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Bulletin Quotidien Europe N° 9794
JOURNÉE POLITIQUE / (eu) ue/lituanie

Le président Adamkus n'oppose pas de veto à l'APC avec la Russie et appelle l'Union à garantir la sécurité énergétique des pays baltes

Bruxelles, 01/12/2008 (Agence Europe) - Lors d'un entretien avec EUROPE jeudi 27 novembre à Vilnius, le président lituanien Valdas Adamkus a dit n'opposer aucun veto à l'accord de partenariat et de coopération (APC) avec la Russie, en soulignant la nécessité pour Moscou de respecter ses engagements formulés dans le plan en six points négocié avec la Présidence française pour mettre fin au conflit russo-géorgien. Rappelant l'isolement énergétique de son pays et sa dépendance aux ressources russes, M. Adamkus a aussi évoqué les projets d'infrastructure en gestation en Lituanie qui l'intégreront aux marchés européens de l'énergie. (E.H.)

AGENCE EUROPE: Que pensez-vous du fait que l'UE a décidé de reprendre les négociations pour un accord de partenariat avec la Russie malgré l'opposition de la Lituanie à cette décision unilatérale ?

Valdas Adamkus: Je veux clairement dire que la Lituanie n'est absolument pas opposée à un partenariat entre l'UE et la Russie. J'ai toujours dit haut et fort que nous Européens, en particulier la Lituanie, devons avoir de bonnes et respectueuses relations avec la Russie, sur une base égale. Mais cette volonté de coopérer devra être affichée par chacune des parties. Quand la question de rouvrir les négociations entre les deux parties a été récemment soulevée au sommet UE/Russie, la Lituanie a seulement tenu à rappeler à la Communauté européenne qu'il y a quelques mois, il a unanimement été accepté que la Russie se conforme à certains engagements, des engagements qui traitent de la sécurité et de la stabilité dans la toute région. Je parle de ce cas malheureux en Géorgie, quand le président (du Conseil européen) Nicolas Sarkozy et le président (de la fédération russe) Dmitri Medvedev ont convenu à Moscou d'un plan en six points. Malheureusement, encore aujourd'hui, et ceci est universellement accepté, la Russie n'a pas respecté ses engagements. C'est la seule raison pour laquelle la Lituanie a pris une position très claire pour indiquer qu'elle n'oppose pas de veto ni ne souhaite arrêter ce processus de négociations, mais qu'elle rappelle simplement que tous les engagements doivent être respectés. Nous sommes tout à fait d'accord pour continuer à négocier sur une base égale. Nous voulons que l'UE, en particulier la Lituanie, entretienne de bons rapports avec son grand voisin.

AGENCE EUROPE: Le fait que la Lituanie dépendra des approvisionnements russes après la fermeture de la centrale nucléaire d'Ignalina influence-t-il son approche concernant la sécurité énergétique ?

Valdas Adamkus: L'énergie est une question d'une importance extrême pour la Lituanie. Après la fermeture de la centrale d'Ignalina, nous dépendrons des ressources russes - ce que j'appelle le monopole russe. Nous devenons une île énergétiquement isolée. Pour cette raison particulière, nous avons accompli d'importants progrès pour développer un réseau électrique indépendant de la Russie qui commence en Scandinavie, depuis la Norvège en passant par la Finlande qui a déjà un raccordement avec l'Estonie [Estlink, NDLR]. J'ai négocié personnellement avec le Premier ministre suédois. Nous avons un accord de principe sur le raccordement des câbles électriques depuis la Suède vers la Lettonie et la Lituanie [SwedLit, NDLR]. En même temps, après dix ans de négociations avec la Pologne, nous avons signé l'an dernier un accord formel qui nous engage à construire une interconnexion entre nos deux pays, que nous appelons Pont électrique [LitPolLink, NDLR], qui intègre la Lituanie au réseau occidental [système UCTE, NDLR] et aux marchés européens de l'énergie. En ce qui nous concerne, nous avons fait toutes les études d'impact environnemental et écologique et traité les questions juridiques de propriété. Nous sommes prêts à commencer les travaux dès demain si nous avons la pleine coopération des autres partenaires que j'ai mentionnés. Nous allons pousser en ce sens parce que de mon point de vue, s'il est opérationnel soit en 2013 ou 2014, nous aurons un réseau indépendant et concurrentiel avec la Russie qui nous assurera non seulement une indépendance énergétique mais aussi une indépendance politique, parce qu'il sera une opportunité pour faire croître l'économie et assurer une meilleure qualité de vie pour nos citoyens.

