Alors que la Commission européenne devrait dévoiler le 23 ou 24 mai ses premières propositions concrètes annoncées dans son plan d’action sur la finance durable (EUROPE 11977), le rapporteur au Parlement, Molly Scott Cato (Verts/ALE, britannique), a fait le point avec une poignée de journalistes, jeudi 17 mai, sur les premiers défis qui se font jour.
Seront mises sur la table deux propositions législatives : l'une définira les principes et la portée de la taxonomie européenne et l'autre établira des obligations en matière de durabilité incombant aux investisseurs institutionnels et aux gestionnaires d'actifs.
Avec son rapport qui fixe, pour la première fois, le cap politique du PE sur la finance durable, la députée britannique a placé la barre assez haut (EUROPE 12008).
Toute la difficulté consistera à se mettre d’accord sur ce qui doit être considéré comme ‘durable’ a-t-elle expliqué. Tandis que le PE a insisté pour avoir une taxonomie qui soit flexible et dynamique afin de répondre à des évolutions rapides, la Commission, elle, semble se diriger vers une catégorisation plus stricte.
Malgré un fort soutien à l'idée de définir ce qu'est un investissement vert, le Parlement a finalement fait preuve de timidité pour définir clairement ce qui ne peut jamais être inclus dans un produit financier labellisé 'vert', a-t-elle expliqué. Pour l'instant, seul le charbon est exclu et la bataille à venir portera sur d'autres secteurs, tels que l'aviation et l'agriculture intensive.
Et Molly Scott Cato s’attend d’ailleurs à un « lobbying massif », par exemple de la part de l’industrie nucléaire. « Dans la réalisation de cet agenda, le leadership politique sera incroyablement important », a-t-elle insisté.
Elle souhaite, avant tout, que la Commission fixe une voie à suivre claire pour l’industrie, mais aussi pour la prochaine législature. « Nous voulons une transition ordonnée », a-t-elle souligné.
Les attentes des parties prenantes sont grandes, elles aussi. Mardi, lors d’une conférence organisée conjointement par la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), l’Association des experts-comptables agréés et Barclays, les participants ont fait part de leur volonté d’avoir des « signaux clairs ».
S’ils attendent avec impatience ce nouveau « langage commun » en matière de durabilité, ils ont aussi estimé qu’une refonte plus large des politiques publiques sera nécessaire, notamment par des incitations à l’industrie à s'orienter vers des modèles plus durables. (Marion Fontana)