Bruxelles, 29/06/2007 (Agence Europe) - Le réchauffement planétaire, déjà à l'œuvre, n'épargnera pas l'Europe. Le Panel intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC) en a fait la démonstration à Bruxelles en avril dernier en publiant son rapport d'évaluation des impacts du changement climatique, de l'adaptation et de la vulnérabilité à ce phénomène global (EUROPE n° 9403).
Outre la nécessité de procéder à des réductions drastiques de ses émissions de gaz à effet de serre, l'UE n'a donc d'autre choix que de s'adapter à ce phénomène global pour en atténuer les effets néfastes sur la population, l'économie et l'environnement. Telle est la conviction de la Commission européenne, et l'idée clé à la base du Livre vert qu'elle a publié le 29 juin pour lancer un vaste débat public sur les mesures d'adaptation envisageables dans l'UE. Une conférence de toutes les parties prenantes, organisée le 3 juillet à Bruxelles (Bâtiment Charlemagne) par la Commission, marquera le coup d'envoi de cette consultation qui prendra fin en novembre.
Le document intitulé « Adaptation au changement climatique en Europe: les possibilités d'action de l'Union européenne » lance des pistes de réflexion pour répondre à l'évolution des conditions climatiques, en respectant quatre axes d'intervention prioritaires, à savoir: - une action précoce afin de développer des stratégies d'adaptation dans les secteurs où le niveau actuel des connaissances est suffisant ; - l'intégration des besoins d'adaptation mondiaux dans les relations extérieures de l'UE et la formation d'une nouvelle alliance avec des partenaires du monde entier, et en particulier les pays les moins avancés qui auront le plus à souffrir du réchauffement ; - l'amélioration des connaissances en matière d'adaptation grâce à la recherche au niveau communautaire et à l'échange d'informations ; - la création d'un groupe consultatif européen sur l'adaptation au changement climatique, chargé d'analyser des stratégies et des actions.
Le Livre vert peut être consulté en ligne (http: //ec.europa.eu/environment/climat/eccp_impacts.htm). Les contributions des institutions européennes et de tous les acteurs sollicités par cette initiative guideront la Commission européenne dans l'élaboration d'une communication qu'elle entend présenter à la fin de 2008.
En présentant le Livre vert à la presse, Stavros Dimas, Commissaire à l'Environnement, a évoqué les inondations destructrices en cours au Royaume-Uni, à l'origine des « plus grandes opérations de sauvetage jamais organisées en temps de paix », la vague de chaleur meurtrière « la plus grave jamais expérimentée par la Grèce », et, qui, dans une moindre mesure, affecte aussi la France, l'Italie, Chypre et Malte. « Nous connaissons des conditions climatiques extrêmes qui risquent de se multiplier. Les changements climatiques sont là. Certaines populations n'ont d'ores et déjà d'autre choix que de s'adapter ou périr. Nous devons nous préparer et nous adapter pour limiter les impacts en termes de souffrances humaines, d'effets économiques, de dommages pour la nature. Le Livre vert a pour ambition de sensibiliser les populations en Europe et d'ouvrir un grand débat public sur les priorités de l'adaptation. L'adaptation n'empêche pas la lutte contre le changement climatique. Les deux doivent être menées de front. Plus vite nous agirons, plus nous serons efficaces. Si l'UE et ses Etats membres ne planifient pas à l'avance une réponse stratégique cohérente, il se peut que nous soyons contraints de prendre des mesures d'adaptation soudaines pour répondre à la multiplication des crises et des catastrophes, ce qui serait bien plus coûteux ».
Rappelant que la température du vieux continent a déjà progressé de près de 1°C au cours du siècle dernier, plus rapidement que la moyenne mondiale, avec des effets aisément mesurables, le Commissaire a cité en exemple la fonte des glaciers qui pourrait s'avérer fatale aux stations de ski de basse altitude, l'assèchement de l'Europe australe qui pourrait compromettre le tourisme pendant les vacances d'été, les conséquences dévastatrices qu'aurait la poursuite du changement climatique pour tous les secteurs de la société et de l'économie: l'agriculture, la sylviculture, la gestion de l'eau, la protection de la biodiversité, la pêche, le tourisme et la santé. Le Livre vert suggère d'intégrer les objectifs d'adaptation dans tous ces secteurs, ainsi que dans les programmes de dépenses communautaires (développement régional, agriculture, pêche, développement, affaires sociales, recherche, développement rural).
Parmi les mesures d'adaptation envisageables, Stavros Dimas évoque l'utilisation plus rationnelle des ressources en eau qui iront se raréfiant, l'apport de soins appropriés aux personnes vulnérables, et en particulier les personnes âgées lors des vagues de chaleur, la préparation à l'arrivée de maladies tropicales en Europe, le renforcement des digues pour juguler les inondations, la mise en place de corridors pour les plantes et des animaux contraints à la migration. Ces mesures seront au premier chef du ressort des pouvoirs publics locaux et régionaux, mais l'UE aura un rôle à jouer en soutenant les efforts d'adaptation par l'ajustement des politiques concernées, en comblant les lacunes dans les connaissances et en coordonnant les stratégies. (an)