Bruxelles, 18/12/2014 (Agence Europe) - Le torchon risque de brûler entre Alger et Bruxelles, si l'on tient compte des propos tenus par le ministre algérien des Affaires étrangères critiquant de récentes appréciations portées sur la situation intérieure algérienne par le président de la Délégation Maghreb, l'eurodéputé socialiste italien Pier-Antonio Panzeri, suivies plutôt par un appel à la raison que par des menaces directes.
Le ministre des Affaires étrangères s'en est pris, sans nommer quiconque, lundi 15 décembre, aux « eurocrates qui se comportent comme des autocrates ». L'UE a « énormément d'intérêts en Algérie, ces intérêts doivent évoluer vers plus d'équilibre. En ce moment, ils sont déséquilibrés au profit de l'UE, c'est un constat », a-t-il ajouté.
Le gouvernement algérien paraît cependant vouloir contenir ce départ de feu pour ne pas contrarier ses efforts de rapprochement avec l'UE amorcés depuis 2011 et qui donnent des espoirs à Bruxelles comme à Alger quant à une coopération dans l'énergie et en faveur d'une ouverture économique et de la liberté d'entreprise. M. Panzeri a estimé dans ses déclarations que « l'Algérie a besoin d'un réel processus de rénovation », ce qui « n'est pas le cas actuellement ». Il est cité nommément par le quotidien L'Expression, alors que ses propos auraient été tenus sous le sceau de la confidentialité. L'eurodéputé dit craindre que « le manque de processus de réformes concrètes ne crée un vide qui serait occupé par des tendances extrémistes. L'Algérie a engagé son processus de démocratisation durant les années 1990, elle a connu les affres du terrorisme, il est maintenant temps qu'elle se détache de ce passé», a-t-il confié aux journalistes algériens en visite d'information au Parlement.
En soi, l'analyse ne paraît pas si éloignée de celle que font plusieurs Algériens. Le tort serait qu'elle intervient à un moment où le débat s'intensifie sur les choix politiques algériens dans le contexte de la succession attendue à la tête de l'État et du devenir énergétique d'un pays qui tire de l'énergie 98% de ses ressources et observe avec angoisse la baisse sensible du prix des hydrocarbures, plus une sécurité régionale peu assurée en Libye, au Sahel et dans la Tunisie voisine.
Le ministre des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, rappelle que son pays entretient d'« excellentes relations avec l'UE, ses institutions, ainsi qu'avec les États membres. Nous avons des contacts et une interaction avec la technostructure de Bruxelles où il y a une nouvelle direction qui a été élue, un nouveau président du Conseil, de la Commission et, donc, un certain nombre de responsables qui nous connaissent et qui connaissent l'Algérie ». Mais, a ajouté le chef de la diplomatie algérienne, il se trouve qu'« il y a, au sein de la technostructure bruxelloise, des eurocrates qui se comportent comme des autocrates ».
La critique algérienne tend à personnifier la crise et à cibler M. Panzeri quasiment accusé d'être un « obligé du Maroc », systématiquement opposé à l'Algérie. Une source diplomatique algérienne a affirmé à EUROPE que « cet eurodéputé, qui assume une charge importante, se distingue par une absence de neutralité, d'impartialité et d'équilibre en ce qui concerne les problématiques du Maghreb en général et les relations avec l'Algérie en particulier. Ce parti pris subjectif s'expliquant, sans doute, par ses connexions solides et avérées avec un pays de la région », en faisant observer qu'il a été récemment décoré par le roi Mohamed VI.
M. Panzeri est co-président de la commission parlementaire mixte PE-Assemblée marocaine. (FB)