Les dirigeants européens ont souligné, jeudi 17 mai, dans une déclaration commune soutenue par l'Albanie, l'Ancienne République yougoslave de Macédoine, la Bosnie-Herzégovine, le Kosovo, le Monténégro et la Serbie, leur « soutien sans équivoque à la perspective européenne des Balkans occidentaux », « rappelant le sommet de Thessalonique de 2003 ».
« La région est enchâssée, elle fait l’objet de multiples déstabilisations, de pressions, et pourrait, par l’histoire, par pressions, se tourner vers la Russie et la Turquie et ce serait mauvais pour l’UE », a expliqué le président français, Emmanuel Macron. « Si nous voulons continuer d’être un acteur fort dans les Balkans occidentaux, il y a besoin d’une perspective européenne claire dans la région », a complété le chancelier autrichien, Sebastian Kurz.
Cependant, contrairement à la déclaration de Thessalonique, les dirigeants ne citent pas explicitement une future adhésion à l'UE de ces six pays, dont le Kosovo dont l’indépendance n’est pas reconnue par cinq États membres. Le Premier ministre espagnol a d’ailleurs boycotté le sommet en raison de la présence kosovare.
Devant la presse, le président du Conseil européen, Donald Tusk, a voulu se montrer rassurant. « Je ne vois pas d'autre avenir pour les Balkans occidentaux que l'UE. Il n'y a pas d'autre alternative, il n'y a pas de plan B », a-t-il expliqué. Mais le Premier ministre bulgare, Boïko Borissov, n’a pas caché son énervement face aux hésitations de certains et appelé à relativiser. Il a rappelé que les Balkans occidentaux représentaient 17 millions d’habitants et un PIB, s'ils sont pris tous ensemble, de 96 milliards d’euros, soit celui de la Slovaquie. « Voilà l’entité qui fait peur aux médias occidentaux », a-t-il dénoncé. Mais M. Tusk a répliqué que si le PIB ou la population n’étaient pas « un gros problème » si on les compare à d’autres parties de l’Europe, « quand on parle de troubles par habitant, c’est plus important que la France ou l’Allemagne ». « Nous devons être optimistes et prudents avec nos promesses », a-t-il ajouté.
En résumé, « il faut encourager un dialogue stratégique, sans laxisme et sans hypocrisie », a expliqué M. Macron, qui souhaite réformer l’Europe avant toute nouvelle adhésion.
Renforcer les liens
En attendant que ces pays entrent dans l’UE, la déclaration des 28 États membres, soutenue par les six pays, souligne la détermination de l’UE à « renforcer et à intensifier son action à tous les niveaux en vue de soutenir la transformation politique, économique et sociale de la région ». Selon les Vingt-huit, cela passera notamment par une « assistance accrue, fondée sur les progrès tangibles accomplis par les partenaires des Balkans occidentaux dans le domaine de l'État de droit et en matière de réformes socioéconomiques » des Balkans occidentaux. Plusieurs chefs d’État ou de gouvernement ont insisté, devant les médias, sur les valeurs de l’UE à respecter pour adhérer à celle-ci.
Pour l’UE, « la mise en place d'un réseau dense de connexions et de possibilités au sein de la région et avec l'UE est un élément essentiel pour rapprocher nos citoyens et nos économies ainsi que pour renforcer la stabilité politique, la prospérité économique et le développement culturel et social ». Les Vingt-huit s’engagent ainsi à « améliorer considérablement la connectivité dans toutes ses dimensions, à savoir les transports, l'énergie et les aspects numériques, économiques et humains ».
Dans une annexe adossée à la déclaration finale, les Européens mettent en avant de nombreuses initiatives pour améliorer la situation dans les Balkans. Ce « Programme d'actions prioritaires de Sofia » se fonde sur la communication de la Commission européenne adoptée le 6 février afin d’« améliorer plus rapidement la vie (des) citoyens dans les domaines de la connectivité et de la sécurité, eu égard à la perspective européenne des Balkans occidentaux ». Ces mesures portent sur six domaines. Le premier est le renforcement du soutien à l’État de droit et à la bonne gouvernance, notamment en renforçant le soutien à la réforme du judiciaire et les efforts pour combattre la corruption et le crime organisé ou en étendant les missions de conseil sur l’État de droit.
Les Vingt-huit vont promouvoir la réconciliation et les bonnes relations de voisinage dans les Balkans occidentaux, apportant leur soutien à la volonté de ces pays de renforcer ces relations, à la stabilité régionale et à la coopération mutuelle, mettant en avant la résolution des disputes bilatérales.
Précisant que l’UE et les pays des Balkans occidentaux étaient « confrontés à de nombreux défis communs en matière de sécurité, qui requièrent des actions individuelles et collectives coordonnées », les Vingt-huit comptent renforcer leur engagement sur la sécurité et la migration. « La lutte contre le terrorisme et l'extrémisme, y compris le financement, la radicalisation et le retour des combattants terroristes étrangers, nécessite une coopération accrue », estime l’UE, qui met aussi en avant le renforcement « significatif » de la coopération opérationnelle contre le crime organisé international. Selon la déclaration, la coopération sur la migration et la gestion des frontières devra être approfondie. Le développement de la collaboration dans des activités liées aux menaces hybrides ou encore l’approfondissement et le développement de la coopération et du dialogue sur la politique étrangère et de sécurité commune et sur la politique de défense et de sécurité commune sont d’autres pistes d’action.
Le soutien au développement socioéconomique avec un accent spécial sur la jeunesse est aussi mis en évidence. « Nous avons convenu de doubler le programme Erasmus+ pour permettre à plus de jeunes d'étudier dans l'UE », a annoncé M. Tusk. Les 28 veulent également assurer des progrès dans la mise en œuvre de la zone économique régionale, entre les six pays des Balkans occidentaux.
L’agenda numérique pour les Balkans est une autre priorité. Les États membres entendent lancer un agenda numérique, y compris une feuille de route pour faciliter la baisse des frais d’itinérance. Une déclaration d’intention sur cet agenda a été signée, à l'issue du sommet, par les dirigeants des Balkans occidentaux. Une assistance technique substantielle devrait aussi être lancée pour l’identification d’investissements numériques potentiels.
Enfin, l'UE va lancer un nouveau paquet de projets d'infrastructures de connectivité, avec des « subventions européennes significatives afin de produire un effet de levier ». Elle pousse pour étendre l’Union de l’énergie aux Balkans et pour le début de la mise en œuvre du traité.
Selon M. Tusk, un nouveau sommet UE-Balkans se tiendra en 2020, sous présidence croate, « ce qui est la meilleure illustration que l’intégration des Balkans occidentaux est une priorité absolue pour l’UE ». (Camille-Cerise Gessant)