La présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, a livré quelques indications supplémentaires sur le calendrier et les contours de la révision stratégique ('strategic review') de la politique monétaire, jeudi 12 décembre, à l'issue de la première réunion officielle du Conseil des gouverneurs qu'elle a dirigée.
« Nous allons retourner toutes les pierres une à une » et nous n'avons, « à ce stade, aucune idée préconçue sur l'endroit où nous allons atterrir », a-t-elle déclaré. Cette réflexion « exhaustive », qui aura lieu seize ans après la dernière édition, débutera « en janvier » et sera achevée « avant fin 2020 ».
Seront abordés les grands enjeux de notre temps comme l'avènement de l'ère numérique, le défi « immense » que pose le changement climatique, ainsi que « la montée des inégalités au sein de nos sociétés » et nous verrons comment ces enjeux doivent être pris en compte dans le cadre de notre mandat, a indiqué Mme Lagarde (EUROPE 12381/14).
Lors de cet exercice, la BCE consultera tant les observateurs habituels de la politique de l'institut monétaire que le Parlement européen, le monde académique et la société civile.
Sur la prise en compte du changement climatique, Mme Lagarde s'est félicitée de la présentation du Green Deal européen (EUROPE 12388/1), la veille, par la Commission européenne. « Nous verrons comment nous pourrons participer à cette aventure », a-t-elle indiqué.
Réorienter les rachats de titres sur les marchés secondaires vers des actifs financiers labellisés 'durables' constitue sans nul doute une des pistes de travail pour la BCE. À ce titre, Mme Lagarde a fait preuve d'une certaine déception après que les États membres ont refusé, mercredi, d'endosser le compromis interinstitutionnel provisoire sur la taxonomie dans la finance durable, agréé entre la Présidence finlandaise du Conseil de l'UE et les représentants du PE (EUROPE 12388/16).
Cette taxonomie « nous serait très utile », a-t-elle souligné.
Politique monétaire inchangée. Jeudi, le Conseil des gouverneurs a décidé de poursuivre « aussi longtemps que nécessaire » la politique monétaire très accommodante (pilotage des anticipations en matière de taux d'intérêt, taux négatifs, quantitative easing) destinée à combattre une inflation toujours faible et, indirectement, de lutter contre le ralentissement de la croissance économique en zone euro.
Mais, cette fois, la BCE observe des « signes de stabilisation » dans le ralentissement de la croissance, ainsi qu'une légère hausse dans l'inflation sous-jacente.
Décidée en septembre malgré de fortes controverses internes à l'institution européenne (EUROPE 12326/1), l'opération 'quantitative easing' de rachat massif de titres financiers publics et privés a été réactivée début novembre à hauteur de 20 milliards d'euros par mois.
L'institut monétaire a par ailleurs dévoilé de nouvelles prévisions en matière de croissance, anticipant la trajectoire suivante pour la création de richesses en zone euro : +1,2% du PIB en 2019, +1,1% en 2020, + 1,5% en 2021 et en 2022. Cette prévision a été revue légèrement à la baisse pour 2020.
De nouvelles prévisions en matière d'inflation ont également été dévoilées. Elles prévoient une légère hausse pour 2020, ainsi qu'une légère baisse pour 2021, en raison d'une pression moindre des prix énergétiques sur la hausse des prix : 1,2% en 2019, 1,1% en 2020, 1,4% en 2021 et 1,6% en 2022.
Mme Lagarde a rejeté l'idée d'une 'japanification' de la situation économique, faisant valoir que la croissance, certes « faible », remontait peu à peu vers son potentiel. Elle a ainsi plaidé pour une mobilisation des gouvernements nationaux afin de stimuler l'économie de la zone euro via la politique budgétaire et la poursuite des réformes structurelles.
UEM. Plaidant pour une poursuite des travaux sur l'approfondissement de l'Union économique et monétaire (UEM), la présidente de la BCE a estimé que la réforme du Mécanisme européen de stabilité, le fonds de sauvetage de la zone euro, était destinée à accroître la stabilité financière.
Elle a notamment considéré que le recours aux clauses d'action collectives (CACs) dans les contrats d'émission de dette souveraine n'était pas dirigé contre un pays en particulier, comme l'Italie (EUROPE 12384/1). Ces clauses ont pour objectif, en cas de restructuration extraordinaire de la dette publique d'un pays en difficulté, d'empêcher le comportement « très toxique » de créanciers (tels que les fonds vautours, NDLR), a-t-elle fait valoir. Et de voir d'un bon œil l'ouverture récente de l'Italie concernant la diversification des titres de dette souveraine détenus par les banques. Cette question est l'un des enjeux de la relance des négociations sur le parachèvement de l'union bancaire en zone euro. (Mathieu Bion)