Les ministres européens de l’Intérieur ont tenté, jeudi 25 janvier lors d’une réunion informelle à Sofia, de rapprocher leurs points de vue sur la réforme du système européen d’asile et de faire notamment progresser le dossier le plus controversé, à savoir le règlement de Dublin qui organise les responsabilités des États membres en la matière.
S'ils se sont ainsi engagés à faire aboutir d'ici l'été cette réforme comme l'ont demandé en décembre les leaders européens (EUROPE 11926, 11927), les ministres n'ont enregistré aucun progrès concret sur le contenu, les positions restant globalement inchangées sur le caractère obligatoire des relocalisations des demandeurs d'asile en cas d’urgence.
Les ministres « ont validé notre approche », a affirmé, à l’issue de la réunion, le ministre de l’Intérieur bulgare, Valentin Radev. En clair : une approche étape par étape avec l'objectif du mois de juin dans le viseur.
La discussion est restée très générale sans rentrer dans les détails, a indiqué une source, pour qui le point le plus sensible de la négociation n'a pas changé.
Pour Dimitris Avramopoulos, la réunion a été plus « constructive » et « fructueuse » qu’il ne l’avait imaginé. Le commissaire européen chargé des Migrations s’est senti rassuré sur le fait que l’idée de répartition des demandeurs d’asile entre les États membres en cas de crise majeure ne sera pas abandonnée.
La Présidence bulgare du Conseil semble en effet tenir à ce principe de solidarité qui doit associer tous les États membres. Mais, d'après une source, ce qui compte c'est le « tableau d’ensemble » et, notamment, la question du renforcement des frontières extérieures de l’UE. Cet élément de la réforme sur la table pourrait contribuer à convaincre les pays récalcitrants d'assouplir leur position.
Le ministre allemand de l’Intérieur, Thomas de Maizière, a quelque peu semé la confusion. Ne souhaitant pas perdre de vue l’objectif du volet ‘solidarité’ de la réforme de Dublin, il a estimé qu'un accord serait « difficile » et qu’il convenait d’avancer sur les autres éléments de la réforme où les progrès peuvent être engrangés. Selon lui, les positions des pays opposés à la relocalisation, en l’occurrence les pays de Visegrád, n’ont pas « substantiellement » changé.
« Je n’ai pas le sentiment que ce volet (la relocalisation obligatoire, NDLR) sera repoussé à la toute fin », a réagi une autre source, contestant cette interprétation. Reporter la discussion sur le volet des 'quotas' de demandeurs d’asile reviendrait en tout cas à laisser in fine la décision aux chefs d’État ou de gouvernement.
L'Autriche se rapproche des pays des Visegrád
À Sofia, le ministre de l’Intérieur slovaque, Robert Kalinak, a remis en cause l’efficacité du modèle mis en place avec l’Autriche, les deux pays ayant noué un accord bilatéral au plus fort de la crise en 2015 pour que la Slovaquie accueille temporairement des demandeurs d’asile dont Vienne devait assurer la charge.
La Slovaquie bénéficie d’ailleurs d’un nouvel allié avec le nouveau ministre autrichien de l’Intérieur, Herbert Kickl, membre du parti d’extrême droite FPÖ. Il s’est opposé à des mesures de relocalisation imposées aux États membres et sans accord préalable entre les parties concernées.
À Sofia, M. Avramopoulos a évacué, à ce stade, toute idée de mesures de rétorsion pour les pays qui ne voudraient pas accepter une réforme du règlement de Dublin incluant la relocalisation obligatoire. « On n’a pas l'intention de faire quoi que ce soit pour le moment, comme couper les fonds » européens, a indiqué le commissaire, insistant sur le fait que l’objectif reste d’avoir tous les pays à bord de cette réforme. « On n'est pas là pour dicter ni faire paniquer », a-t-il ajouté.
Plus tôt dans la matinée, Volker Türk, membre du Haut-commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR), avait appelé les ministres à ne pas renoncer au mécanisme de répartition des demandeurs d’asile, qui représente un vrai effort de solidarité envers les pays dits de première entrée, comme la Grèce et l'Italie, qui subissent des pressions plus fortes que les autres. Il avait aussi appelé les ministres à faire de nouvelles promesses de réinstallation dans l'UE de réfugiés abrités actuellement dans les pays tiers, se disant satisfait des 40 000 places promises à ce jour, rappelant que des millions de personnes dans le monde nécessitent toujours une protection. (Solenn Paulic)