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Bulletin Quotidien Europe N° 9458
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Jusqu'a quel point le Royaume-Uni fait-il encore partie de l'UE ?

Tony Blair avait essayé. Un pas après l'autre, le Royaume-Uni est en train de construire pour lui-même une Union européenne conforme à sa conception et à ses désirs. À force de dérogations, elle reste en marge d'un nombre croissant de règles et de réalisations communautaires. En arrivant au pouvoir, Tony Blair s'était efforcé d'endiguer ce mouvement, d'abord en se ralliant à des dispositions sociales auxquelles, dans un premier temps, son pays n'avait pas souscrit, ensuite en annonçant un référendum sur l'adhésion britannique à l'euro, en troisième lieu en signant, avec tous ses collègues, le projet de Traité constitutionnel tel qu'il avait été mis au point en 2004 (je pourrais citer d'autres exemples). Mais son effort a échoué face aux réticences ou à l'opposition de la plupart des forces politiques de son pays et de la majorité de la population, et à l'hostilité déterminée, tenace et parfois mensongère de la presque totalité de la presse. Tony Blair avait lui-même résumé en une phrase sa bataille perdue, lorsqu'il avait affirmé qu'un premier ministre britannique n'a que deux voies devant lui: soit il place son pays au cœur de l'activité européenne, et alors il perd le soutien national ; soit il y renonce, et il perd alors tout poids et toute influence en Europe.

À propos du nouveau traité européen, le Royaume-Uni a choisi une fois de plus la deuxième voie. Tony Blair avait tracé quatre «lignes rouges» que son pays ne voulait pas franchir, et il a obtenu les dérogations souhaitées. Il était conscient de ne pas pouvoir demander aux autres Etats membres qu'ils renoncent d'un coup au caractère contraignant de la Charte des droits fondamentaux, aux décisions majoritaires en matière de coopération judiciaire et policière, à quelques progrès de la politique étrangère commune et au vote à la majorité pour certaines mesures fiscales ou sociales. Il a alors demandé, et obtenu, que son pays reste en marge de ces avancées. Son comportement a été impeccable, aussi bien à l'égard des autres Etats membres (il ne leur a pas demandé de renoncer à leurs projets, mais simplement d'admettre que son pays n'y participe pas entièrement) qu'à l'égard du nouveau Premier ministre Gordon Brown (auquel il ne pouvait pas laisser en héritage des obligations qu'il rejette). À Londres, on lui reproche à présent d'avoir fait trop de concessions et on réclame un référendum national sur le nouveau Traité (dans le but de le faire capoter pour tous?)

Les «deux vitesses» sont déjà là. Ces évolutions confirment ce que l'on savait: le Royaume-Uni ne partage pas les objectifs d'intégration qui représentent l'essentiel de la construction communautaire. Ce n'est pas une critique mais une constatation. Nous savons ce que l'Europe et le monde doivent à ce pays pour ce qui concerne la liberté, les droits des citoyens, la définition et l'application des principes démocratiques. Aujourd'hui encore, plusieurs pays continentaux (et ne parlons pas du reste du monde) ont beaucoup à apprendre des Britanniques, par exemple en matière de droits individuels ou du rôle de l'opposition. Les choix européens de Londres sont parfaitement licites et honorables, que ce soit la priorité aux liens avec les pays du Commonwealth, à l'alliance avec les Etats-Unis, à la mondialisation par rapport à l'identité européenne, et ainsi de suite. Mais ils ne sont pas en ligne avec les ambitions de la plupart des autres pays. C'est ainsi depuis le début: la participation du Royaume-Uni à la construction de l'Europe unie est une longue histoire d'équivoques et de malentendus. Des hommes politiques britanniques favorables à l'aventure unificatrice il y en a toujours eu, et il y en a encore, comme les trois parlementaires européens Andrew Duff, Richard Corbett et Christopher Beazley ; mais ils sont submergés par les eurosceptiques.

Le fait nouveau est qu'aujourd'hui les pro-européens des autres Etats membres prennent conscience de cette situation. Le rapporteur du PE sur le nouveau Traité européen, Jo Leinen, vient de déclarer que, de facto, compte tenu du nombre de dérogations introduites, «l'Europe à deux vitesses, nous l'avons déjà».

Le fossé va s'élargir. Le fossé s'élargira, parce que les «coopérations renforcées» se multiplieront, et, avant même que le nouveau traité soit en vigueur, l'UE doit affronter quelques grands dossiers sur lesquels les opinions divergent. J'en cite quatre: a) le renforcement de la zone euro, impliquant le taux de change de l'euro, les relations monétaires avec les pays tiers, la coordination des politiques budgétaires et fiscales entre les Etats membres qui font partie de cette zone ; b) le débat sur la notion de «préférence communautaire» ; c) la définition de l'avenir de l'agriculture européenne et de la politique à suivre dans ce secteur; d) l'introduction de règles et de contrôles dans le domaine financier. Le Royaume-Uni sera exclu du premier aspect, et pour les autres il risque de se trouver en désaccord avec la plupart des pays continentaux.

Et alors la nouvelle clause de «sortie volontaire» de l'Union pourrait devenir d'actualité.

(F.R.)

 

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