Le Premier ministre italien, Giuseppe Conte a affirmé, lors de son arrivée au Conseil européen, jeudi 20 juin, que son gouvernement était en train de travailler à la présentation d’éléments économiques à la Commission et aux autres États membres, afin d’éviter l’ouverture d’une procédure pour déficit excessif contre son pays.
« Mercredi prochain, au Conseil des ministres, nous ferons les réglages pour certifier que les comptes sont dans une meilleure situation que prévu […] que nous sommes plutôt autour de 2,1% [du PIB] que de 2,5% [du PIB en termes de déficit nominal en 2019], comme le prévoit la Commission », a-t-il ainsi affirmé.
Si la question budgétaire italienne n’est pas au cœur des préoccupations des dirigeants européens lors de ce sommet, la possible ouverture d’une procédure pour déficit excessif sur critère de la dette à l’encontre de Rome, sur la base du rapport sur la dette au titre de l’article 126.3 TFUE mis sur la table par la Commission au début du mois (EUROPE 12269/1, 12275/4), est bien présente dans les esprits.
C’est la raison pour laquelle M. Conte a tenu, en amont de Conseil européen, à rassurer ses partenaires. Cette déclaration fait suite à l’envoi, plus tôt dans la journée, d’une longue missive aux États membres, à Donald Tusk, le président du Conseil européen, et à Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne.
Dans celle-ci, le chef du gouvernement italien souligne d’abord qu’il souhaite que des changements soient entrepris dans l’Union européenne pour faire face aux défis auxquels elle est confrontée actuellement. Au volet économique, il plaide pour « une réflexion en profondeur […] sur la manière de garantir un équilibre efficace entre stabilité et croissance, entre réduction des risques et partage ».
Abordant la question du respect de ses engagements budgétaires, M. Conte ne compte pas passer outre les règles, exiger des exceptions ou des concessions à l’égard de l'Italie. « Avec loyauté et conscience, nous exposerons nos raisons qui, j'en suis convaincu, contribueront, si elles sont entendues sans préjugés, à éviter une décision du Conseil relative à l'ouverture de la procédure pour déficit excessif ».
Pour lui, la trajectoire budgétaire pour 2019 est conforme aux règles du bras préventif du Pacte de stabilité et de croissance et les chiffres réels sont « nettement meilleurs » que ceux figurant dans les prévisions de la Commission européenne (EUROPE 12249/6). Rome tablerait ainsi sur un déficit nominal de 2,1% du PIB, et non de 2,5% du PIB comme le prévoit la Commission. M. Conte ajoute que des preuves vont être apportées par ses équipes techniques en ce sens.
De même, il affirme que des mesures, notamment fiscales, vont être prises pour que l’objectif d’une amélioration du solde structurel de 0,2% du PIB soit atteint en 2020.
Le courrier pointe également le manque de coopération de certains partenaires européens de Rome, avec notamment le maintien d’excédents importants, qui aurait un impact sur l’économie italienne.
Enfin, M. Conte affirme que l’Italie a longtemps maintenu un solde primaire excédentaire et supérieur à celui d’autres pays de la zone euro, faisant de son pays l'un des plus vertueux de l’UE. Par conséquent, il ne lui semble « pas compréhensible d’exposer l’Italie » à une procédure pour déficit excessif sur critère de la dette « sur la base d’une évaluation discutable » de la Commission. (Lucas Tripoteau)