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Bulletin Quotidien Europe N° 8083
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

Les chefs de gouvernement continuent à privilégier les occasions académiques pour s'exprimer sur l'avenir de l'Europe. Les exemples étaient déjà nombreux, de Lionel Jospin à Guy Verhofstadt; s'y sont ajoutés ce mois-ci José Maria Aznar et Göran Persson.

Derrière le slogan. Le Premier ministre espagnol a dévoilé sa vision de l'Europe future le 9 octobre, lors d'une cérémonie pendant laquelle son collègue, Jean-Claude Juncker, décernait la médaille d'or du Mérite européen à la Commissaire européenne Mme Reding (voir notre bulletin du 12 octobre p.6). Cette vision a une importance particulière, car l'Espagne va assumer au 1er janvier la présidence du Conseil, avec entre autres la responsabilité très lourde de lancer les travaux de la Convention qui sera chargée de préparer la nouvelle révision du Traité. M.Aznar a insisté sur les leçons que l'UE doit tirer des événements tragiques du 11 septembre, d'un double point de vue: accélérer la mise en oeuvre de l'espace commun de liberté, de sécurité et de justice; inclure dès à présent la lutte contre le terrorisme parmi les objectifs de base de la politique étrangère et de défense (Pesd), en révisant la stratégie actuelle. M.Aznar a situé ces priorités dans le cadre du slogan retenu par l'Espagne pour sa présidence, qui se résume en deux mots, "davantage d'Europe", avec trois "éléments de base": l'élargissement, le succès de l'euro et le débat sur les Institutions, priorités auxquelles le président a ajouté deux rendez-vous du prochain semestre: le Sommet avec l'Amérique latine et les Caraïbes (à Madrid) et la réunion de Valencia avec les pays méditerranéens.

Dans le contexte de cette petite chronique, c'est évidemment l'aspect de la réforme institutionnelle qui prime. Et à ce sujet il faut lire entre les lignes du discours du 9 octobre. Je crois comprendre que:

a) M. Aznar maintient ses réserves sur l'idée d'une avant-garde dans l'UE. Il a dit: "Le consensus est l'élément essentiel qui doit inspirer le débat actuel sur l'avenir de l'Europe. Je me réjouis de voir, à cet égard, les nombreuses thèses nouvelles qui visent à améliorer le fonctionnement de l'Union tout en respectant ce qui a déjà été obtenu. Je crois néanmoins que nous devrions remettre en question les formules reposant sur des archétypes artificiels qui impliquent le risque de briser l'Europe que nous avons tous ensemble construit".

b) selon M.Aznar, le chantier européen est bien rempli: élargissement, stratégie de Lisbonne, Pesd, espace de liberté et sécurité, etc.. Il faut "systématiser tout ça", et prendre en considération le fait que le budget actuel est "clairement insuffisant" pour l'avenir car il n'adapte pas les ressources disponibles à l'importance des compétences de l'UE. M.Aznar a précisé: "si nous voulons donner un élan aux travaux de l'UE et doter celle-ci d'une certaine efficacité, nous devons être conscients que nous ne pourrons pas, à moyen terme, éviter le débat sur les ressources de l'Union et sur le poids du budget communautaire".

c) le Premier ministre espagnol confirme que l'exercice de "répartition des compétences" ne doit pas inclure les régions et autres entités territoriales. A son avis, il faut se limiter à "envisager une meilleure répartition des compétences entre l'Union et ses Etats membres; si l'on essayait d'élargir la réflexion à d'autres sphères publiques, l'Union européenne serait en danger." D'ailleurs, M.Aznar ne croit pas à un "déficit démocratique de l'Union"; il serait suffisant, à son avis, d'envisager une "charte contraignante sur l'intervention des parlements nationaux dans les affaires concernant l'UE", impliquant que ces parlements se prononcent chaque fois qu'il sera jugé nécessaire de confier à l'UE de nouvelles compétences, en évitant une liste rigide des compétences européennes qui bloquerait l'évolution de l'Union.

Un pont avec l'Amérique. M.Aznar a ajouté une profession de foi dans l'exigence d'un lien transatlantique très fort, car "l'Espagne n'a guère d'autre choix, elle doit être américaine. Il n'est pas possible de comprendre notre histoire et notre identité en tant que nation si l'on ignore que, depuis la découverte de l'Amérique, l'Espagne a toujours été un pont entre celle-ci et l'Europe".

Il faut féliciter le Premier ministre espagnol pour sa franchise, même si elle indique un certain nombre de divergences avec d'autres Etats membres. Cette franchise est de loin préférable aux consensus mous et elle devrait être prise comme modèle car elle permet les vrais débats dont l'Europe a besoin.

M. Persson confirme. Devant la Humboldt-Universität de Berlin, le Premier ministre suédois Göran Persson a pris position, le 18 octobre, sur l'avenir de l'Union (voir notre bulletin du 20 octobre, p.6), en donnant une image dans l'ensemble positive de l'attitude de son pays, notamment à propos du renforcement du Conseil, du vote à la majorité, des "coopérations renforcées", et même de l'adhésion de son pays à l'euro (son parti y est favorable, la majorité du Parlement suédois aussi). Mais il défend en même temps la coopération intergouvernementale dans des domaines comme la Justice et les Affaires intérieures et il ne donne pas l'impression d'une grande chaleur pour l'augmentation des pouvoirs de la Commission. (F.R.)

 

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