L'essentiel est acquis. Revenons aux commentaires constructifs. Hier, cette rubrique avait un ton quelque peu exaspéré à l'égard des éternels eurosceptiques qui n'avaient pas compris l'importance de ce qui était arrivé dans la nuit de vendredi à samedi derniers. C'est vrai que pour une grande partie de la presse, le dimanche est un mauvais jour: la plupart des journaux ne sortent pas et, les jours suivants, le drame japonais a largement monopolisé l'attention. Ainsi, pour les affaires européennes, les eurosceptiques ont eu le champ libre. Notre Agence a fait son métier: commentaire, compte rendu détaillé des résultats du Sommet informel des pays de l'euro, reproduction des textes (qui vont acquérir une signification historique). À présent, après avoir rappelé que chaque pays peut sortir de la zone euro et de l'UE elle-même, regardons en avant.
Le Conseil européen des 24 et 25 mars ne pourra rien changer à ce qu'ont décidé les pays de la zone euro, qui pourront ajouter des explications, clarifier les intentions sur certains points, rendre compte des travaux techniques supplémentaires des ministres des Finances. Mais l'essentiel est acquis. Les autres États membres en prendront acte et ils pourront se joindre aux aspects qui sont ouverts à leur participation.
Entre-temps, les ministres des Finances de l'Eurogroupe ont poursuivi les travaux d'élaboration des textes (voir plus loin), et ils vont les poursuivre lundi prochain. Sans oublier que, de toute manière, les accords sur les instruments de gestion de l'euro ne signifient évidemment pas que les évolutions « sur le terrain » sont acquises. Les effets et les résultats de l'application de ces instruments restent entièrement ouverts, en particulier pour les pays qui doivent prouver concrètement qu'ils sont en mesure de respecter les règles qu'ils ont souscrites. Avec le soutien des autres pays de l'euro, bien entendu ; mais essentiellement par leurs efforts.
La Grèce pourra-t-elle éviter la « restructuration » de sa dette ? Le cas le plus difficile est évidemment celui de la Grèce. Le Premier ministre Georges Papandréou avait amplement expliqué, avant le Sommet informel de la zone euro, qu'il rejetait fermement l'hypothèse d'une restructuration de la dette de son pays et qu'il rejetait avec vigueur l'affaiblissement de sa note par l'Agence de notation Moody. Tous les pays de la zone euro ont reconnu l'exigence de contrôler sérieusement le fonctionnement des Agences de notation, en leur imposant des règles et des disciplines; le nécessaire sera fait par la Commission européenne avant l'été. En attendant, il faut constater que les milieux politiques aussi bien que professionnels estiment que la Grèce ne pourra pas éviter la restructuration de sa dette, même si son Premier ministre la rejette. Les pays de la zone euro ont fait un effort la semaine dernière, en réduisant le taux d'intérêt de cette dette et en prolongeant l'échéance de son remboursement; sera-ce suffisant ? Moody ne le croit pas, car certaines évolutions attendues en Grèce ne se sont pas produites, notamment en matière fiscale.
On ne doit pas oublier que la Grèce avait en son temps triché pour être admise dans la zone euro ; le gouvernement socialiste actuel s'efforce de faire oublier ce péché originel dont les gouvernements précédents avaient été responsables ; mais ce n'est pas facile. La plupart des observateurs estiment que la restructuration, avec les négociations qu'elle implique, sera inévitable.
Vers un compromis avec l'Irlande ? Il est raisonnable d'espérer que le problème irlandais, resté ouvert le week-end dernier, puisse évoluer de manière positive. Il concerne, on le sait, l'impôt sur les sociétés, historiquement peu élevé en Irlande. Le nouveau gouvernement de Dublin ne pouvait pas encore se prononcer à ce sujet. Pourrait-il peut-être renoncer à attirer les investissements par ce moyen ? Selon certains observateurs, l'évolution récente prouve que les effets de cette mesure peuvent être dangereux pour l'Irlande elle-même. Si elle assouplit sa position, elle obtiendra en échange la révision des conditions de l'aide européenne. La Commission a déjà annoncé qu'elle va proposer tout de suite l'uniformisation de la base imposable, premier aspect d'une réglementation européenne en ce domaine.
Les ministres des Finances et les textes juridiques. Les remarques qui précèdent concernent deux dossiers particulièrement sensibles et controversés. Il faut suivre avec la même attention les travaux des ministres des Finances de la zone euro, essentiels pour que le système défini par les chefs d'État et de gouvernement de la zone euro soit opérationnel. Notre bulletin d'hier a rendu compte de leur réunion de lundi ; mais les ministres n'ont pas terminé leurs travaux et ils ont décidé de les poursuivre lundi prochain 21 mars. Il ne faut jamais oublier que les textes législatifs que les ministres mettent au point relèvent de la procédure communautaire, avec la participation totale du Parlement européen. (F.R.)