La nouvelle présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, a demandé un peu temps aux eurodéputés avant d'être pleinement opérationnelle dans ses nouvelles fonctions, lundi 2 décembre, lors de son premier dialogue monétaire au Parlement européen.
Outre le ralentissement observé de la croissance, qui pèse sur l'inflation, Mme Lagarde a notamment évoqué la prochaine révision de la politique monétaire que l'Institut de Francfort va démarrer, seize ans après le précédent exercice. Si elle a refusé de s'aventurer sur l'étendue de cette révision et le calendrier envisagé, elle a promis que cet exercice serait conduit « en profondeur » et « avec un esprit ouvert », notamment par le biais d'une large consultation des parties prenantes.
Interrogée par Stéphanie Yon-Courtin (Renew Europe, française), l'ancienne directrice du FMI a notamment estimé que la question du changement climatique devrait être incluse dans la révision stratégique de la politique monétaire.
Notant que le mandat premier de la BCE était la stabilité des prix, Mme Lagarde a aussi estimé que la question climatique pouvait très bien intégrer les « objectifs secondaires » qui influent sur les décisions économiques prises par les institutions européennes.
D'après elle, la BCE pourrait intégrer ce défi du climat dans les modèles utilisés pour élaborer ses prévisions macroéconomiques. Et, dans le cadre de ses fonctions prudentielles, le superviseur bancaire unique pourrait, grâce à des obligations de transparence, déterminer si les banques prennent en compte le changement climatique dans leurs politiques d'investissement.
Il serait aussi « légitime » que la BCE se penche sur la manière dont elle exerce l'ensemble de ces interventions sur les marchés avec un œil attentif au changement climatique, a estimé Mme Lagarde. Par exemple, l'institut monétaire mène déjà une politique pour favoriser les investissements verts dans la gestion de son portefeuille d'investissements liés au régime des retraites de ses anciens agents.
Mme Yon-Courtin a aussi questionné la présidente de la BCE sur la place des femmes au sein des organisations financières.
« C'est un combat que je mène depuis longtemps », a répondu Mme Lagarde. « Aujourd'hui, le Conseil des gouverneurs est composé de 25 personnes, dont 24 messieurs. Ce n'est pas une représentation normale de notre société. Il est normal que cela évolue », a estimé cette dernière.
Mme Lagarde a ainsi conseillé aux eurodéputés de faire pression sur les autorités nationales afin que celles-ci nomment des femmes et elle a vu d'un bon œil l'idée d'instaurer une règle imposant la présentation de deux candidats, un homme et une femme, lorsque de hautes fonctions européennes se libèrent.
« Mais pas demain, car je n'aimerais pas être seule » au Conseil des gouverneurs, a-t-elle plaisanté, alors que les députés auditionneront ce mardi l'Allemande Isabel Schnabel et l'Italien Fabio Panetta, candidats à deux postes vacants au sein de l'instance dirigeante de la BCE. (Mathieu Bion)