Les ministres européens des Finances et banquiers centraux des pays de l’UE ont débattu, vendredi 22 mai, des risques et opportunités du développement des cryptomonnaies stables (stablecoins) pour l’Union. Les échanges informels tenus à Nicosie entre les grands argentiers européens se sont poursuivis, samedi 23 mai, par une discussion sur la soutenabilité à long terme des dépenses publiques.
« Nous avons eu des discussions productives, tournées vers l’avenir et franches sur les défis auxquels sont confrontés l’économie européenne et l’avenir financier de l’Europe », a déclaré samedi matin le ministre chypriote, Makis Keravnos, lors d’une conférence de presse.
Stablecoins. Les ministres ont pu s’appuyer sur plusieurs expertises, dont celle du centre de recherche bruxellois Bruegel. Ce dernier recommande aux décideurs de l’Union de ne pas bloquer les stablecoins, mais de développer des stablecoins européens compétitifs pour éviter une domination de ce type de cryptomonnaie basée sur le dollar américain.
Selon le centre de réflexion, la stratégie est à développer sous quatre grands volets : - moderniser l’infrastructure européenne de paiement, notamment en accélérant les projets de la BCE pour connecter les technologies de registres distribués ('DLT') ; - ne plus obliger les émetteurs à conserver une grande partie de leurs réserves sous forme de dépôts bancaires ; - autoriser les émetteurs européens à verser un intérêt, dans certaines limites, aux détenteurs de stablecoins ; - permettre aux émetteurs de stablecoins agréés d’avoir accès à la liquidité et au soutien de la BCE.
Selon une source, les participants ont estimé que les efforts visant à améliorer l’interopérabilité entre les plateformes et les services de l’Eurosystème, notamment à travers les initiatives ‘Appia’ et ‘Pontius’ menées par la BCE, devraient être accélérés.
En outre, un soutien s’est également manifesté des ministres sur une future révision du règlement ‘MiCA’ - cadre réglementaire relatif aux régimes applicables aux cryptoactifs - pour lequel la Commission européenne a récemment lancé une consultation publique (EUROPE 13871/30).
« Nous devons veiller à ce qu’il reste favorable à l’innovation, proportionné et compétitif au niveau mondial », a déclaré le commissaire européen à l’Économie, Valdis Dombrovskis.
Voir la note préparée par Bruegel : https://aeur.eu/f/m15
Qivalis en expansion. Mercredi 20 mai dernier, le consortium bancaire européen Qivalis avait annoncé l’arrivée de 25 nouvelles banques dans son projet de cryptomonnaie adossée à l’euro, prévue pour le second semestre de 2026. Le groupe entend renforcer la souveraineté européenne dans les paiements numériques et les infrastructures financières basées sur la 'blockchain' (EUROPE 13765/19).
Soutenabilité budgétaire. Samedi matin, les ministres et banquiers centraux se sont concertés sur les possibilités de financer les ambitions européennes, qu’il s’agisse de défense, de transition environnementale, de transformation numérique ou de sécurité énergétique, en composant avec des budgets nationaux limités.
S’appuyant sur des contributions du Fonds monétaire international (FMI) et de la Cour des comptes européenne, « un large consensus s’est dégagé sur le fait que la garantie de la soutenabilité budgétaire demeure un objectif clé de la coordination des politiques économiques et budgétaires de l’UE », a indiqué M. Keravnos.
« Dans ce contexte, la mise en œuvre du nouveau cadre de gouvernance économique de manière rapide, crédible et efficace reste cruciale », a souligné le ministre chypriote.
Dans son analyse, le FMI relève la résilience de l’Europe face aux chocs majeurs, mais observe que la croissance ralentit, que les gains à l’exportation s’inversent sous l’effet des droits de douane et que les marchés obligataires reflètent une hausse des risques. Le FMI avertit que la dette moyenne en Europe pourrait atteindre 130% du PIB d’ici 2040, nécessitant alors un ajustement budgétaire significatif.
Voir l’analyse du FMI : https://aeur.eu/f/m16 (Bernard Denuit)