Ljubljana/Bruxelles, 29/06/2007 (Agence Europe) - Une entreprise française d'engineering décrochant un contrat de 560 millions de dollars dans le domaine des biocarburants au Honduras, une association péruvienne de petits producteurs de marbre brut coopérant avec les prestigieux gisements italiens de Carrara… Deux exemples parmi 5000 projets de coopération économique entre entreprises européennes et latino-américaines initiés à travers le programme communautaire AL-INVEST. Ce programme accompagne depuis 1994 les petites et moyennes entreprises (PME) des deux régions dans leur démarche d'internationalisation en soutenant l'organisation d'opérations de « matchmaking », en aidant les PME à participer à des foires commerciales et en les formant. Réunis cette année à Ljubljana, les opérateurs du réseau AL-INVEST - des chambres consulaires, des agences régionales de développement, des associations professionnelles, des cabinets de consultants - ont fait le point sur les actions entreprises et se sont interrogés sur l'évolution du programme qui devrait entrer dans une quatrième phase couvrant la période 2007-2013.
« Quand les décideurs politiques parlent des relations entre l'UE et l'Amérique latine, ils manquent d'exemples concrets. Nous pouvons leur apporter des exemples, des expériences, des succès ! », a déclaré Arnaldo Abruzzini, secrétaire général de l'Association des chambres européennes du commerce et de l'industrie (Eurochambres). Avec d'autres partenaires tels que Bancomext et des fédérations d'entrepreneurs, Eurochambres est membre du consortium qui gère AL-INVEST au quotidien. À un moment où des « forces » politiques réclament la suppression de programmes de coopération économique entre l'UE et d'autres régions du monde, a ajouté M. Abruzzini, AL-INVEST montre aux décideurs que « l'argent de l'Europe a été utilisé de manière convenable ». Samuel Simón Pulido, en charge de la gestion d'AL-INVEST au sein de la Commission, est d'avis que ce programme communautaire rencontre « un grand intérêt » à la fois des grandes entreprises et des PME pour le développement des liens commerciaux entre l'UE et l'Amérique latine. Pour Juan Mejía, secrétaire général de l'Association industrielle latino-américaine (AILA), AL-INVEST constitue « un lien institutionnel entre l'UE et l'Amérique latine distinct du lien politique » qui coûte finalement « très peu par rapport au poids qu'il représente ». Pour la période 2003-2007, la dotation budgétaire d'AL-INVEST est de 60 millions d'euros.
Quatrième phase. « L'avenir d'AL-INVEST est garanti jusqu'à 2014 », s'est réjoui Dirk Vantyghem, Directeur des relations internationales à Eurochambres. Il a indiqué que la Commission a pris une décision de principe visant à financer une quatrième phase du programme AL-INVEST. Entre 2007 et 2013, la dotation de ce programme serait, selon lui, de « 50 millions d'euros » pour les trois premières années et « 40 millions d'euros » jusqu'à 2013. La Commission lancera deux études qui analyseront l'impact du programme et pourrait organiser en novembre une réflexion sur l'avenir d'AL-INVEST, en vue de rendre opérationnelle la quatrième phase du programme vers la mi-2008.
Miser sur la qualité. À l'heure où les contours de la quatrième phase d'AL-INVEST restent à définir, la réunion des opérateurs du programme a fait émerger un consensus sur la nécessité d'accorder davantage la priorité à la qualité des projets. L'idée, explique Fernando Ramos d'Eurochambres, serait de ne plus soutenir seulement « un événement sectoriel » mais surtout des « projets à plus long terme », alors qu'aujourd'hui « ce n'est pas encore possible ». Même son de cloche du côté de la Commission européenne. L'objectif du futur programme pourrait être d'« insister sur la qualité des services plutôt que sur la quantité », observe Samuel Simón Pulido, en évoquant la déclaration du Sommet UE/Amérique latine de Vienne qui souligne l'importance du « renforcement de la cohésion sociale » et de « l'intégration régionale » (voir EUROPE n°9192). Il a indiqué que la participation à des « foires » commerciales représente actuellement la part la plus importante du budget d'AL-INVEST. Et d'insister: il faut « mieux intégrer » les services proposés.
Évoquant lui aussi des pistes de réflexion pour l'avenir du programme, Juan Mejía a imaginé un mécanisme permettant de « convertir la coopération en une chaîne » qui va de la préparation d'un événement spécifique, passe par la participation à cet événement et garantit le suivi ultérieur des opérations. Il a en outre préconisé un meilleur équilibre dans la répartition des fonds, avec notamment une participation des « pays plus petits » issus de « la Communauté andine » et d'« Amérique centrale » ainsi que la recherche de « nouveaux membres » tels que « la Banque interaméricaine de développement » (BID). On pourrait imaginer une synergie avec des organisations internationales afin que les entreprises latino-américaines disposent de « lignes de crédit » leur permettant d'emprunter à moindre coût de l'argent, avance M. Ramos. Au Mexique, les taux d'intérêt se situent aux alentours de 17% à 18%, un niveau rendant le loyer de l'argent prohibitif pour de nombreuses PME. De l'avis d'Eduardo García Villaseñor, secrétaire général de l'Association ibéro-américaine de chambres de commerce (AICO), une attention accrue portée au « tourisme » serait bénéfique dans la mesure où ce secteur emploie une forte main-d'œuvre peu qualifiée.
Le programme AL-INVEST ne doit « pas seulement » représenter « une pompe à fric », a lancé Roberto Alzetta, secrétaire général de la Chambre de commerce de Venise, convaincu de la nécessité de « donner au réseau une valeur durable » en incluant notamment « le commerce équitable » dans AL-INVEST IV. Car, selon lui, la participation d'entités privées à but lucratif au réseau AL-INVEST peut poser problème dans la mesure où celles-ci auraient tendance à privilégier la quantité des projets plutôt que leur qualité. Néanmoins, sa proposition ne semble pas recueillir un vif enthousiasme parmi les opérateurs européens et latino-américains avec qui il s'est entretenu de manière informelle.
Lima 2008. Eurochambres a réalisé un sondage auprès de 800 entreprises européennes sur la nature de leurs relations commerciales avec l'Amérique latine. Ce sondage sera présenté en septembre et servira de base à un document stratégique de l'organisation, désireuse de placer les attentes du monde économique au cœur des préoccupations politiques du Sommet UE/Amérique latine de Lima en mai prochain. M. Abruzzini a évoqué plusieurs difficultés que rencontrent les entreprises européennes: - « la corruption », problème n°1 devant être traité « sérieusement » ; - « le transport et logistique », puisqu'il coûte plus cher d'envoyer un container en Asie qu'en Amérique latine ; - « les barrières tarifaires et non tarifaires », les secondes étant « encore plus dangereuses » que les premières parce que « non transparentes » ; - « les infrastructures » aussi bien physiques (ex: routes) qu'intangibles (ex: éducation, formation).
Puisque le Sommet de Lima aura lieu dans le cadre de la présidence slovène de l'UE, Dimitrij Rupel, ministre slovène des Affaires européennes, a assuré aux opérateurs du réseau AL-INVEST que son pays souhaite « renforcer les relations entre les deux régions ». Et d'ajouter: « De nombreuses entreprises slovènes sont intéressées à entrer sur les marchés d'Amérique latine dans des domaines variés tels la banque, les services financiers, le textile, l'industrie, l'industrie pharmaceutique, la construction et les machines-outils ». Son homologue péruvien Antonio García Belaúnde a rappelé que « l'objectif fixé par le Forum économique UE/Amérique latine à Vienne est de doubler les flux d'investissement et commerciaux d'ici à 2012 ». (mb)