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Bulletin Quotidien Europe N° 12249
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES / Économie

La croissance ralentit dans l’Union européenne dans un contexte d’incertitudes externes et internes

La Commission européenne a estimé, dans ses prévisions économiques de printemps présentées mardi 7 mai, que la croissance économique allait vraisemblablement ralentir pour l’année 2019 et a maintenu ses préoccupations eu égard aux incertitudes pesant sur la conjoncture économique. 

« La faiblesse [de la croissance] enregistrée au cours du second semestre de l’année écoulée a été pour tout le monde une surprise », a notamment déclaré Pierre Moscovici, le commissaire chargé des Affaires économiques et financières, en ouverture de la conférence de presse. « Néanmoins, en dépit de ce ralentissement marqué, qui nous a conduits à réviser à la baisse nos prévisions de croissance, les fondamentaux de l'économie européenne restent solides », a-t-il ajouté. 

L’heure n’est donc pas à la grande inquiétude du côté de la Commission européenne, le PIB devant a priori croître de 1,4 % dans l’Union européenne et de 1,2 % dans la zone euro cette année. 

Toutefois, en raison d’un ralentissement des échanges commerciaux internationaux et de la croissance mondiale, le PIB dans l’UE augmentera moins qu’il n’avait augmenté en 2018 (2,0 %) (EUROPE 12189/1). L’institution estime cependant que la croissance devrait de nouveau repartir à la hausse l’an prochain, à hauteur de 1,6 % dans l’UE et de 1,5 % dans la zone euro. 

Cette conjoncture économique plutôt favorable ne peut cependant faire oublier des incertitudes significatives. En effet, les conflits commerciaux et la faiblesse de la croissance dans certains pays émergents, notamment en Chine, sont source de préoccupation pour la Commission, de même que l’inconnue entourant la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne (EUROPE 12241/5) ou la conduite de politiques peu favorables à la croissance économique. « Les risques baissiers pesant sur les perspectives économiques restent prédominants », a commenté à ce titre Pierre Moscovici, identifiant donc les risques de nouvelles mesures protectionnistes, d’un ralentissement de la demande mondiale et mentionnant le Brexit

Néanmoins, la Commission est d’avis que la consommation et l’investissement privés pourraient davantage soutenir la croissance au cours des prochains mois que ce qui était initialement prévu, en raison d’une possible confiance des consommateurs et investisseurs ainsi que de la mise en œuvre de réformes socioéconomiques propices à la croissance. 

Taux de croissance nationaux. Ces taux de croissance à l’échelle de la zone euro ou de l’UE cachent par ailleurs des disparités conséquentes entre États membres. En effet, la Commission s’attend, par exemple, à des taux de croissance de 4,2 % cette année en Pologne ou de 3,8 % en Irlande et en Slovaquie, contre 0,5 % en Allemagne. 

Du côté de l'Italie, alors que Rome tablait, en fin d’année dernière (EUROPE 12227/14), sur un taux de croissance pour 2019 de 1 %, la Commission estime qu’il sera de 0,1 %, et de 0,7 % en 2020. « Elle [la prévision de croissance] s'est brutalement affaissée », a commenté M. Moscovici, avant d'indiquer que cette nouvelle prévision de croissance aurait un impact sur les finances publiques (voir ci-après). Le commissaire a ajouté qu'il continuerait à dialoguer avec les autorités italiennes à ce sujet. 

La Commission s’attend par ailleurs à un taux de croissance de 1,3 % en France cette année par rapport à un taux de 2,1 % en Espagne. Pour ce qui est de la Grèce, le taux devrait être de 2,2 %. 

Baisse constante du chômage. Bien que la croissance de l’activité économique ait commencé à ralentir à la fin de l’année dernière, le taux de chômage dans l’UE a poursuivi sa baisse. En mars 2019, il a atteint un niveau historiquement bas depuis que les statistiques mensuelles ont été créées, pour s’établir à 6,4 % de la population active. 

