Bruxelles, 21/01/2014 (Agence Europe) - Même avec une diminution graduelle du chômage dans l'UE, la proportion des Européens qui font face à la pauvreté ou à l'exclusion sociale risque de ne pas bouger, car aujourd'hui seulement un emploi retrouvé sur deux permet de sortir de la misère. C'est là l'une des principales conclusions tirées du rapport 2013 sur l'évolution de l'emploi et de la situation sociale en Europe, que la Commission européenne a publié mardi 21 janvier.
En présentant ce rapport à la presse, le commissaire chargé de l'emploi et des affaires sociales, Laszlo Andor, n'a pu décrire les perspectives sociales pour l'année 2014 de telle manière qu'elles concordent avec l'optimisme ambiant des observateurs de la croissance économique. La raison en est que si la zone euro pourrait peut-être bénéficier d'une croissance d'un peu plus de 1% en 2014, les bénéfices ne seront que marginaux pour la majorité des citoyens européens. M. Andor l'a souligné dès le début de sa présentation: « Même si le chômage se réduit progressivement, comme c'est prévu aujourd'hui, ceci peut ne pas être suffisant pour renverser l'augmentation de la pauvreté, surtout si la polarisation des salaires se poursuit, notamment en raison d'une augmentation du travail à temps partiel ».
Ce rapport, qui en est à sa troisième édition, vise « à fournir un soutien analytique au processus du Semestre européen, en particulier à la préparation de l'examen annuel de croissance 2014 et du rapport conjoint sur l'emploi ». En cela, ce rapport peut modifier les prochaines recommandations par pays. Les modifier pourrait s'avérer nécessaire, puisque le tableau qui est dressé de l'année 2013 illustre toute la fragilité et la faiblesse de l'économie européenne, tout en montrant les insuffisances des actions publiques et les risques quasi 'existentiels' pour la zone euro.
Un rapide coup d'oeil sur les principaux indicateurs sociaux de 2013 résume les enjeux: le chômage de longue durée est en hausse continue ; le chômage structurel et l'inadéquation entre l'offre et la demande du travail s'accentuent ; les emplois ont continué à se faire plus rares (perte nette) ; les emplois précaires ont augmenté, tout comme les mi-temps non-souhaités ; un quart des Européens fait face au risque d'être pauvre ou exclu socialement, y compris un nombre croissant de personnes ayant un emploi.
Derrière ces tendances moyennes se cache aussi un enjeu pour la zone euro. « L'instabilité macroéconomique » a été l'épouvantail dans les heures les plus sombres de la crise des dettes souveraines. Le rapport qui vient d'être publié ajoute aujourd'hui à cela que « les divergences macroéconomiques, d'emploi et sociales pourraient (aussi) compromettre le fonctionnement de l'UEM et donc les objectifs fondamentaux de l'UE figurant dans les traités (promouvoir la convergence économique et améliorer la vie des citoyens dans les États membres) ». La prise de conscience de cette nouvelle menace ne s'est faite que tout récemment, avec la décision d'inclure dans le Semestre européen un tableau de bord comprenant des indicateurs sociaux et d'emploi (ladite « dimension sociale de l'UEM »).
Loin d'être défaitiste, ce nouveau rapport de la Commission préconise plusieurs solutions, mais qui sont loin de faire l'unanimité parmi les États membres, car celles-ci touchent souvent au fondement même du fonctionnement de leur modèle social ou vont à l'encontre des objectifs de l'assainissement des budgets. Ainsi, dans le contexte actuel, « il est plus important que jamais d'examiner le rôle des dépenses de protection sociale en tant que stabilisateur économique ainsi que les façons de maximiser leur efficacité en termes de résultats sociaux obtenus », indique le résumé exécutif.
Cet « examen » du rôle des dépenses de protection sociale a été en fait déjà effectué et le rapport base toutes ces préconisations sur un simple fait rappelé par M. Andor: « Les demandeurs d'emploi qui reçoivent des prestations de chômage sont plus susceptibles d'obtenir un emploi que ceux qui ne reçoivent pas de prestations ». De là découle, selon la Commission, le besoin d'accroître la proportion des chômeurs qui bénéficient des « filets sociaux standards », tout en faisant évoluer, ou plutôt en uniformisant, ces filets. Ces filets devraient ainsi être « bien conçus (par exemple, avec la réduction de la générosité dans le temps) et accompagnés par des conditions appropriées (exigences en matière de recherche d'emploi) ». La Pologne et la Bulgarie sont mises en avant comme des contre-exemples
Les conclusions du rapport insistent finalement sur l'importance d'adapter les actions par rapport à la fragilité de la reprise économique. Pour s'assurer que cette reprise soit durable, il faut « investir dans l'emploi et les personnes ; améliorer le fonctionnement du marché du travail ; augmenter l'efficacité et l'efficience des systèmes de prélèvements et de prestations ; accompagner les personnes pour les faire quitter le chômage et la pauvreté ; restaurer la convergence socio-économique au sein de l'UEM ». M. Andor l'a résumé encore plus succinctement: il ne faut pas juste créer des emplois, mais des emplois de qualité, c'est-à-dire qui permettent de tirer les personnes de la pauvreté. (JK)