Bruxelles, 01/12/2008 (Agence Europe) - Quelque 9000 experts de plus de 190 pays sont réunis pour la conférence climatique onusienne de Poznan qui s'est ouverte lundi 1er décembre en Pologne et s'attellera, jusqu'au 12 décembre, à préparer la négociation du régime global de lutte contre le changement climatique pour l'après-2012, quand aura expiré la première période d'engagements du Protocole de Kyoto. L'Union européenne est consciente que Poznan, où se tiennent simultanément la quatorzième conférence des parties à la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques (COP 14) et la quatrième session des parties au Protocole de Kyoto (MOP 4), ne pourra être qu'une « conférence de transition » vers la conférence de Copenhague où doit être conclu, en décembre 2009, l'accord global sur le régime multilatéral post-2012.
Et pour cause. Il n'y aura pas encore de texte à négocier - l'objectif étant qu'un texte puisse être sur la table en mars 2009, et les États-Unis, prêts à amorcer le tournant prometteur annoncé par le président élu Barack Obama, seront toujours représentés par l'administration Bush. En outre, le segment ministériel de la conférence onusienne coïncidera avec le sommet européen des 11 et 12 décembre qui, à Bruxelles, devra arbitrer, au plus haut niveau politique, les questions litigieuses du paquet Climat/Énergie, âprement négocié au sein de l'UE. Et il n'est pas acquis que les 27 puissent s'entendre à temps pour envoyer à Poznan le signal fort d'unité et de détermination, escompté par la Commission européenne et la Présidence française de l'UE. Ironie du sort, la Pologne, pays hôte de la conférence onusienne est, précisément l'un des États membres de l'UE déterminés à ne pas céder d'un pouce si les anciens États membres, plus développés, ne se montrent pas plus solidaires envers les nouveaux États membres en rattrapage économique. Mikolaj Dowgielewicz, son ministre aux Affaires européennes, a récemment fait valoir que la crédibilité de l'UE serait mise à mal à Poznan si la solidarité requise entre pays industrialisés et pays en développement pour permettre un accord international n'était pas la règle entre pays européens les plus riches et pays européens les moins développés (EUROPE n° 9792). Qu'à cela ne tienne, l'UE continue d'affirmer haut et fort qu'elle entend poursuivre son rôle de chef de file dans la marche internationale vers un succès climatique à Copenhague. De l'avis de la Présidence française, « la conférence de Poznañ devrait être déterminante pour le maintien d'un élan politique vers un nouvel accord ambitieux ». La Commission européenne, quant à elle, forte du mandat de négociation que lui a confié le Conseil (EUROPE n° 9766), refuse l'hypothèse d'un échec au sommet européen et compte bien que Poznan soit l'occasion de faire passer les négociations à la vitesse supérieure.
« La crise financière a démontré qu'il est insensé d'ignorer des signes annonciateurs évidents. Nous ne pouvons pas nous permettre de reproduire cette erreur avec le changement climatique si nous voulons éviter des conséquences économiques et sociales dangereuses, voire catastrophiques dans les décennies à venir. Même s'il est trop tôt pour espérer des avancées majeures, la conférence de Poznan doit permettre de passer des discussions exploratoires aux négociations concrètes et envoyer un signal clair indiquant que le monde est en bonne voie pour conclure dans un an, à Copenhague, un traité ambitieux sur le climat », déclare Stavros Dimas, commissaire à l'Environnement, qui participera aux discussions ministérielles les 11 et 12 décembre. « Un accord sur le paquet Énergie/Climat serait de la plus grande utilité pour l'UE car il permettrait de rehausser sa crédibilité (…). Nous avons une fenêtre de tir », estimait, le 28 novembre, Nikola Notaro, expert à la Commission européenne, en présentant à la presse les enjeux de Poznan. Balayant d'un revers de main l'éventualité qu'une Europe divisée sur son paquet Climat/Énergie puisse perdre tout crédibilité, il ajoutait: « Ce qui intéresse les parties à Poznan, ce n'est pas le coût du paquet pour tel ou tel pays, mais le niveau d'effort total et son caractère contraignant ».
Les discussions à Poznan s'articuleront autour de trois thématiques: la vision partagée d'un nouveau régime post-2012, la gestion du risque, ainsi que la recherche et le développement de nouvelles technologies. La conférence sera aussi l'occasion de poursuivre la réflexion sur l'architecture financière internationale de la lutte contre le changement climatique. Étant entendu qu'à ce stade ni les États-Unis, ni l'Australie, ni le Japon n'annonceront d'engagements chiffrés pour 2020, il ne faudra pas compter sur des engagements des pays en développement. Dans ces conditions, l'UE considère que Poznan sera un succès si l'on peut obtenir: - un accord sur un programme de travail pour guider les négociations en 2009 et une décision de convier, l'été prochain, une conférence extraordinaire qui permettrait la pleine implication de la nouvelle administration américaine ; - un consensus de tous les pays sur une vision commune de l'accord futur avec des objectifs à l'horizon 2020 et 2050 (le dernier G8 s'est entendu sur une réduction des émissions globales de 50% à l'horizon 2050) ; - un examen approfondi des moyens d'améliorer et de renforcer le protocole de Kyoto et l'adoption de deux décisions: une décision ferme pour rendre opérationnel le plus rapidement possible le fonds d'adaptation au changement climatique en faveur des pays en développement, et une décision visant à rationnaliser la gestion du mécanisme de développement propre qui permet de financer des transferts de technologies propres dans les pays en développement. (A.N.)