Les députés membres de la commission de l’environnement du Parlement européen et la Présidence bulgare du Conseil de l’UE sont sur la même ligne quand il s’agit de promouvoir la transition de l’UE vers l’économie circulaire et l’éco-innovation au service de la qualité de l’air. S’ils ont salué ces deux priorités du semestre de présidence, jeudi 25 janvier à Bruxelles, ils se sont toutefois montrés sceptiques quant à l’engagement de la Présidence bulgare en faveur du climat.
Le ministre de l’Environnement et de l’Eau bulgare, Neno Dimov, était venu leur présenter les priorités et le programme de travail de la Présidence bulgare dans le domaine de l’environnement et c’est peu dire que ce ministre, réputé 'climatosceptique', n’a pas convaincu les députés sur le front du climat, malgré les assurances qu'il a données d'agir en président du Conseil de l'UE et non en tant que ministre national.
Économie circulaire, éco-innovation, mieux légiférer sont les priorités de cette Présidence. Le climat n'en est pas une, même si cette question figure dans son programme de travail (EUROPE 11933).
« L'Europe et ses citoyens ont besoin de plus de sécurité, de plus de stabilité, de plus de solidarité : plus de sécurité, en protégeant la santé de la planète et la santé humaine ; plus de stabilité, en créant un climat favorable au développement des entreprises et en favorisant la transition vers l’ Economie circulaire et l’innovation. La solidarité doit se fonder sur la cohésion et la convergence des sociétés en tenant compte de spécificités géographiques, sociales, historiques et culturelles. Nous nous concentrerons sur le développement économique avec pour objectif de protéger en même temps l’environnement. Nous tenons absolument à respecter cet équilibre », a déclaré le ministre bulgare aux députés.
Économie circulaire. Neno Dimov s'est félicité du 'mini-paquet' sur l'économie circulaire récemment présenté par la Commission et a indiqué que la stratégie sur les plastiques bénéficierait de toute l'attention requise, la Présidence bulgare souhaitant « se concentrer sur le recyclage et sur la problématique de la diminution de l'incinération de déchets plastiques ». L'espoir est de parvenir à des conclusions du Conseil en juin « qui serviront de lignes directrices à la Commission pour de nouvelles mesures à adopter rapidement ».
S'agissant de l'éco-innovation au service de la qualité de l'air, il a invité la présidente de la commission parlementaire, la Roumaine Adina-Ioana Vălean, à participer au Forum européen de l'éco-innovation des 5 et 6 février à Sofia et au Conseil informel 'Environnement' d'avril, qui traitera aussi de la question.
Climat. « Il existe un consensus en Europe sur le changement climatique. Je ferai tout pour le préserver. Nous allons nous préparer à la COP24 par le dialogue facilitateur pour la mise en œuvre de l'Accord de Paris. Nous allons soulever la problématique de l'adaptation et de la meilleure mobilisation des ressources », a assuré le Président du Conseil. Cette assertion ne fut pas du goût de tous, par scepticisme ou regret d'un manque d'ambition.
Gerben-Jan Gerbrandy (ADLE, néerlandais) lui a lancé : « Vous parlez de consensus, mais vous avez parfois remis en cause l'origine humaine du changement climatique et la réalité de l'élévation du niveau de la mer. Quelle est votre position ? » Le Français Gilles Pargneaux (S&D) lui a reproché d'avoir dit publiquement que « le changement climatique est un mythe des forces de gauche pour contrôler le capital industriel » et a demandé si la Présidence bulgare comptait organiser une conférence ministérielle sur la finance-climat. D'autres ont rappelé, en le dénonçant, que les autorités bulgares s'étaient alliées à la Pologne pour contester en justice l'adoption de nouvelles normes européennes de performance pour les grandes installations industrielles.
Le Président du Conseil 'Environnement' s'est voulu rassurant en répondant : « J'ai dit qu'il y avait un consensus européen qui nous permettra d'avancer. La science n'est pas dans la conviction, mais dans la recherche pour que les décisions politiques puissent être prises. La Présidence veut préserver ce consensus. »
Des députés ont en outre déploré que la stratégie 2020 de l'UE pour la biodiversité soit absente des priorités de la Présidence. Le président du Conseil a fait observer, en retour, que « la Bulgarie est l'un des pays qui ont la plus grande biodiversité en Europe et peut servir de modèle ». Pourtant, a rétorqué l'Autrichienne Karin Kandenbach (S&D), des citoyens bulgares s'inquiètent que de vastes zones du réseau Natura 2000 soient menacées par l'installation de pistes de ski. Le ministre bulgare a démenti cette assertion en affirmant qu'il n'y avait « pas d'infraction à la législation de l'UE, selon le commissaire Vella ».
En réponse à des questions, le ministre a en outre indiqué que la Présidence bulgare « attend la proposition de la Commission » sur la révision de la directive 'Eau potable', que la Bulgarie a l'une des meilleures qualités de l'eau potable de toute l'UE et que la journée de la mer aura lieu à Burgas le 31 janvier. (Aminata Niang)