AGENCE EUROPE: Estimez-vous être traité de manière équitable par l'UE concernant la fermeture d'Ignalina et les pourparlers pour prolonger son opérabilité ?

Valdas Adamkus: À l'heure actuelle, nous ne comprenons toujours pas les vraies raisons pour lesquelles l'UE insiste tant pour la fermeture de la centrale d'Ignalina qui est très sûre du point de vue de son fonctionnement, ce qui a été confirmé par les inspections internationales, ni pourquoi un voisin, avec tout le respect dû à la Finlande, construit une nouvelle unité nucléaire alors qu'en même temps la Lituanie est forcée de fermer une centrale qui fonctionne très bien. Je dois admettre que nous nous sommes engagés par l'accord de 2002 qui était une condition préalable à l'adhésion de la Lituanie à l'UE, mais nous faisons face aujourd'hui à une situation qui est complètement différente au regard des prix de l'énergie et de la demande en énergie. Mais la Lituanie voulait à cette époque maintenir la centrale d'Ignalina même si c'était au prix de sacrifier l'adhésion à l'UE. Pour répondre à votre question, je ne crois donc pas que nous soyons traités de manière équitable parce qu'Ignalina est beaucoup plus sûre que n'importe quelle autre centrale qui opère dans l'UE.

AGENCE EUROPE: Où en sont les négociations pour la nouvelle centrale nucléaire à Visaginas ?

Valdas Adamkus: Nous avons déjà un accord de principe - un engagement de la Lituanie, de la Lettonie, de l'Estonie et de la Pologne - pour construire cette centrale avec une disposition spécifique prévoyant de produire une certaine capacité d'électricité qui sera allouée à la Pologne. Les détails techniques ne sont toujours pas établis mais la signature est apposée sur le papier.

AGENCE EUROPE: Selon vous, le projet de Nord Stream est-il un chapitre clos ?

Valdas Adamkus: Lorsqu'on connaît les conditions écologiques en mer Baltique, on comprend que le projet de gazoduc Nord Stream est une aberration. Et, d'un point de vue économique, ce projet est très cher et n'aura aucun impact sur des prix de l'énergie. Je pense qu'il y a une alternative bien moins coûteuse par voie terrestre, plus pratique pour assurer les livraisons de gaz. Alors, si vous me demandez si ce projet est mort et enterré, je vous répondrai par l'affirmative.

AGENCE EUROPE: Lors du dernier Conseil européen en octobre, vous avez adressé un message clair à vos homologues sur les besoins de la Lituanie en matière de sécurité énergétique. Avez-vous été entendu ?

Valdas Adamkus: Non. Et nous ne voyons toujours pas pour quelles raisons nous ne l'avons pas été. Concurrence ? Politique ? Je ne peux pas l'expliquer. Mais l'engagement de la Commission européenne, via son plan de relance pour la croissance et l'emploi, d'accroître l'investissement pour moderniser les infrastructures énergétiques en Europe a prouvé que finalement, quelqu'un s'est réveillé et a réalisé que la situation réelle est préoccupante. La demande en énergie en Europe va continuer à croître et, à moins qu'on trouve une façon d'y répondre, un de ces jours dans un proche avenir, pas demain mais peut-être d'ici cinq ans, nos besoins en énergie seront tellement extrêmes, sans savoir où se la procurer, que cela va avoir des conséquences pour le continent européen tout entier.

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