La Commission s’attend à un ralentissement de la croissance de l’emploi sur les deux prochaines années, mais le taux de chômage dans l’UE devrait poursuivre sa baisse et être de 6,2 % de la population active en 2020. Du côté de la zone euro, ces taux seraient supérieurs, à savoir de 7,7 % et de 7,3 % de la population active en 2019 et 2020. 

Les taux de chômage devraient en outre être encore très disparates dans l’UE cette année, respectivement de 18,2 % et de 13,5 % de la population active en Grèce et en Espagne, par rapport à 2,2 % en République tchèque. 

Un taux d’inflation contenu. Dans l’Union européenne, la Commission considère que le taux d’inflation devrait s’établir à 1,6 % en 2019 et à 1,7 % en 2020, alors qu'il était de 1,9 % en 2018. 

Pour ce qui est de la zone euro, tant en 2019 qu’en 2020, la Commission estime que le taux d’inflation atteindra 1,4 %, contre 1,8 % l’an dernier. 

Poursuite du désendettement public. Malgré un ralentissement de la croissance économique, la Commission prévoit une diminution des ratios de dette publique par rapport au PIB dans l’UE et la zone euro. Elle envisage ainsi que ce ratio moyen dans l’UE s’établisse respectivement à 80,2 % et à 78,8 % du PIB en 2019 et 2020, alors qu’il était de 81,5 % du PIB l’an dernier. À l’échelle de la zone euro, celui-ci passerait de 87,1 % du PIB l’an dernier à 85,8 % et 84,3 % du PIB en 2019 et 2020. 

La situation de l’Italie est observée avec une attention toute particulière, ce pays ayant enregistré, à la fin de l’an dernier, un ratio de dette publique estimé à 132,2 % du PIB. Pour la Commission, à politique inchangée, ce taux sera de 133,7 % et 135,2 % du PIB en 2019 et 2020. La Grèce, pays le plus endetté de l’UE en termes relatifs, devrait voir son endettement public diminuer, passant de 181,1 % du PIB en 2018 à 168,9 % du PIB en 2020. 

Hausse du déficit public. Au volet du déficit public, en revanche, la tendance est à l’augmentation. En effet, le déficit public nominal moyen devrait passer dans l’UE de 0,6 % du PIB en 2018 (EUROPE 12240/15) à 1 % du PIB en 2019 et 2020, tout comme celui de la zone euro qui devrait croître également, pour passer de 0,5 % du PIB en 2018 à 0,9 % du PIB en 2019 et 2020. 

La Commission explique ces hausses par la décélération de la croissance et la conduite de politiques budgétaires expansionnistes dans certains États. 

Peu d’homogénéité entre États membres aussi pour ce qui est de la situation budgétaire. Ainsi, le Luxembourg et les Pays-Bas devraient enregistrer des taux d’excédent budgétaire nominal de 1,4 % du PIB cette année, quand le taux de déficit nominal devrait atteindre respectivement 3,5 % et 3,1 % du PIB en Roumanie et en France (ne prenant pas en compte les dernières mesures annoncées par le président français pour répondre à la crise des gilets jaunes). On notera que l’Espagne devrait enregistrer un taux de déficit nominal de 2,3 % du PIB en 2019 et devrait être le dernier pays de l’UE à sortir du bras correctif du Pacte de stabilité et de croissance cette année. 

Concernant la France et l’Italie, ce sont les taux de déficit structurel qui seront à observer avec plus d’insistance prochainement, les deux pays présentant des risques de ne pas respecter les règles du bras préventif du Pacte de stabilité et de croissance cette année, à savoir une réduction du déficit structurel de 0,6 % du PIB par an (EUROPE 12161/13, 12163/1). 

Pour la France, la Commission estime aujourd’hui que le déficit structurel va se stabiliser cette année par rapport à 2018 et se réduira de 0,1 % du PIB l’an prochain. Du côté de Rome, l’institution table sur une détérioration du déficit structurel de 0,2 % du PIB entre 2018 et 2019 et de 1,2 % du PIB entre 2019 et 2020. Les procédures éventuellement applicables pour sanctionner ces chiffres ne devraient pas être envisagées avant 2020. (Lucas Tripoteau)

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