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Bulletin Quotidien Europe N° 10337
Sommaire Publication complète Par article 40 / 41
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 906

*** SIR JULIAN PRIESTLEY: European Political parties: the missing link / Les partis politiques européens: le chaînon manquant. Notre Europe (19 rue de Milan, F-75009 Paris. Tél.: (33-1) 44589797 - fax: 44589799 - Courriel: info@notre-europe.eu - Internet: http://www.notre-europe.eu ). Collection « Policy Paper », n° 41. 2010, 66 p..

Depuis sa création en 1996 déjà, Notre Europe, le laboratoire de pensée lancé par Jacques Delors en vue de « penser l'unité européenne », a consacré une attention toute particulière aux relations pour le moins - et de plus en plus, hélas… - difficiles entre les citoyens et les institutions européennes. Ce nouveau « Papier politique » témoigne de sa constance dans l'action puisqu'il explore différentes pistes susceptibles de favoriser une mobilisation citoyenne plus substantielle lors des élections européennes. Et, en l'occurrence, l'association beaucoup trop tôt privée de Tommaso Padoa-Schioppa, son président, a sans conteste été frapper à la bonne porte lorsqu'elle a sollicité Julian Priestley pour poser un diagnostic et suggérer les médicaments à prendre: avoir été le secrétaire général du Parlement européen de 1997 à 2007 lui confère un degré d'expertise à tout le moins impressionnant.

De fait, dans cette publication bilingue (qui, pour ceux qui le peuvent, se laissera mieux priser dans sa version originale anglaise que dans sa traduction française), Julian Priestley fait œuvre d'orfèvre en repérant d'abord les manquements des partis politiques européens: vingt ans après le Traité de Maastricht qui avait reconnu leur rôle central dans l'intégration européenne, ils restent désespérément incapables « d'assumer leur rôle vital entre les institutions politiques » de l'Union « et l'opinion publique ». Face à celle-ci, ces formations, « organismes fermés et non reconnus », demeurent lamentablement des « coquilles vides », tant il est vrai que « le développement de leurs programmes consiste essentiellement en un exercice technique visant à rechercher le plus petit commun dénominateur parmi les différentes positions nationales, ce qui débouche inévitablement sur des propositions faibles et insipides ». Faut-il s'en étonner ? Non, puisque les organismes gouvernants des partis européens, « confédéraux par nature », ont pour seule mission de « fournir une plateforme européenne à la parade des chefs de partis nationaux ». Faut-il, par contre, s'en irriter ? Absolument, et Julian Priestley ne s'en prive pas dans les pages qui suivent où il affine, précise et justifie ses critiques, lesquelles n'épargnent aucun parti, pas même la famille socialiste à laquelle appartient pourtant ce travailliste britannique.

L'ensemble de ces diagnostics est largement convaincant, mais l'essentiel réside dans les « quatre modestes réformes » qu'il suggère en guise de conclusion. Tout d'abord, il plaide avec passion pour que « les membres individuels soient reconnus par les partis européens ». En clair, des militants devraient pouvoir s'affilier au parti européen de leur cœur, payer une cotisation et, partant, participer aux prises de décision à ce niveau. Ce qui, pour l'auteur, implique la deuxième réforme, à savoir de « renforcer la démocratie directement et indirectement au sein des partis européens ». En clair, les Congrès des partis devraient devenir de véritables centres de décision démocratique où les membres dans leur ensemble, et plus seulement les chefs nationaux, devraient « approuver par scrutin secret le programme et le manifeste du parti » pour les scrutins européens. Voilà qui, selon l'auteur, n'accroîtrait pas seulement le sentiment d'appartenance au programme du parti, mais « inciterait aussi ses membres à mener des campagnes pour le parti lors des élections ». La troisième réforme préconisée serait que les partis européens désignent un candidat à la présidence de la Commission sur la base d'élections primaires, ce qui aurait plusieurs retombées bénéfiques. D'abord, voilà qui donnerait une impulsion nouvelle aux campagnes pour les élections européennes en mobilisant tant les militants que, sans doute, les électeurs. Ensuite, la légitimité démocratique qui en résulterait pour le successeur de M. Barroso le renforcerait par rapport au Conseil européen, « ce qui, aux yeux de ceux qui sont attachés aux institutions supranationales et à la méthode communautaire, permettra seulement de compenser le prestige et l'autorité que la Commission a perdus au fil des ans ». Enfin, Julian Priestley propose même que, à l'instar de ce qui se passe aux États-Unis, ces primaires soient ouvertes à tous les électeurs, ce qui garantirait une mobilisation citoyenne. L'auteur ne se fait pas d'illusions: ces trois propositions visant à démocratiser le travail des partis européens ne seront guère prisées par les hiérarchies des partis nationaux, soucieuses de ne pas perdre la main. C'est pourtant, à n'en pas douter, la voie à suivre pour réaliser la quatrième réforme, à savoir que « l'offre idéologique des partis doit être aiguisée ». Le combat esquissé par Julian Priestley mérite donc incontestablement d'être mené.

