéfiniment et doivent être sujettes à un contrôle régulier ».
Cette critique plus ouverte intervient après la prise de parole, le 1er avril, de 13 États membres, devenus 16 le 2 avril, évoquant le même message d’inquiétude et appelant le Conseil 'Affaires générales' à se saisir de la question le moment venu.
Dans un communiqué, les Pays-Bas, l’Allemagne, la France, le Luxembourg, le Danemark, l’Irlande, la Lettonie, l’Estonie, la Lituanie, la Belgique, la Finlande, la Grèce, l’Italie, le Portugal, l’Espagne et la Suède ont en effet fait savoir que « dans cette situation sans précédent, il est légitime que les États membres adoptent des mesures extraordinaires pour protéger leurs citoyens et surmonter la crise. Nous sommes toutefois profondément préoccupés par le risque de violation des principes de l'État de droit, de la démocratie et des droits fondamentaux découlant de l'adoption de certaines mesures d'urgence ».
Celles-ci « devraient être limitées à ce qui est strictement nécessaire, être proportionnées et de nature temporaire, faire l'objet d'un examen régulier et respecter les principes et les obligations de droit international susmentionnés. Elles ne devraient pas restreindre la liberté d'expression ou la liberté de la presse ».
« Nous soutenons donc l'initiative de la Commission européenne visant à contrôler les mesures d'urgence et leur application afin de garantir le respect des valeurs fondamentales de l'Union et nous invitons le Conseil 'Affaires générales' à se saisir de la question le cas échéant ». À l'heure actuelle, aucune réunion du Conseil 'Affaires générales' n'est prévue en avril.
Pas de débat sur le cas hongrois en plénière, le 16 avril
Au PE, il a été acté le 2 avril en Conférence des présidents du PE de ne pas organiser de débat sur le cas hongrois le 16 avril, comme le souhaitait, par exemple, le groupe S&D, mais de confier au président de l’institution, David Sassoli, le soin d'envoyer une lettre à la Commission sur ce sujet.
« J'ai reçu mandat d'envoyer une lettre à la Commission demandant comment elle entend traiter la loi adoptée par le Parlement hongrois et si cela ne constitue pas une violation grave de l'article 2 du Traité, qui parle de nos valeurs fondées sur la démocratie et la liberté », a expliqué l’Italien.
Il n’y a pas eu de soutien pour un débat lors de cette plénière, ont confirmé plusieurs sources, mais il pourrait « se tenir à la plénière de mai », a dit une source du PE.
Pour l’heure, il y aura donc une résolution générale sur la crise du Covid-19 et certains anticipent tout de même que des groupes pourraient tenter d’y apporter des amendements sur la situation en Hongrie.
Au sein du groupe PPE au PE, le cas hongrois pourrait en tout cas également faire l’objet d’une discussion prochaine.
En attendant, au lendemain de la lettre de Donald Tusk (EUROPE 12459/13), 13 partis membres du PPE ont adressé une lettre à leur président demandant à nouveau l’exclusion du Fidesz de la famille politique. Ces groupes sont issus notamment d’Europe du Nord, du Benelux, mais aussi de Norvège, à peu près les mêmes qui avaient déjà plaidé, début 2020, pour l’exclusion du Fidesz.
Lien vers la déclaration des 14 : http://bit.ly/2UDgbXq
Lien vers la lettre à Donald Tusk : https://bit.ly/3dNz (Solenn Paulic)