En pleine urgence climatique, les chefs d'État ou de gouvernement des Vingt-huit se sont accordés, jeudi 12 décembre, sur l'objectif de neutralité climatique de l'UE d'ici 2050, tout en précisant qu'un État membre n'était pas en mesure, à ce stade, de s'engager à mettre en œuvre cet objectif.
Il s'agit, sans surprise, de la Pologne. Ce pays, fortement dépendant du charbon pour sa production d’électricité, a bataillé jusqu’au bout pour tenter d'obtenir des détails sur l'ampleur du soutien financier dont il pourrait bénéficier pour accompagner une transition énergétique très coûteuse dont il redoute aussi les conséquences sociales.
Ce fut en vain puisque les négociations sur le cadre financier pluriannuel (CFP) 2021-2027 de l'UE sont en cours.
Il a été convenu de revenir en juin sur le sujet pour donner le temps à Varsovie de prendre une décision informée, sur la base notamment de la proposition sur le Fonds de transition juste, attendue en janvier de la Commission européenne, puis du futur CFP.
« Nous avons un accord sur le climat. C'est très important de montrer notre ambition après le Green deal. Nous voulons que l'Europe soit le premier continent neutre pour le climat d'ici 2050 », a déclaré le président du Conseil européen, Charles Michel, brandissant ce résultat comme un succès et un signal fort à l'adresse de la COP 25 (EUROPE 12388/8).
Il a précisé que le Conseil européen avait « compris la nécessité de donner davantage de temps » à la Pologne. Selon lui, du chemin a été parcouru depuis l'échec du Sommet de juin dernier (EUROPE 12279/2).
Face à une décision inédite qui viole la règle du consensus requis au Conseil européen et qui pourrait créer un précédent, M. Michel a concédé à la presse qu'il avait fait preuve de « créativité ».
La Présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a jugé « très encourageant l'appui » des États membres au Green Deal européen qu'elle leur a présenté (EUROPE 12388A1). Elle a affirmé à la presse que l'exception polonaise « ne changera pas le calendrier de présentation de la loi climat (attendue en mars) qui gravera dans le marbre la neutralité climatique de l'UE à l'horizon 2050 ». Dans ses conclusions, le Conseil européen demande au Conseil de l'UE de progresser dans les travaux à ce sujet.
« Dans l'ensemble, c'est un grand pas en avant, et c'est pourquoi je pense que ce résultat intermédiaire est très bon », a commenté la chancelière allemande Angela Merkel, dont le pays s’est déjà engagé à atteindre la neutralité climatique pour 2050.
Bien que les orientations politiques du Conseil européen pour la stratégie climatique de long terme de l'UE insistent sur la nécessité de tenir compte des différents points de départ des différents pays, des particularités nationales et de la liberté de choix du mix énergétique, la Hongrie et la République tchèque, soutenues par la Slovaquie, voulaient absolument que l'énergie nucléaire soit explicitement mentionnée dans les conclusions, au grand dam du Luxembourg et de l'Autriche. Elles ont finalement obtenu gain de cause. Le texte mentionne que « certains États membres ont indiqué qu'ils recourent à l'énergie nucléaire dans le cadre de leur bouquet énergétique national ».
Dans ses conclusions, le Conseil européen « fait sien l’objectif consistant à parvenir d'ici 2050 à une UE neutre pour le climat, conformément aux objectifs de l’Accord de Paris ».
La Pologne souhaitait aussi connaître le délai qui pourrait lui être accordé pour atteindre la neutralité carbone au-delà de 2050. L'idée de 2070 a même été avancée par le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki.
L’Accord de Paris ne parle pas de neutralité climatique à l’horizon 2050, mais d’équilibre entre les émissions anthropiques et les puits de carbone des forêts dans la seconde moitié du siècle.
Les conclusions formulent un remerciement appuyé à l’Espagne pour l’organisation réussie de la COP 25 à Madrid.
Voir les conclusions adoptées : http://bit.ly/36wTDuN (Aminata Niang avec la rédaction)