Michel Theys

*** ALESSIO CORNIA: Notizie da Bruxelles. Logiche e problemi della costruzione giornalistica dell'Unione europea. FrancoAngeli (106 viale Monza, I-20127 Milan. Tél.: (39-2) 2837141 - fax: 2613268 - Courriel: magazzino@francoangeli.it - Internet: http://www.francoangeli.it ). Collection « Sociologia ». 2010, 184 p., 23 €. ISBN 978-88-568-1792-8.

Dans tous les pays de l'Union, le même constat s'impose: les médias - audiovisuels en particulier, même si la presse écrite n'est pas en reste, exception faite des titres dits « de qualité » - maltraitent plus qu'ils ne traitent l'information européenne. Cet ouvrage vient confirmer que l'Italie n'échappe pas à cette règle à tout le moins désolante. Pourquoi l'Europe est-elle considérée comme un sujet journalistique de peu d'intérêt dans beaucoup de rédactions ? Quels sont les problèmes qui rendent difficiles les rapports entre les institutions de l'Union et les correspondants accrédités à Bruxelles ? Quelles sont les différences, dans les médias, entre le traitement des affaires européennes et la couverture de la politique nationale ? C'est pour apporter des réponses à ces questions (et à bien d'autres) qu'Alessio Cornia, chercheur au Département Institutions et Société de l'Université de Pérouse, est venu s'immerger dans le milieu des correspondants italiens en poste à Bruxelles entre 2004 et 2007. De la sorte, il étudie les spécificités de la « bulle de Bruxelles », les difficultés que les journalistes rencontrent avec la Commission qui est le maître de ballet médiatique mais où il y a « beaucoup d'information et peu de politique », avec le Conseil où prévaut « la concurrence entre les sources » et avec le Parlement européen qui souffre de mauvaise visibilité médiatique. L'auteur analyse enfin la manière dont les correspondants italiens jonglent entre concurrence et collaboration, eux qui souffrent - comme tous les autres correspondants - du « syndrome de l'abandon ». Des éclairages pertinents qui, bien entendu, ne valent pas que pour les journalistes italiens. (MT)

*** CHRISTIAN JOERGES: Unity in Diversity as Europe's Vocation and Conflicts Law as Europe's Constitutional Form. Institut für Höhere Studien / Institute for Advanced Studies (Department of Political Science, Universität Bremen, 56 Stumpergasse, A-1060 Vienne. Tél.: (43-1) 59991-237 - fax: 59991-555 - Courriel: library@ihs.ac.at - Internet: http://www.ihs.ac.at ). Collection « Reihe Politikwissenschaft / Political Science Series », n° 122. 2010, 44 p., 8 €.

Professeur de droit privé et européen à l'Université de Brême, Christian Joerges défend l'idée, dans cette étude, que la devise de l'unité dans la diversité méritait d'être maintenue dans le cadre constitutionnel européen nouveau, en dépit du naufrage du projet de Traité constitutionnel. Pour lui, elle s'impose même pour qui voit, entre autres, comment le droit évolue afin de « répondre à l'interdépendance croissante d'ordres juridiques autrefois plus autonomes ». Pour illustrer son propos, l'auteur prend deux exemples ; d'une part, le conflit entre les libertés économiques européennes et les relations industrielles nationales qui résulte des récents arrêts Laval, Viking et Rüffert de la Cour de justice, la décision de celle-ci d'asseoir la suprématie des premières étant perçue par certains comme un « approfondissement contre-productif de l'asymétrie constitutionnelle de l'Europe et de son déficit social » ; d'autre part, le conflit environnemental qui oppose la République tchèque et l'Autriche à propos de la centrale nucléaire de Temelin. Christian Joerges critique le raisonnement des juges de Luxembourg mais sans présenter d'alternative à leurs arrêts, son but étant de présenter des approches qui, selon lui, permettraient de répondre au besoin de réglementation et de gouvernance transnationales. (MT)

*** Questions internationales. Internet à la conquête du monde. La Documentation française (29-31 quai Voltaire, F-75007 Paris cedex 07. Tél.: (33-1) 40157010 - fax: 40157001 - Courriel: commande@ladocumentationfrancaise.fr - Internet: http://www.ladocumentationfrancaise.fr ). Janvier-février 2011, n° 47, 126 p., 9,80 €. Abonnement: 48 € (France), 53,90 € (Europe), 55,90 € (étranger).

