Les chefs d’Etat ou de gouvernement des Vingt-huit ont échoué, jeudi 20 juin, comme en mars, à inscrire dans leurs conclusions la date de 2050 comme l'échéance pour la neutralité climatique de l’UE. En dépit de trois heures de discussions, quatre pays – Pologne, Hongrie, République tchèque et Estonie – s’y sont opposés. Le contraire eut tenu du miracle (EUROPE 12278/3).
Ces États membres, dépendants du charbon, ont estimé, malgré les tentatives du Président du Conseil européen, Donald Tusk, et des 24 autres dirigeants de les accommoder, qu’ils n’avaient pas assez d’assurances sur l’assistance dont ils pourraient bénéficier pour s’engager. Cela, compte tenu du coût de la transformation requise de leur économie, de l'impact possible sur leur compétitivité et des conséquences sociales d'une telle transformation.
L’accord de principe des pays les plus ambitieux sur la nécessité que l’UE accompagne financièrement, notamment, la transition énergétique coûteuse de pays parmi les moins riches de l’UE n'a pas suffi à les rassurer. Les incertitudes sur l’issue des négociations sur le budget 2020-2027 de l’UE ont joué un grand rôle.
Même si 2050 avait été mentionné, le texte de compromis initialement envisagé n’aurait nullement constitué un engagement ferme de l’UE à atteindre la neutralité climatique à cette date, puisqu’il s’agissait seulement de déterminer comment s’engager dans la transition en respectant les spécificités nationales et le mix énergétique de chacun.
« Il n'a pas été possible d'avoir l'unanimité aujourd'hui. Aucun pays n'a exclu une décision positive dans les mois qui viennent », a déclaré Donald Tusk, à la presse. De l'avis du Premier ministre luxembourgeois, Xavier Bettel, cet échec « n'est pas dramatique si l'on veut parvenir à un accord ambitieux ».
D'entrée de jeu, le Premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, avait exigé des détails concrets sur les mécanismes de compensation sur lesquels pourrait compter son pays. « Les préoccupations polonaises sont légitimes, mais plutôt que de compensation parlons d'accompagner les entreprises, les ménages, les régions », a commenté une source élyséenne.
Une note dans les conclusions du Conseil européen précise que, « pour une large majorité d’États membres, la neutralité climatique doit être réalisée d’ici à 2050 ».
La même source française a considéré le résultat « positif » car 24 pays soutiennent désormais l'objectif que « la France, avec ses partenaires, continuera » à pousser au sommet onusien 'Climat' du 23 septembre à New York et au G20 d'Osaka (28-29 juin).
La chancelière allemande, Angela Merkel, a même évoqué « une très bonne position de départ, malgré toutes nos différences, pour présenter une position remarquable de l'UE » à New York, quand toutes les ONG se sont indignées de ce résultat.
Dans ses conclusions, le Conseil européen invite le Conseil et la Commission à faire progresser les travaux sur les conditions, les incitations et le cadre à mettre en place afin d'assurer une transition vers une UE climatiquement neutre, conformément à l'Accord de Paris, transition qui préservera la compétitivité européenne, sera juste et socialement équilibrée, tiendra compte des circonstances nationales des États membres et respectera leur droit à décider de leur propre mix énergétique, en se fondant sur les mesures déjà arrêtées pour atteindre l'objectif de réduction à 2030.
L'Accord de Paris prévoit uniquement que l'équilibre entre émissions anthropiques et absorptions d'émissions par les puits de carbone soit atteint dans la deuxième moitié du siècle.
Le Conseil européen finalisera ses orientations pour la stratégie climatique de long terme de l'UE, probablement en décembre.
Voir les conclusions du sommet européen: http://bit.ly/2MYl0Jh (Aminata Niang avec la rédaction)