login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 11824
ACTION EXTÉRIEURE / Japon

L'accord de principe scellant le JEFTA suscite des réactions à la fois de soulagement et de méfiance

L'accord de principe scellant les négociations pour un accord de libre-échange UE/Japon (JEFTA), confirmé par les dirigeants européens et nippons lors du sommet de Bruxelles, jeudi 6 juillet, suscite à la fois du soulagement et de la méfiance - voire de la défiance - au Parlement européen.

« L'approfondissement de notre relation renforcera non seulement l'économie de l'UE en créant des emplois et en stimulant la croissance, mais il signifiera aussi l'ouverture d'un marché où la demande de produits de haute qualité, dans lesquels nos grandes et petites entreprises excellent, est très élevée. Tout comme le CETA, cet accord envoie un signal clair que l'UE est un négociateur ambitieux de règles élevées en matière de commerce international », s'est félicité le président du Parlement européen, l'Italien Antonio Tajani (PPE).

Le président de la commission du commerce international du PE, Bernd Lange (S&D, allemand), s'est félicité d'un accord « qui montre que l'UE et le Japon sont prêts à construire des ponts, pas des murs, et qu'ils sont unis dans l'opposition au protectionnisme et le recours au commerce pour soutenir les travailleurs, les PME et les agriculteurs ». « Le texte final doit respecter les normes les plus élevées en matière de protection des droits des travailleurs, en accordant une attention particulière aux huit normes fondamentales de l'OIT et en veillant à sauvegarder notre droit de réglementer », a-t-il ajouté.

Au nom du groupe PPE, l'Allemand Daniel Caspary a salué un accord « qui apporte de nouveaux emplois, plus de croissance et plus de richesse aux deux parties sans toucher nos normes élevées en Europe ». « C'est la réponse de l'Europe et du Japon à la politique de Donald Trump. En Europe, au lieu du protectionnisme, nous voulons un partenariat. Au lieu de laisser la mondialisation se produire sans nous, nous voulons la façonner avec nos normes élevées », a-t-il ajouté.

En revanche, les eurodéputés français du groupe PPE se sont montrés plus méfiants. Frank Proust et Tokia Saïfi ont plaidé pour « un accord équilibré et équitable », exigeant aussi la publication du contenu de l'accord « dans les plus brefs délais ». « Même si le protectionnisme conduit à une impasse économique et politique, la conclusion d'accords de libre-échange doit être encadrée. Nous n'accepterons cet accord que s'il garantit les intérêts offensifs et défensifs européens et français, tels que la protection de nombreuses indications géographiques de l'UE et un accès au marché nippon pour les produits agroalimentaires, et s'il exclut clairement les services publics. Nous serons aussi attentifs aux dispositions relatives au secteur automobile de l'UE et à l'accès aux marchés publics dans le secteur ferroviaire japonais », insistent-ils.

Le groupe S&D a, pour sa part, insisté sur les lignes rouges à ne pas dépasser pour obtenir son soutien lors de la ratification. « L'ouverture d'opportunités pour les entreprises ne suffit pas. Pour gagner notre soutien, tout accord commercial avec le Japon doit être conforme à nos valeurs, respecter les normes élevées de l'UE et avoir un chapitre du développement durable robuste, avec des engagements clairs en matière de normes du travail et sur l'Accord international de Paris sur le climat », a souligné le Portugais Pedro Silva Pereira, précisant aussi que son groupe n'accepterait jamais l'inclusion dans l'accord d'un mécanisme ISDS pour le règlement des litiges entre investisseurs et États. « Seul un accord équilibré et progressif qui aille au-delà de l'accord de libre-échange UE/Canada (CETA) aura notre soutien », a ajouté la socialiste italienne Alessia Mosca, exigeant plus de transparence et une plus grande implication de la société civile. 

Pour le groupe CRE, le Britannique Syed Kamall a salué la conclusion partielle d'un accord qui pourrait générer un accroissement de 1% du PIB de l'UE et créer jusqu'à 400 000 emplois. « Le groupe CRE croit que nous devons être les défenseurs du libre-échange tout en abordant les préoccupations légitimes en ce qui concerne les perturbations dans les industries », a-t-il commenté.

Pour le groupe GUE/NGL, l’accord de libre-échange UE/Japon présente de « sérieuses menaces pour l'emploi, l'industrie, les normes du travail et de l'environnement, les services publics et la démocratie ». « Les agriculteurs japonais, mais aussi les producteurs de voitures déjà en difficulté en Italie et en France, seront parmi ceux qui ne célèbrent pas l'annonce de cet accord », a commenté l’Allemand Helmut Scholz, dénonçant aussi l'opacité autour de cet accord tant pour le PE que pour la Diète japonaise.

Au nom du groupe Verts/ALE, le Français Yannick Jadot a dénoncé « un nouveau projet d'accord négocié dans la plus grande opacité qui remettra en cause l'environnement, la santé, nos protections sociales et notre souveraineté démocratiqueLe JEFTA s'inscrit dans la même fuite en avant d'un commerce sans entrave incarné par le CETA et le TTIP (avec les États-Unis). C'est la même mise en concurrence mondiale des salariés, des consommateurs, des territoires, des choix de société au profit de quelques multinationales et de gros investisseurs. Cela expose à toujours plus de dumping et de dérégulation », a-t-il regretté.

BusinessEurope satisfait, Greenpeace critiqueL'association du patronat européen,  BusinessEurope, a salué un accord de principe qui envoie un « signal très positif » au monde et doit servir de modèle au G20 pour lutter contre le protectionnisme. « Le JEFTA supprimera les barrières tarifaires et non tarifaires au commerce et il sera tourné vers l'avenir en prévenant le risque d'introduction de nouvelles barrières non tarifaires à travers la coopération réglementaire », s'est-elle félicitée.

Le Forum européen des services a salué un accord de principe qui, au-delà d'émettre un bon signal au niveau mondial en faveur du libre-échange, met l'accent sur une libéralisation accrue des services financiers, des services aux entreprises, du commerce électronique, des services de télécommunications et des transports, dans les marchés publics.

L'ONG environnementaliste Greenpeace a critiqué « le dernier exemple montrant comment la politique commerciale de l'UE fait semblant de défendre la transparence et la protection sociale et environnementale ». « Le commerce et l'isolationnisme incontrôlés ne sont pas les seules alternatives. Seule une coopération internationale renforcée axée sur les personnes et la planète peut aider à résoudre les problèmes urgents comme le changement climatique, les inégalités et les conflits », a-t-elle conclu. (Emmanuel Hagry)

Sommaire

ACTION EXTÉRIEURE
INSTITUTIONNEL
POLITIQUES SECTORIELLES
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES
PLÉNIÈRE DU PARLEMENT EUROPÉEN
COUR DE JUSTICE DE L'UE
CULTURE
BRÈVES