Avec son format très agréable et sa mise en page dynamique, les articles de fond étant utilement étayés et précisés par des encadrés explicatifs, ainsi que des cartes et des graphiques, cette revue bimestrielle présente, dans son premier numéro de l'année, un Dossier très riche consacré à la conquête du monde par Internet. Celui-ci transforme les sociétés civiles, politiques et culturelles, mais bouleverse aussi les relations interétatiques, le cyber espace étant tout à la fois un nouveau théâtre de conflits géopolitiques, le terrain du « cyberjihad » et un espace public de débat et de protestation sociale, soit autant de thèmes étudiés dans ces pages. D'autre part, la traditionnelle rubrique « Questions européennes » se nourrit, cette fois, de deux contributions très éclairantes. La première, signée par le politologue Michel Sallé, analyse finement le contexte - pour le moins problématique - de la demande d'adhésion à l'Union introduite par l'Islande. La deuxième voit un scientifique, Jean-Robert Henry, décrypter la « grande difficulté » qu'éprouve l'Europe « à penser son rapport au Sud ». L'auteur constate « le rétrécissement des perspectives méditerranéennes de l'Europe », elle qui, sous la pression de ses « obsessions sécuritaires », en est arrivée à consacrer « le divorce entre espace économique et espace humain ». Une analyse sans complaisance qui dénonce aussi, au sein de l'Union, « l'emprise des logiques étatiques ». (MT)

*** MICHAL KUBAT: Political Opposition in Theory and Central European Practice. Peter Lang (1 Moosstrasse, CH-2542 Pieterlen, Suisse. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection « Prager Schriften zur Zeitgeschichte und zum Zeitgeschehen », n° 3. 2010, 193 p., 32,50 €. ISBN 978-3-631-59181-9.

Membre du Département d'Études russes et est-européennes à l'Université Charles et maître de conférences à l'Université New York de Prague, Michal Kubát procède, dans ces pages, à une analyse détaillée du concept d'opposition politique. S'inscrivant dans la lignée de Duverger et Sartori, il consacre la première partie à une approche théorique de la question, n'hésitant pas à y ajouter ses propres observations qui peuvent parfois s'avérer de nature polémique. Il procède aussi à une stricte différenciation entre régimes démocratiques et non-démocratiques. L'auteur s'attarde davantage sur les premiers cas où il s'intéresse tout particulièrement au développement de l'opposition politique, à ses fondements légaux, à ses fonctions, ainsi qu'aux typologies et modèles prévalant en ce domaine. Il y consacre aussi un espace tout particulier à l'opposition politique de nature extrême et/ou antisystème. Dans la deuxième partie, Michal Kubát procède à un examen de la manière dont l'opposition se manifeste pratiquement en Europe centrale, son analyse étant particulièrement centrée sur les quatre pays du Groupe de Višegrad, à savoir la Hongrie, la Pologne, la République tchèque et la Slovaquie. Là aussi, il consacre une attention toute particulière à l'opposition extrémiste. (PBo)

*** PETR DRULAK, MATS BRAUN (sous la dir. de): The Quest for the National Interest. A Methodological Reflection on Czech Foreign Policy. Peter Lang (voir coordonnées supra). 2010, 210 p., 32,50 €. ISBN 978-3-631-59663-0.

Ainsi que le constate le Pr. Petr Drulák (Université Charles et Directeur de l'Institut des relations internationales à Prague) dès l'entame de son introduction, « la notion d'intérêt national compte parmi les concepts dont on use et abuse le plus dans le débat de politique étrangère ». Les auteurs de cet ouvrage collectif, tous politologues actifs en République tchèque, s'emploient à apporter davantage de clarté sur cette question en travaillant sur la base de trois critères pouvant servir à mieux cerner ce qu'est l'intérêt national, à savoir la pertinence de l'utilisation de cette formule, le consensus national dont elle fait l'objet et, enfin, son acceptation par l'extérieur. Les auteurs appliquent ces critères à la politique étrangère de la République tchèque en s'appuyant sur quatre méthodologies, à savoir des études de cas, l'analyse de discours, l'approche théorique et l'ethnographie. Il est à noter que les sujets étudiés ont porté sur les priorités de la politique étrangère tchèque, raison pour laquelle cinq chapitres portent sur l'Union européenne, à savoir sur sa politique environnementale, sur l'avenir du processus d'intégration, sur sa politique d'élargissement, sans compter deux contributions consacrées à la Politique de voisinage. L'une des conclusions de ce travail est que la République tchèque n'a pas souvent la capacité de définir et de poursuivre son intérêt national lorsqu'il lui faut prendre des décisions-clefs pour l'orientation de sa politique étrangère. (PBo)

*** Causeur. Causeur.fr (9 rue Léopold-Robert, F-75014 Paris. Courriel: info@causeur.fr - Internet: /http://www.causeur.fr ). Février 2011, n° 32, 31 p., 4,5 €. Abonnement: 45 €.

Cette publication mensuelle a la particularité d'avoir vu le jour sur Internet, où elle reste très présente au jour le jour. Teintée d'intellectualisme à la française, elle se caractérise par la diversité radicale des opinions qui s'y expriment, même si la tonalité première de ce « salon de réflexions » est sans doute le conservatisme. Dans cette édition, on y trouve notamment une interview où l'ancien commissaire Bolkestein explique que « le multiculturalisme est mort », ainsi qu'un Dossier consacré à « la République des indignés » où s'exprime entre autres le philosophe Alain Finkielkraut. (MT)

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